« Il y a une réelle volonté de maintenir l’opacité » sur le recrutement des futurs étudiants, dénonce l’Unef

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"Il y a une réelle volonté de maintenir l’opacité" sur le recrutement des futurs étudiants, dénonce l'Unef

Les futurs bacheliers scrutent les propositions d’admissions dans les filières de l’enseignement supérieur sur le site de Parcoursup, sans savoir quels sont les critères de sélection. Un sénateur et la présidente du syndicat Unef s’élèvent contre cette situation.

Pour certains lycéens, c’est devenu un rituel. Tous les matins, ils guettent leuravancement dans le classement Parcoursup.La phase d’admission dans l’enseignement supérieur a débuté mardi 19 mai pour se terminer le 17juillet à minuit. Date à laquelle des centaines d’étudiants se retrouveront sans établissement ou avec une affectation qu’ils n’avaient pas choisie au départ.

Depuisl’entrée en vigueur de Parcoursup en 2018, la sélection des candidats relève de la responsabilité des universités et des écoles supérieures. Mais pour certains, comme la présidente du syndicat étudiant Unef, classé à gauche, Mélanie Luce, ou le sénateur communiste des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias, contactés par franceinfo, cette sélection est « opaque » et « discriminante ».

« Cette année, 41% des lycéens n’ont reçu aucune proposition d’admission de Parcoursup. L’an passé, en 2019, à la même époque, ils étaient 27%. » Lesénateur Pierre Ouzoulias ne cache pas son inquiétude pour lesfuturs bacheliers sans proposition de places et notamment ceux des filières professionnelle et technique « où la sélection est la plus terrible », selon lui. « L’épreuve » de Parcoursup n’est pas sans « angoisse » pour les 662 366 candidats inscrits, explique-t-il.

Pour le ministère de l’enseignement supérieur, sollicité par franceinfo, la comparaison des chiffres du sénateur des Hauts-de-Seine n’en est pas vraiment une. « Elle est établie à des stades différents d’avancement de la phase d’admission et ne nous semble pas pertinente. » D’ailleurs,la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a rappelé que« 71 000 candidatsont déjàaccepté une proposition » ,mercredi 20 mai sur France Inter.

Ses équipes confirment la quiétude affichée par la ministre depuis le début de la phase d’admission 2020 :« Nous sommes tout à fait confiants sur le déroulement et les perspectives de cette phase. » Alors que les terminales sont toujours privés de lycée en raison de la crise sanitaire.

A situation exceptionnelle, décision exceptionnelle. Cette année, le baccalauréat est validé via le contrôle continu. Une décision qui a des conséquences « sévères » sur la sélection des candidats, selon le sénateur communiste. « Le bac a l’avantage de redistribuer les cartes de façon anonyme avec un système de notation national et sans identifier le lycée d’appartenance ». Or là, les notes relèvent directement du lycée d’origine et « les universités ont toujours dit que tous les lycées ne se valent pas dans leurs critères de sélection »,souligne Pierre Ouzoulias.

Un argument que réfutent les équipes de Frédérique Vidal, qui assurent que les établissements avec lesquels le ministère est en contact permanent ont eu le souci d’un « examen bienveillant »en tenant compte de la situation de crise sanitaire. « Les modalités d’obtention du bac 2020 sont sans effet sur la procédure Parcoursup, dont la phase principale d’admission débute comme chaque année avant les résultats des épreuves terminales du bac. Seule la note de français, dont les épreuves ont lieu en première, est prise en compte. »

Le sénateur des Hauts-de-Seine n’est pas le seul à dénoncer la discrimination opérée sur la plateforme Parcoursup et son opacité. Depuis plus de deux ans, le syndicat étudiant Unef mène un combat juridique pour rendre publics les algorithmes de sélection des établissements supérieurs. « Et le Conseil constitutionnel nous a donné raison en mars dernier », insiste Mélanie Luce, la présidente de l’Unef. Selon ladécision du 3 avril 2020 « consacrant l’existence d’un droit constitutionnel à l’accès aux documents administratifs, le Conseil constitutionnel juge que chaque établissement d’enseignement supérieur doit rendre compte des critères en fonction desquels ont été examinées les candidatures dans le cadre de Parcoursup. »

Dans la foulée, nous avons demandé à toutes les universités de publier leur algorithme, mais nous n’avons aucune réponse à ce jour.Mélanie Luce, présidente de l’Unefà franceinfo

« Il y a une réelle volonté de maintenir l’opacité malgré tout », ne décolère pas la présidente du syndicat étudiant. Seul le ministère de l’enseignement supérieur a publié ses algorithmes, les universités et les écoles supérieures « n’ont toujours rien communiqué » note Mélanie Luce.S’il est évident que, face à la masse de candidats, les établissements procèdent à un préclassement, « nous attendons la publication des tableaux locaux pour savoir sur quels critères ils opèrent », insiste le sénateur Pierre Ouzoulias. « Et puis moralement, on doit expliquer au candidat et à sa famille pourquoi son dossier a été refusé. »

Pourtant, du côté du ministère, on assure que la concertation avec les établissementsd’enseignement supérieur pour définir les modalités de publication des critères d’examen est lancée. « Chaque établissement assurera en fin de procédure, sous la forme d’un rapport, la publicité des critères en fonction desquels les candidatures ont été examinées en précisant, le cas échéant, dans quelle mesure des traitements algorithmiques ont été utilisés pour procéder à cet examen. »

Une autre donnée inquiète Mélanie Luce : le nombre de places supplémentaires ouvertes chaque année. « Depuis une dizaine d’années, le nombre d’étudiants est en augmentation constante et n’a jamais été compensé par un nombre suffisant de création de places. »

L’année dernière, 58 000 élèves n’ont pas pu s’inscrire dans la filière de leur choix. Il y en aura de plus en plus sur le carreau si on ne change rien.Mélanie Luceà franceinfo

En 2018, 31 000 places ont été créées par le gouvernement. Depuis, « plus rien ou presque », selon la présidente de l’Unef. Ce qui rend la sélection d’autant plus « forte », estime-t-elle. Pour la syndicaliste, « il est nécessaire d’investir massivement dans la création de places ».

Cette année, ce sont environ 3,5% de lycéens en plus qui se sont inscrits sur Parcoursup, selon les dernières données du ministère. Ils sont 31% à n’avoir reçu aucune proposition au 6e jour de la phase d’admission, soit 6% de plus que l’année dernière à la même époque, comme le rapportent les tableaux de bord hebdomadaires du ministère. Mais ils sont moins nombreux à avoir quitté la plateforme cette année : 2 496 contre 4 335 en 2019.

En attendant la rentrée qui « se fera bien comme d’habitude au mois de septembre (…) si les conditions sanitaires le permettent » rappelle la ministre, la présidente de l’Unef, Mélanie Luce, et le sénateur des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias espèrent que les établissements auront clairement affiché leurs règles de sélection.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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