Immobilier : 60 % des particuliers continuent leurs recherches

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Président du groupe SeLoger.com, leader de l’immobilier en ligne en France avec ses 1,4 million d’annonces immobilières et quelque 800 collaborateurs, Bertrand Gstalder analyse les troubles sur le marché de la pierre provoqués par l’épidémie de Covid-19

Le Point : Comment votre groupe a-t-il réagi à cette brutale crise sanitaire ?

Bertrand Gstalder : « À tout malheur, bonne chose », dit le proverbe. Après l’expérience des grèves de décembre, nous avons acheté 250 ordinateurs portables, anticipant ainsi cette nouvelle épreuve. Dès février, 90 % des effectifs étaient équipés pour pouvoir travailler à domicile. Juste avant le confinement, une centaine d’autres PC ont été commandés, mais ils ne sont toujours pas arrivés. Personnels informatiques et de data déjà rompus au télétravail, forces commerciales habituées à œuvrer par téléphone, l’adaptation s’est faite très rapidement. Maintenant, chaque équipe fait un point quotidien en visioconférence pour garder le contact, y compris le Comex. Mais les visioconférences demandent plus de concentration que les réunions, il ne faut pas en abuser. Une messagerie interne (Slack) est devenue le fil rouge du groupe, permettant le partage des messages et des informations en temps réel. Je viens de réunir virtuellement 700 personnes connectées en même temps pour leur exposer la situation de notre société, ses actualités, ses défis en cours et à venir. De petites vidéos (focus inside) me permettent également de maintenir ce côté humain.

Vos différents sites d’annonces font-ils toujours recette ?

Au démarrage du confinement, nous avons enregistré une chute de 40 % du flux d’annonces consultées par les particuliers : biens à acheter ou à louer, estimations des prix, etc. On peut parler de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. En effet, 60 % du trafic est toujours actif, alors que le marché immobilier est en sommeil. Mais, petit à petit, l’audience tend à remonter légèrement, d’environ 2 % chaque jour. Les particuliers consultent avec l’optique de regarder l’offre disponible, de se renseigner, de préparer leur future acquisition. Notre site de construction de maisons individuelles n’est pas en reste, s’inscrivant dans des projets à plus long terme. Fait étonnant, nos sites immobiliers haut de gamme (Belles Demeures, Lux-Résidence) retrouvent encore plus de couleurs. La part de rêve de ces biens de standing explique sans doute ce surcroît d’audience. Aujourd’hui, les personnes ne peuvent pas visiter de logements et aller plus loin qu’au contact virtuel des agents immobiliers. Ceux-ci l’ont bien compris et restent accessibles par le biais du télétravail. Tous ces professionnels se tiennent prêts pour enclencher au plus vite la reprise.

Le report de certains délais administratifs va générer beaucoup de casse.

Ancien, neuf… Êtes-vous inquiet des nuages qui assombrissent l’activité immobilière ?

L’ordonnance prise par le gouvernement le 3 avril aidera peut-être à finaliser certaines ventes récentes ? Mais tous les compromis de vente signés de janvier à la mi-mars n’entrent pas dans les caisses des agents immobiliers, qui vont connaître de significatifs problèmes de trésorerie. L’aide de l’État pour la prise en charge du chômage partiel est un airbag très précieux. De notre côté, nous décalons le règlement des factures de nos clients, que nous étalerons sur le deuxième semestre. Et offrons une gratuité complète en avril. Mais tout cela ne suffira sans doute pas.

Pourquoi contestez-vous le report des délais de droit de préemption en fin de période d’urgence sanitaire ?

Prise à la va-vite et sans doute dans un souci de protection, cette récente décision gouvernementale est une aberration. Elle va créer un décalage encore plus important pour certaines opérations, qui ne pourront pas se faire avant fin juillet, voire fin août, peu de municipalités répondant tout de suite. Ce blocage administratif est rageant quand vous savez qu’en temps normal les mairies n’utilisent pas ce droit de préemption dans 85 % des cas. À l’image des études cliniques préalables à certains médicaments susceptibles de lutter contre le Covid-19, cette mesure initiale de prudence génère autant de réactions enflammées chez de nombreux acteurs de l’immobilier. Le report de certains délais administratifs va générer beaucoup de casse. Il est encore temps de faire machine arrière. Surtout avec des élections municipales reportées en octobre, entraînant une raréfaction des accords de permis de construire d’ici là et aggravant le choc qui touche déjà durement toute l’industrie du bâtiment.

Quel sera l’impact de cette pause forcée sur les prix immobiliers ?

Je n’ai pas de boule de cristal. Si la sortie du confinement intervient début mai, que l’état d’esprit des acquéreurs n’a pas changé, tout comme les conditions d’emprunt bancaire, le marché reprendra plus facilement sa belle dynamique des dernières années. Si le redémarrage n’intervient que fin mai, c’est différent. Cela jouera sur le moral des gens, il y aura davantage de défaillances d’entreprises, particuliers et sociétés subiront une plus forte perte de revenus. Les 250 000 transactions perdues ne seront pas rattrapées. Le marché devrait redescendre à 750 000 ou 800 000 ventes annuelles. Un manque à gagner douloureux, mais pas catastrophique au regard des 650 000 transactions réalisées en 2013. Toutefois, cette baisse des volumes ne devrait pas trop impacter les prix de l’ancien. Le retard des permis de construire et de livraison des programmes neufs va amplifier le déficit de logements nécessaires. De quoi maintenir l’actuelle cote des valeurs. Il y a fort à parier que les taux d’emprunt remonteront, mais jusqu’à 1,5 %, cela reste de l’argent très bon marché. Les conditions d’accès au crédit bancaire pour les ménages ayant perdu du pouvoir d’achat posent davantage de problèmes. En outre, quid du comportement des vendeurs qui ne voudront pas baisser leurs prétentions mais ne réussiront pas forcément à trouver des acheteurs à ce prix ? Ces facteurs brouillent tout pronostic vraiment fiable. Seule chose certaine, le marché se rouille. Professionnels, pouvoirs publics, réfléchissons tous ensemble pour trouver le dégrippant qui réussira à faire repartir la machine immobilière au plus vite.

Source : Lepoint.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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