Fernand Lopez: Apporter une très bonne qualité de MMA

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Fernand Lopez: «Apporter une très bonne qualité de MMA aux Français et aux Africains»

Fernand Lopez est le patron de la MMA Factory, structure d’entraînement reconnue et véritable usine à champions en arts martiaux mixtes (MMA). Ce coach réputé est par ailleurs le Directeur sportif de l’ARES Fighting Championship, une nouvelle ligue de MMA «afro-européenne». Pour RFI, il évoque l’actualité de la discipline et son avenir en Afrique. Entretien.

RFI: Fernand Lopez, l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus puissante Ligue d’arts martiaux mixtes (MMA) au monde, a tenté coute que coute d’organiser un événement en avril, alors que le monde du sport est paralysé par la pandémie de coronavirus. On a parlé d’un casino, dans une réserve amérindienne, comme théâtre des combats. Qu’avez-vous pensé de cette volonté de maintenir l’UFC 249, en dépit du contexte?

Fernand Lopez: C’est une question complexe vis-à-vis de laquelle je m’abstiendrais d’émettre un jugement ou de faire des commentaires personnels. Je pense que Dana White et l’UFC ont leur manière d’être les leaders du marché. Ils ont tenté de rester en mouvement, de maintenir de l’événementiel, malgré la situation. C’est quelque chose qu’on peut admirer lorsqu’on voit l’avancée du MMA au cours des vingt dernières années. Ils y sont pour quelque chose. Ils ont été précurseurs. Ils ont toujours repoussé les limites. Est-ce qu’ils n’ont pas un peu frôlé la limite, cette fois? Je ne sais pas…

Je suis directeur sportif chez ARES Fighting Championship. Même si ma décision a été dans l’autre sens, à savoir annuler rapidement nos événements et nous adapter à la pandémie, je reste admiratif de l’UFC et de Dana White. […] S’il n’y avait pas eu des gens comme lui, qui ont franchi les limites parfois et qui ont bousculé les choses, peut-être que le MMA n’en serait pas là. Il faut parfois des gens créatifs, fonceurs et téméraires. […]

Le Camerounais Francis Ngannou, que vous connaissez très bien, devait participer à l’UFC 249. Que pensez-vous de son futur adversaire, le Surinamien Jairzinho Rozenstruik?

C’est une bête! C’est un vrai contender, un futur champion. On n’a plus à le présenter et on n’a plus de doutes à avoir à son sujet. Il est assez solide et fort, avec quasiment la même arme fatale que Francis. Cependant, Francis est largement au-dessus en termes d’expérience, de complémentarité. Il est assez complet, que ce soit en combat au sol ou en lutte. Il a finalisé quatre ou cinq adversaires au cours de sa carrière. Et puis, il est beaucoup plus puissant, beaucoup plus athlétique, davantage précis. À l’évidence, Francis Ngannou va gagner. Cependant, on est dans la catégorie reine: celle des poids lourds. Tout le monde peut tomber. Il faut rester très prudent.

Francis Ngannou a expédié ses trois derniers combats. Pourtant, l’UFC ne lui a toujours pas offert une deuxième chance de combattre pour le titre de champion des poids lourds, après sa défaite de janvier 2018 face au tenant actuel, Stipe Miocic. Comment expliquez-vous cette situation?

Il y a plusieurs facteurs. Déjà, les appareillements ne se font pas automatiquement sur la base de la performance sportive. Ils se font aussi sur la base des matches vendables. L’UFC a un tableau à partir duquel elle va estimer quels combats ont été les plus vendus en pay per view. Puis, Dana White va choisir le combat qui lui paraît être le plus demandé, le plus potentiellement rentable.

Ensuite, il s’agit peut-être de politique… À un moment donné, Francis s’est un peu fâché avec l’UFC. Dana White a fait des déclarations à son sujet. Des déclarations que j’avais à l’époque approuvée. Je trouvais que Francis avait franchi un cap. Ceux qui ne le connaissaient pas assez pouvaient penser qu’il n’avait pas changé. Alors qu’il avait changé à un moment donné, que ce soit concernant son égo ou sa manière de se comporter. Je pense que ça a dû agacer les employés de l’UFC et leur président.

Cette situation peut aussi être liée à l’indisponibilité des autres athlètes. Ces derniers se disent peut-être que Francis est trop dangereux et trop fort…

Cette situation est sans doute liée à plusieurs facteurs. Je ne veux pas m’avancer sur une raison. Mais Francis Ngannou est un challenger sérieux pour la ceinture, qui mérite d’avoir sa chance. Et il n’y a aucun doute: il sera champion du monde très bientôt.

Vous avez contribué à la création d’une ligue qui s’appelle l’ARES Fighting Championship. Est-ce que vous pouvez nous raconter l’histoire de cette ligue qui se définit comme «afro-européenne»?

C’est surtout l’histoire de Vivendi Sports. Vivendi est un mastodonte des médias et de la communication. Il a en son sein une branche qui s’appelle Vivendi Sports. L’un des dirigeants de Vivendi Sports est le chairman de l’ARES FC. Il s’agit de Robins Tchale-Watchou qui a été le président de Provale, l’union des joueurs de rugby. Il est à la tête d’ARES.

Quant au nom, c’est une référence à la mythologie grecque et à son dieu de la guerre. Robins Tchale-Watchou a eu ce projet-là. Vivendi a alors fait appel à moi, pour ce qui est de la direction sportive et de l’orientation sportive de la ligue.

Elle se veut afro-européenne. Par l’aspect géographique, d’abord. Mais aussi par le fait d’avoir un certain nombre d’athlètes africains. Car le but est aussi de faire éclore et de faire connaître un certain nombre de jeunes talents africains. Des jeunes espoirs qui pourraient être les Francis Ngannou, les Kamaru Usman ou les Israel Adesanya de demain. […]

L’Afrique a de grands talents. Mais ils sont éparpillés à travers le monde. La France, elle, dispose de très bons prospects, mais qui doivent aller combattre à l’étranger [le MMA était une discipline illégale en France, jusqu’à présent, Ndlr]. Ce sont en tout cas les deux territoires sur lesquels on veut s’étendre, tout du moins au début. On veut apporter une très bonne qualité de MMA, aux Français et aux Africains. On veut devenir, à moyen terme, la seconde ligue mondiale, après l’UFC.

La grande révélation de la première édition de l’ARES, à Dakar, a été Reug Reug. C’est une star au Sénégal, mais il est nettement moins connu ailleurs. Pouvez-vous nous présenter cet ancien lutteur?

C’est une force de la nature. Il est jeune. Il pèse 120 kilos mais avec une très petite masse graisseuse. Il dispose d’une grosse explosivité. Il a fait de la lutte toute sa vie. Il a disputé un très grand nombre de combats, dans les arènes. […]

D’un point de vue sportif, j’ai été très agréablement surpris. Car faire des transferts d’habilité motrice entre la lutte traditionnelle et le MMA, c’est assez compliqué. Il l’a pourtant fait de manière brillante. Il affrontait pourtant un adversaire expérimenté, Sofiane Boukichou qui a combattu pour la ligue Cage Warriors. […] Mais Reug Reug lui a littéralement marché dessus, grâce à une très grosse puissance de frappe, une explosivité et une puissance qui sont exceptionnelles, ainsi qu’une endurance incroyable! Il a attaqué le combat pied au plancher. On se disait qu’au deuxième round il allait être épuisé. Mais non, il lui a foncé dessus et il a fini le combat. Pour moi, c’est une révélation. Je suis littéralement amoureux de ce jeune.

Est-ce possible de former directement en Afrique de bons combattants de MMA, lorsqu’on sait qu’il faut un minimum d’équipements et d’infrastructures pour bien pratiquer cette discipline?

Je pense que ce ne sont pas les infrastructures qui manquent en Afrique. Le MMA est un sport nouveau. Ce qui manque en Afrique, c’est l’économie de la connaissance sur le sport. À chaque fois que je vais en Afrique, j’essaie de placer un séminaire, une formation gratuite quelque part, pour offrir humblement ce que je connais déjà et apporter ainsi un peu de connaissances. Parce que c’est ce qui fera la différence. Il faut que les cadres et coaches aient des connaissances correctes, décentes, sur les principes et les facteurs de la performance sportive en MMA. Je parle là de «Fight IQ» [l’intelligence affichée lors d’un combat, Ndlr]. Aujourd’hui, peu de gens en Afrique savent ce qu’est un Fight IQ. Ils sont encore concentrés sur les qualités physiques comme la force, l’endurance, la coordination, la souplesse, la puissance… Mais peu de personnes auront la pédagogie, la didactique pour enseigner et développer le quotient intellectuel du combattant. C’est ce qui manque à l’Afrique. Mais, sinon, je ne m’inquiète pas par rapport aux questions de matériel. On sait se débrouiller. Je pense qu’il faut former les Africains. Grâce à ça, on va voir éclore de très beaux champions venus d’Afrique.

Source de cette publication : RFI

Maria Rodriguez
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