Faut-il venir en aide aux start-up?

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La Biélorussie, une menace démocratique et sanitaire pour l’Europe

Une chronique signée Raphaël Piret-Gerard, cofondateur et Managing Director de Facility Lockers.

Suite à l’article paru le 7 avril sur Lalibre.be, je salue Toon Vanagt pour son franc-parler et son honnêteté intellectuelle. Certains entrepreneurs ont également exprimé leur opposition à l’initiative SupportOurStartups.be. Leurs observations ont été largement médiatisées la semaine dernière et, bien qu’acerbes pour la plupart, certaines sont incontestablement dignes d’intérêt. Le débat est enrichissant. Je pense qu’il faut maintenant éviter de le cliver davantage.

Sans faire partie des initiateurs du projet SupportOurStartups.be, je partage les valeurs de fond qui en ont animé l’initiative. Accompagné de certains co-signataires dont je me fais ici le porte-voix, nous souhaitons aujourd’hui préciser l’esprit dans lequel nous avons adhéré à cette initiative ; et ce, dans le but d’éviter les amalgames, réduire les clivages naissants et rapprocher les opinions au profit d’une cause qui a besoin de cohésion.

Tout d’abord, nous souhaitons épargner à l’initiative SupportOurStartUps.be les interprétations parfois douteuses dont elle semble avoir fait l’objet – sur quatre points :

Primo : les initiateurs ont manifestement lancé SupportOurStartups.be dans un esprit d’entraide vis-à-vis d’un secteur dont ils se sont fait les représentants. L’ambition principale est d’informer les autorités du péril que les signataires ressentent actuellement, et de proposer des solutions. L’ambition n’a certainement jamais été d’encourager les effets d’aubaine et les profits inciviques.

Deusio : le signal que nous envoyons vaut également pour le petit indépendant et la PME mis en difficulté passagère. Avoir prêché pour notre chapelle n’excluait en rien la cause de la paroisse voisine… Tout maillon du tissu économique, mis en difficulté par la crise et n’ayant pas de solution de trésorerie, devrait faire l’objet d’un soutien.

Tertio : les motifs pour lesquels une start-up mériterait, selon nous, une aide doivent être en corrélation directe avec la crise et, en aucun cas, liés à un modèle d’affaire défaillant ou un marché mal identifié. Loin de nous l’idée de mettre sous perfusion un mort au détriment du trésor public.

Quarto : Il est assez vexant de lire que certains aient prêté, à l’initiative SupportOurStartups.be, des intentions intéressées. Il me semble que c’est investir de l’énergie en-dehors du présent débat, qui mérite pourtant d’être nourri (et pas détruit). Les aides doivent viser des entreprises qui en ont besoin.

L’article de Toon Vanagt avance des solutions au problème de trésorerie, comme de trouver un investisseur ou faciliter l’entrée d’un « business ange ». Fort bien mais, étant donné que le souci relève de l’immédiateté et qu’un « deal » d’investissement classique s’élabore sur période pouvant aller de 4 et 12 mois, cette « solution » semble davantage de nature préventive que curative ! Toon Vanagt préconise aussi d’avoir un investisseur de qualité (qui proposera de renflouer la trésorerie, NdlR). Nous comprenons qu’un bon investisseur puisse allonger la trésorerie de sa start-up en difficulté – et dans ce cas-là, il n’y a pas de solution à chercher puisqu’il n’y a plus de problème.

Tout ceci étant précisé, réduisons les fossés qui nous séparent et parlons de solutions.

D’une part, on peut agir sur les coûts. Il y a certainement un challenge pour la start-up de passer à la structure de coût la plus « lean » possible. Les secrétariats sociaux peuvent les conseiller en matière de ressources humaines. L’Etat pourrait éventuellement assouplir le paiement des charges fiscales afférentes aux salaires, agir sur la TVA ou différer le paiement d’une partie des impôts en personne physique. D’autre part, on peut agir sur les rentrées. Le gouvernement pourrait inviter les entreprises en bonne santé à payer les factures fournisseurs dès réception (et non à 30 ou 45 jours voire plus). Ces entreprises pourraient aussi être encouragées à essayer les solutions et les produits (des start-up, des PME, des consultants) avec plus d’entrain que d’habitude – et stimuler ainsi le moteur qui fait circuler l’argent.

De cette façon, les besoins en fonds de roulement à financer seront optimisés et leur financement moins coûteux. Il s’agit de créer une bulle d’oxygène de 3 à 6 mois avec des structures de coûts optimisées. Et pour cela, il faut de l’argent « frais »…

Avant d’en venir au subside, il y a les prêts bancaires que l’Etat peut certainement stimuler au profit d’une certaine typologie de dossiers et les prêts avec garantie. Quant aux fonds d’investissement institutionnels (public et privé), ceux-ci pourraient se concentrer, durant le prochain trimestre, à examiner des « rounds » de type « crisis-bridge », à condition qu’ils soient dotés d’un budget en conséquence, et que la taille de leurs structures opérationnelles soit renforcée. Le montant de ce round « crisis-bridge » serait typiquement de 3 à 6 fois la structure de coûts mensuelle de la société concernée.

L’Etat pourrait aussi solliciter le réseau des « petits » fonds d’investissement privés (dont la Belgique peut être fière) pour éventuellement co-investir, sur des montants davantage destinés aux scale-up, stimuler la relance et, potentiellement, réaliser des opérations bénéficiaires. Les « angels » doivent sûrement être encouragés en assouplissant les limitations au tax-shelter (ex : les entreprises de plus de 3 ans n’y ont plus droit).

La Première ministre veille sur nous, l’Economic Risk Management Group, et en particulier l’équipe d’experts animée par Pierre Hermant, veillent et préparent des solutions. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés. Ils sont à l’écoute. Accordons-leur toute la confiance que méritent leurs compétences et leur motivation, et gageons qu’ils composeront le meilleur « package ».

Last but not least, que faire pour éviter les éventuelles dérives et autres effets d’aubaine ? En ce qui concerne le fonds qui accepterait de financer un « crisis-bridge », par exemple, les fondateurs de la start-up bénéficiaire pourraient proposer une valorisation plus basse que celle à laquelle est entré le dernier investisseur (qui serait ainsi pénalisé de ne pas soutenir sa start-up). On pourrait, enfin, publier une liste de start-up n’ayant pas souhaité bénéficier d’un soutien public ; cette liste serait un témoignage de leur robustesse et de leur crédibilité financière appréciée par leurs prospects.

Source de cet article : Lalibre.be

Roberta Flores
Roberta Flores
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