« Il fallait qu’il y ait quelque chose de ‘tripal’ en lui pour lui donner envie de faire la musique du film », raconte Bertrand Dicale

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"Il fallait qu'il y ait quelque chose de 'tripal' en lui pour lui donner envie de faire la musique du film", raconte Bertrand Dicale

Le compositeur italien estmort dans la nuit de dimanche à lundidans à Rome.Âgé de 91 ans, il a composé quelque 500 musiques de films dont beaucoup de westerns spaghettis.

« C’était un musicien qui travaillait tout le temps » et « qui avait une passion pour les scénarios, pour les films et pour les réalisateurs, pour le plaisir du spectateur », a évoqué Bertrand Dicale, journaliste spécialiste de la musique de franceinfo, lundi6 juillet après l’annonce de la mort du célèbre compositeur de musique de films Ennio Morriconne à Rome à 91 ans.

franceinfo : La musique d’Ennio Morricone est connue de tous. Comment a-t-il fait pour toucher toute une génération d’Occidentaux?

Bertrand Dicale :Il est extraordinaire pour cette puissance commerciale, populaire, gigantesque. Il n’y a pas un Occidental, il n’y a pas une seule personne dans les États du Sud qui n’a jamais entendu la musique d’Ennio Morricone. Pendant des dizaines d’années, ça a fait partie de l’ameublement sonore de notre vie quotidienne. Cet air d’harmonica du film Il était une fois dans l’Ouest est présent dans toutes nos mémoires.

Ce qui est intéressant avec Ennio Morricone, c’est que c’est un musicien qui vient de la musique savante, très écrite, de cette musique des années 1960 qui essaie de déstructurer la partition de Mozart et d’inventer de nouveaux instruments, de nouveaux sons. Cet air d’harmonica est très traité. La bande, l’enregistrement sont un peu truqués. Ce serait tout à fait banal aujourd’hui, mais à l’époque, c’est totalement révolutionnaire. Et Ennio Morricone, c’est un musicien contemporain qui a touché le grand public. C’est le rêve absolu des musiciens. Quand, à 18-20 ans, il rentre dans un conservatoire, il s’est dit qu’il allaitfaire une musique savante, révolutionner et toucher Monsieur tout le monde, toucher le monde entier et c’est ce qu’a réussi à faire Ennio Morricone.

Quand on entend ses musiques, on peut imaginer immédiatement la scène du film à laquelle elle correspond. Comment faisait-il pour trouver la musique parfaite pour chaque film?

Il savait faire deux choses à la fois. D’abord, c’était un musicien qui travaillait tout le temps, qui composait tout le temps. Il écrivait tout le temps.

lI disait souvent qu’il commençait un thème dans un film et qu’il le poursuivait dans un autre film, que quand il avait une idée sonore qui n’allait pas avec un film, il l’utilisait quelques mois, quelques années plus tard, pour un autre film.Bertrand Dicale, journalisteà franceinfo

Et puis, il avait une passion pour les scénarios. Il avait une passion pour les films et pour les réalisateurs, pour le plaisir du spectateur. Il y a une histoire qui est légendaire avec Ennio Morricone. Elle concerne un réalisateur français. Un jour, on le convoque à Paris pour voir un grand réalisateur français qui voulait lui demander la musique d’un film. Il était un peu fatigué. Le réalisateur commence à lui expliquer le film et pendant le repas, Ennio Morricone s’endort, ce qui est d’une épouvantable violence pour le réalisateur en question. Mais il disait je n’ai pas pu m’en empêcher, le scénario ne m’intéressait pas. Il était comme ça, c’est-à-dire qu’il fallait qu’il y ait quelque chose, j’allais dire, de « tripal » en lui pour lui donner envie de faire la musique du film. C’est ce qui fait la qualité de ses musiques de film, qui sont à la fois très savantes, très lyriques, très techniques, très, très élaborées et en même temps totalement instinctives, totalement nerveuses. Ennio Morricone a fait quelque chose que tous les musiciens de film ont envie de faire. C’est un morceau extrêmement lent, extrêmement romantique, mais en même temps, avec une tension absolument incroyable. C’est ce qu’il y a par exemple dans la musique mélancolique de Il était une fois la révolution. C’est romantique, c’est sentimental, c’est un slow au sens propre et en même temps, on a le cœur qui bat, il y a un suspense effréné. (…) Dans la musique d’Ennio Morricone, il y a toujours une surprise, une surprise sonore, une surprise compositionnelle, une surprise harmonique qui fait qu’on rajoute une émotion à l’image. Et c’est ce que veulent faire tous les musiciens. Ils veulent que l’on puisse retirer le film de leur musique et que la musique tienne. Et c’est ce que faisait Morricone.

Ennio Morricone était Italien. Comment a-t-il pu être si inspiré par l’univers des westerns?

Son père était musicien de jazz, donc avait déjà un regard tourné vers l’Amérique. Mais Ennio Morricone est comme tous les Italiens. Umberto Eco a écrit des pages extraordinaires sur l’importance qu’avait le western et la bande dessinée, le film, le mythe du western pour tous les jeunes Italiens des classes populaires comme de la bourgeoisie dans cette génération.

Ennio Morricone était né en 1928, donc il a pris en pleine face la grande époque du western américain. Ce qu’il a réussi à faire, c’est qu’il a transformé en musique le héros solitaire du western.Bertrand Dicale

Dans le western, il y a un héros solitaire, et lui prend une flûte de pan, un harmonica, un homme qui siffle, et il fait le western en musique, c’est-à-dire que le héros solitaire, celui qui va vaincre, celui qui va prendre toute la place, c’est un instrument de musique, qui n’est pas n’importe quel instrument de musique, c’est traité, c’est écrit, c’est sur-écrit et il transforme le western en musique contemporaine.

Source : France Info

Maria Rodriguez
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