FC Barcelone: Carrière, business, réseaux… Pourquoi avec Antoine Griezmann, tout est d’abord «une affaire de famille»

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Antoine Griezmann pose avec sa fille Mia après la victoire lors de la Coupe du monde 2018. — FRANCK FIFE / AFP

  • Après une période délicate depuis la reprise, Antoine Griezmann est en train de se relancer au Barça, où la direction lui a clairement renouvelé sa confiance pour la saison prochaine.
  • Représenté par sa soeur Maud, il est également partenaire en affaires de son père Alain et de son frère Théo.
  • Le résultat d’un parcours singulier, au cours duquel le lien familial a été mis à rude épreuve mais n’a jamais lâché, bien au contraire.

Quand on parle d’Antoine Griezmann, Alain, Maud et Théo ne sont jamais très loin. Le père, la grande sœur et le petit frère de l’attaquant du
Barça, auxquels on n’oubliera pas d’ajouter la maman Isabelle, bien sûr, même si elle suit le quotidien de son fils d’une autre manière. Un peu moins visible, peut-être, mais certainement pas moins intense. L’amour que les membres de la famille se portent les uns aux autres est pour elle une donnée non-négociable.

Tous jouent un grand rôle dans la carrière de Grizou. Le premier, même. Maud, de trois ans son aînée, est officiellement son agent depuis plus de deux ans. C’est elle qui était dans le bureau des dirigeants barcelonais, mardi, pour une réunion destinée à dresser le bilan d’une première saison délicate en Catalogne et à évoquer l’avenir… qui se dessine bien aux côtés de Lionel Messi. Les deux derniers matchs, dimanche et mercredi, ont d’ailleurs montré
une connexion de plus en plus élaborée entre les deux joueurs.

Alain et Théo (cinq ans de moins qu’Antoine) sont, eux, ses premiers supporters. Souvent pour le meilleur, parfois pour le moins bon, comme la semaine passée où Antoine a dû demander à son père de retirer un message critique envers Quique Setien, l’entraîneur du Barça, qui avait fait entrer le fiston à la 90e minute du choc contre
l’Atlético Madrid. Théo a lui effacé ses messages où il disait «avoir envie de pleurer».Le père et le frère sont également des partenaires en affaires, le premier dans
une société de chevaux de course démarrée en décembre, le second au sein de la «team Grizi Esport», lancée en janvier.

«Il lui faut son cocon»

Bref, «les Griezmann, c’est d’abord une affaire de famille», comme l’a noté le journaliste Arnaud Ramsay dans la préface de Derrière le sourire, l’autobiographie d’Antoine sortie en 2017, qu’il a co-écrite avec l’intéressé. Pendant la grosse année passée à ses côtés pour les besoins du livre, il a pu se rendre compte à quel point la famille est un élément incontournable dans la vie du leader offensif de
l’équipe de France. «Antoine aime travailler en famille. Leur présence, même silencieuse, le rassure. Il lui faut son cocon, raconte Ramsay. Ça peut paraître étonnant pour certains, qui diront que ce n’est pas assez cadré et que pour un joueur de son niveau il faut toujours une armée de communicants, mais c’est comme ça qu’il fonctionne. Ça apporte de la fraîcheur, je trouve.»

Le journaliste, qui a également collaboré avec Anelka, Lizarazu ou Djorkaeff, fait référence aux quelques bad buzz qui ont rattrapé Griezmann ces dernières années, entre son passage dans l’émission Quotidien en mai2017 et, surtout, le film LaDecision, racontant son hésitation entre poursuivre à l’Atlético Madrid et signer au Barça, diffusé à deux jours de l’entrée en lice des Bleus dans
la Coupe du monde 2018. On y reviendra. Avant ça, il convient de revenir aux origines de cet attachement familial.

Le «déchirement» du départ

Pour cela, qui de mieux quel’homme qui lui a permis de devenir professionnel en l’amenant à la Real Sociedad à 13 ans et demi, après que tous les clubs français ont rejeté cet espoir talentueux mais trop frêle, Eric Olhats?Le Basque, aujourd’hui recruteur pour l’équipe professionnelle de l’Atlético Madrid, se décrit dans l’autobiographie comme celui qui a été «le pion, l’ami, le Père fouettard, le tonton, le grand-père et le père Noël» de Griezmann. De fait, il est celui qui a accompagné le Mâconnais de l’adolescence à la vie de joueur pro. Pendant six ans, ils ont vécu ensemble à Bayonne.

«Il avait ce rêve de devenir footballeur et qui semblait ne pas devoir se réaliser avec toutes ces déceptions. Ça a touché la famille. Quand il a pu saisir cette dernière opportunité avec moi, tout le monde était très heureux, retrace-t-il pour 20 Minutes. Le jour où je suis venu le chercher, ils ont réalisé qu’on y était vraiment. Oui, ça a été un déchirement parce qu’Antoine prenait de la place à la maison. C’était un gosse vivant, avec de la personnalité, très proche de son frère et de sa sœur, sur qui il veillait même en étant plus jeune qu’elle. Le choc a été rude, ils ne s’attendaient peut-être pas à tout ça.»

Les pleurs et la récompense

L’histoire est connue. Les inévitables coups de blues quand on est à 900 km de la maison familiale, les pleurs dans la voiture le ramenant à l’aéroport, après un week-end ou des vacances. «La première année a très difficile, témoignait le père dans le Parisien en 2016. Moi, je l’ai incité à rester, mais c’était plus dur pour sa mère. A chaque fois qu’on faisait la route de Mâcon à l’aéroport de Lyon, on lui laissait le choix, il pouvait rentrer.» Mais Grizoudécidait toujours de persévérer. «C’est une famille extrêmement fusionnelle. Elle a été l’ingrédient permanent de tout ce que j’ai vécu avec Antoine», ajoute Olhats, alors en contacts très réguliers avec le père pour donner des nouvelles de l’école, du foot, du quotidien. De la vie d’un ado, quoi.

Griezmann grandit, passe professionnel à la Real Sociedad à l’issue de sa première saison avec l’équipe première, en 2010. Il devient un joueur de premier plan en Liga, est appelé en équipe de France par Didier Deschamps en 2014 et, après avoir disputé la Coupe du monde au Brésil, signe à l’Atlético Madrid, où il devient très vite indispensable. Pendant tout ce temps, l’implication de la famille n’a jamais faibli. Au contraire. Sevré de contacts avec le cadet pendant des années, le clan a tout loisir de se rattraper.

«Je les ai très souvent vus à Madrid, ils passaient beaucoup de temps chez lui, à l’accompagner aux entraînements ou sur ses obligations médiatiques, nous dit Sébastien Bellencontre, conseiller en image du joueur à partir de 2014. Ils dégagent l’image d’une famille très soudée. C’était rafraîchissant, j’ai passé de très bons moments avec eux. Ce sont des gens très simples et ouverts.»

Peu à peu, cette présence va trouver une continuité sur le plan professionnel. Comme une manière pour Griezmann de rendre quelque chose aux membres de sa famille?«Il y a eu des grands moments de souffrance. Quelque part, c’est un peu rattraper le temps perdu», estime Ramsay. «Au-delà de leur « rendre »des choses, ça fait d’abord plaisir à Antoine de le faire, note Bellencontre. Il n’a pas perdu l’éducation qu’on lui a donnée. C’est dans son ADN depuis tout petit, de se serrer les coudes en famille. Il le fait très naturellement. Il a la chance de pouvoir leur permettre de vivre des choses et il ne s’en prive pas.»

La famille Griezmann fête la victoire en Ligue Europa de l’Atlético Madrid, le 16 mai 2018. – FRANCK FIFE / AFP

«Disons que j’apprends à connaître mon frère que maintenant, avait raconté Maud en 2016. Quand tu grandis, l’adolescence est la période où tu te « formes ». Cette période-là, nous on ne l’a pas vécu. C’était assez compliqué. Il y a encore deux ou trois ans, je disais: »Je ne connais pas mon frère ». AvecThéo, ça nous embêtait car on se disait qu’on avait raté une période de sa vie.»

Dans l’histoire familiale, un épisode douloureux a également son importance. Maud était au Bataclan le soir des attentats du 13novembre 2015 à Paris. Un drame qui marque et qui rapproche, encore plus. «Une prise de conscience et peut-être un accélérateur» dans l’envie de travailler ensemble, selon Arnaud Ramsay. C’est en tout cas à partir de 2016 que la grande sœur va prendre de plus en plus de place dans la carrière de son frère. «Elle n’était pas emballée par ce qu’elle faisait dans sa vie professionnelle. On l’a intégrée dans notre groupe de travail, et de fil en aiguille, logiquement, ils ont pris le truc en main», explique Olhats. D’abord attachée de presse, elle reprend ensuite la partie sponsoring puis devient la représentante officielle de Griezmann, à l‘été 2017. Elle créera pour cela la structureBy & For Sports Management.

Fin d’une ère

C’est la fin de la collaboration du joueur avec Sébastien Bellencontre et son conseiller de toujours. «J’arrivais au bout de quelque chose, et Antoine aussi, reprend Olhats. On a fait beaucoup de choses ensemble, lui voulait couper un peu le cordon parce qu’il était marié, qu’il avait un enfant [sa fille Mia, née en 2016]. La situation devenait de plus en plus tendue, moi j’étais un peu usé aussi. Maud était déjà là, et puis voilà.»

Il a été dit que la séparation avait été actée par le refus du mentor de venir au mariage du joueur avec Erika, en juin2017. «Ça m’a mis un très gros coup derrière la tête», confiera Antoine dans le documentaire «Griezmann confidentiel», réalisé par TMC cette même année. «Honnêtement, c’était prévu depuis un petit moment déjà qu’on mette un terme à notre collaboration à la fin de la saison», répond le recruteur. S’ils sont passés par des moments difficiles, les deux hommes sont aujourd’hui en bons termes.

Avec Bellencontre aussi. «Antoine a été sollicité par de gros agents [dont Jorge Mendes], mais on sent qu’il a besoin de rester dans un cercle de confiance. Ça lui permet de s’épanouir et ne pas avoir à se poser trop de questions, dit ce dernier. On a arrêté de collaborer parce qu’il avait besoin que sa famille soit plus impliquée dans sa vie professionnelle. Je l’ai ressenti comme un vrai besoin de sa part, et je l’ai compris sans soucis.»

2017… A 26 ans, voilà donc Griezmann menant sa barque en famille. Une évolution naturelle. Troisième du Ballon d’or 2016, fer de lance de l’Atlético de Simeone, marié et papa, il est prêt. «Ils se sont sentis de faire les choses entre eux», résume Eric Olhats. Et pas qu’au niveau du terrain. Deux ans après, la marque de vêtements «The GZ Brand», déjà lancée avant par Théo, a bien grandi, la passion familiale pour les chevaux de course a donné naissance à une société et une équipe d’esport a donc été créée.

L’entre-soi étant souvent sujet à fantasmes, les critiques n’ont pas manqué dès ça a déraillé un peu. Cf lesépisodes cités plus haut, la déclaration sur ses «six chances sur dix» de partir à Manchester United dans l’émission de Yann Barthès, la mise en scène autour de son faux-départ de l’Atlético ou même
son blackface sur les réseaux sociaux. Un communication d’amateurs pour les plus virulents, trop légère quand on est un joueur de son standing pour les plus bienveillants.

C’est surtout le film retraçant son hésitation à partir de Madrid qui est mal passée. Voilà ce qu’en dit son ancien conseiller en image:

«Je lui aurais conseillé de ne pas le faire comme ça. C’était très maladroit. Le fait de dire « restez connectés, vous le saurez en exclusivité », ça sous-entend que tu as passé un accord et que potentiellement tu es payé pour ça. En plus tu produis ça avec un emblème du Barça (Gerard Piqué), pour finalement rester à Madrid… Tu te mets tout le monde à dos, et notamment tes fans à l’Atlético alors que tu restes. Selon moi, tu dois prévoir de le sortir que si tu pars. Le timing n’est pas bon en plus, en pleine Coupe du monde. Ça partait de l’envie de faire quelque chose d’original mais c’était maladroit.»

Antoine Griezmann serait donc mal conseillé?Pas aussi simple que ça. Il ne faut pas croire le champion du monde sous l’emprise de sa famille etsans son mot à dire. «Ce n’est pas toujours facile de travailler avec sa famille, mais il s’en sort bien, reprend Bellencontre. C’est une main de fer dans un gant de velours, quelqu’un qui donne l’impression d’être plutôt cool, en retrait de certaines décisions importantes parfois, mais ce n’est pas le cas. Il discute et il arrive à amener les gens dans la direction qu’il veut. Je pense qu’il reste le pilote, même si ça ne se voit pas forcément.»

Le problème dans ces ratés plus ou moins importants tient davantage en la personnalité de l’attaquant des Bleus, qui aime tenter, surprendre, tester des choses inédites. La «fraîcheur» dont parlaient nos témoins, le côté instinctif qui fait sa force et parfois des ratés. «Ce film, je ne le trouve pas judicieux non plus, mais il n’y avait rien de prémédité, assure Eric Olhats. C’est une vraie décision d’Antoine, sur l’initiative de Piqué, qui pour le coup avait en tête tout sauf mettre en place quelque chose qui pouvait servir le joueur. La faute lui en revient, même si Antoine aurait pu être plus lucide.»

L’importance d’Erika, aussi

Ne comptez pas sur le conseiller historique pour dire que c’était mieux avant, en tout cas. «Certains ont dit qu’ils ont fait n’importe quoi. Je ne pense pas. Ils ont pris un avocat [Me Sevan Karian, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations]très compétent, qui gère les contrats, les clauses,etc. Depuis que je ne suis plus là, il a été sacré champion du monde, été à nouveau 3e du Ballon d’Oret a gagné
la Ligue Europa. Les choses n’ont pas été aussi mal faites que ça a pu être dit.» «Au-delà de ce qu’on ditdans les médias, sa famille est bienveillante avec lui parce que c’est leur fils et non parce que ça peut être la poule aux œufs d’or», ajoute Bellencontre.

Il aurait été injuste de terminer ce papier sans mentionner un peu plus en détail le rôle de conseillère joué par sa femme Erika. Rencontrée à l’adolescence à San Sébastian, « elle est très précieuse, note Ramsay. Je l’englobe dans cette notion de famille». Nos interlocuteurs abondent:« discrète» mais «totalement investie», «très intelligente» et dont « l’aviscompte beaucoup pour Antoine ». Ensemble, ils ont eu en 2019 un deuxième enfant, prénommé Amaro. Comme le grand-père d’Antoine… et la société créée par Alain à Mâcon.

Si jamais tout cela ne suffisait pas à comprendre le lien qui unit les Griezmann, voici une dernière anecdote pour la route. Elle est signée Arnaud Ramsay:

« Il jouait à l’Atlético à l’époque. Il était en train de préparer son mariage et sa maman voulait lui soumettre quelques noms de gens à inviter. Lui n’était pas forcément d’accord, ils s’étaient un peu expliqués et il m’avait raconté que pendant un match, il avait raté un face-à-face avec le gardien parce qu’il était perturbé à cause de ça. Il relie ses performances sportives à l’humeur familiale, au sens large. Il en a besoin.»

«Tout ce qui touche à la famille, ça va le faire courir mieux ou moins bien», appuie Eric Olhats, à qui on laissela conclusion:«Ce n’est pas toujours évident avec sa famille, mais Antoine sait recadrer quand il y a besoin. On a dit qu’il y a eu des maladresses. En tout cas, c’est le choix d’Antoine et c’est toujours fait avec amour. En partant de là, on peut pardonner beaucoup de choses.»



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La source officielle de cet article : 20minutes.fr

Roberta Flores
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