Huit questions sur le chantier, un an après l’incendie

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Un an après l’incendie crève-coeur de Notre-Dame de Paris, où en est le chantier de restauration de la cathédrale ? Cinq ans seront-ils suffisants ? Et à quoi ressemblera ce joyaux de l’art gothique à l’arrivée ? Franceinfo Culture fait le point.

Un an après l’incendie de Notre-Dame survenu le 15 avril 2019, qui avait ému le monde entier, ce joyau gothique reste orphelin de sa flèche, sans charpente, avec une voûte fragilisée. La cathédrale demeure en « urgence absolue » selon l’équipe qui veille sur elle, même s’il est très improbable qu’elle s’écroule. Des capteurs chargés d’identifier le moindre mouvement éventuel restent cois : « ça ne bouge pas« , assure une source proche du dossier.

Le général Georgelin, ancien chef d’état-major des armées, nommé par Emmanuel Macron, a pris les commandes fin 2019. Un homme à poigne pour arbitrer entre les multiples experts, commissions et métiers impliqués. Mais quid du chantier et de la restauration ? Et quel agenda est-il en train de se dessiner ?

Où en est le chantier ?
Un an après l’incendie de Notre-Dame de Paris, une immense grue à l’arrêt au-dessus d’une cathédrale toujours prisonnière de son échafaudage : c’est l’image immobile que donne le chantier du siècle en plein confinement du coronavirus. A l’automne et à l’hiver, les intempéries ont bloqué les travaux, chaque fois notamment que les vents soufflaient à plus 40 km/h. Alors que le printemps se profilait, le démarrage du démontage des 10.000 tubes de l’échafaudage tordus et soudés par le feu était imminent. Le confinement ne l’a pas permis, plongeant le chantier dans le sommeil.

Outre la grue géante, un ceinturage avec des poutres métalliques avait été réalisé. Un deuxième échafaudage léger s’élève de part et d’autre de l’ancien. Des cordistes, appelés « écureuils« , étaient prêts à descendre scier les pièces. Cette opération délicate de quatre mois, « chantier dans le chantier« , est interrompue, mais le général Jean-Louis Georgelin, qui préside l’Etablissement public de Notre-Dame, étudie la possibilité de la faire reprendre partiellement, progressivement et de manière ciblée. Par exemple « pour les cordistes, ces équilibristes au bout de leur cordes, la distanciation sociale (exigée face au coronavirus) est évidente« .

Si des robots ont déblayé la nef, il faudra encore retirer les débris au-dessus de l’immense voûte. Des opérations qui s’achèveront en principe à l’été, tandis que le démontage et le dépoussiérage du grand orgue sera effectué tranquillement d’ici 2024.

Démantèlement, le 11 avril 2020, de l’échafaudage qui entourait la flèche de Notre-Dame le jour de l’incendie de la cathédrale survenu un an plus tôt, le 15 avril 2019. (HOUPLINE RENARD / SIPA)

La restauration pourra-t-elle être réalisée en cinq ans ?

Le président Emmanuel Macron a souhaité que la restauration de l’édifice soit réalisée en cinq ans. Un tel délai est-il réaliste pour un édifice aussi complexe ? « Beaucoup de personnes au début ont affirmé qu’en cinq ans, nous ferions n’importe quoi. Ce sont des propos malveillants, il s’agit de conduire les travaux de manière exemplaire sans procrastination« , estime le général Georgelin, qui assure qu’on célèbrera un Te Deum dans la cathédrale le 16 avril 2024.

Supposons que le sommeil dure de l’ordre de deux mois. Sur une durée de 68 mois, on devrait être capable de l’absorber », estime-t-il. Selon le chef d’opérations, la phase de restauration « devrait commencer en 2021« .

L’architecte en chef Philippe Villeneuve effectue les études de restauration, qui conditionneront les travaux. Une consolidation des voûtes pourrait être encore nécessaire et il faudra procéder notamment à la dépollution de deux chapelles test. « J’espère que tout cela sera terminé à l’automne« , affirme le général. Les options seront soumises à la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture.

A quoi ressemblera la cathédrale restaurée ?

Rien ne permet encore de discerner la forme finale qu’aura le joyau gothique une fois restauré. Il faudra d’abord trancher l’alternative qui divise les amoureux de ce symbole national et religieux : reconstruire à l’identique la flèche de Viollet-Le-Duc, ou concevoir un « geste architectural contemporain« , comme l’a souhaité Emmanuel Macron ? Au risque de se mettre en infraction avec l’Unesco ?

Certains ont proposé une flèche en verre, ou de créer sur le toit un parc-jardin bio, voire une terrasse panoramique pour les touristes… L’architecte Philippe Villeneuve plaide la fidélité à l’ouvrage génialement retouché dans le style gothique par Viollet-le-Duc, dont sont conservés tous les plans. Il a estimé qu’une reconstruction à l’identique permettrait mieux de tenir les délais. Une option qui semble être celle d’une majorité de Français.

Par ailleurs, la querelle fait rage autour de la charpente. Face au béton et à l’acier, choisis pour diverses charpentes de cathédrales au XXe siècle, la reconstruction à l’identique en chêne (ou au moins en bois) a de solides défenseurs. Ils font valoir que le poids de « la forêt« , le surnom de l’ancienne charpente, a fait tenir la cathédrale à travers huit siècles, que le chêne stocke le CO2, et qu’il serait la solution la plus rapide parce que documentée. Des forêts de chênes sont disponibles. Les lobbies se déchaînent sur ce chantier juteux.

Le 15 avril 2019, lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris, lorsque la flèche de la cathédrale cède et tombe sous l'assaut des flammes.
Le 15 avril 2019, lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris, lorsque la flèche de la cathédrale cède et tombe sous l’assaut des flammes. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Qu’en est-il de la contamination au plomb ?
Le chantier s’est renchéri en raison d’imprévus – le plomb tout d’abord. Mais après les polémiques des premiers mois, la préoccupation de la contamination au plomb semble aujourd’hui largement apaisée.

Avant l’épidémie et le confinement, tous les voyants étaient au vert pour que le parvis rouvre à Pâques. « Les questions de plomb sont à 95% levées« , affirme Mgr Benoist de Sinety, vicaire général de l’archidiocèse.

Cependant, des particules sont encore insérées en profondeur dans le parvis. Un nettoyage à l’ultra-haute pression a déjà été mené. Reste l’application d’une résine à froid transparente, qui a été retardée par le coronavirus.

Les dons ont-ils été trop importants pour ce seul édifice?
Au total, ce sont 902 millions de dons et promesses de dons qui ont été faits pour Notre-Dame : de quelques dollars versés par des particuliers de tous les pays aux énormes cadeaux des mécènes comme Bernard Arnault et François Pinault.

Une manne trop importante ? « Ceux qui se sont permis de dire qu’on avait trop d’argent ont été imprudents. Tout me laisse à penser que nous aurons bien besoin de l’argent » des 340.000 donateurs, estime le général Jean-Louis Georgelin, qui leur exprime sa « profonde gratitude« .

La Fondation du patrimoine avait pointé du doigt dès mai 2019 le « trop plein de dons » consacrés à la cathédrale, face aux autres catégories délaissées ou sous-financées de monuments : églises parisiennes, autres cathédrales, et surtout l’innombrable armée des petites églises, chapelles, châteaux, maisons.

Rien n’y a fait : les dons pour Notre-Dame sont exclusivement destinés à la restauration de la cathédrale, ont rappelé le ministre de la Culture Franck Riester et le général Georgelin.

Les 16 statues de cuivre qui ornaient la toiture de Notre-Dame de Paris rejoignaient la terre ferme le 11 avril 2019 pour permettre la restauration intégrale de tous les éléments qui composaient la flèche de la cathédrale. Quatre jours plus tard, l'incendie de l'édifice allait emporter la flèche à jamais.
Les 16 statues de cuivre qui ornaient la toiture de Notre-Dame de Paris rejoignaient la terre ferme le 11 avril 2019 pour permettre la restauration intégrale de tous les éléments qui composaient la flèche de la cathédrale. Quatre jours plus tard, l’incendie de l’édifice allait emporter la flèche à jamais. (HOUPLINE RENARD / SIPA)

Le chantier va-t-il monopoliser tous les artisans disponibles ?

La loi du 30 juillet 2019 prévoit que la souscription nationale lancée pour financer la reconstruction servira aussi à financer des formations à certains métiers d’art devenus rares.

Une crainte est en effet que le chantier pompe une partie des artisans qualifiés au détriment d’autres monuments qui ont besoin d’être restaurés. L’Etablissement public qui pilote le chantier a pour mission de booster ces filières. Sur le parvis, un « village des métiers » devrait être installé, avec expositions et ateliers pour les touristes et scolaires. Des visites guidées du chantier sont même envisagées.

Quel réaménagement des abords de la cathédrale ?

Afin de mieux accueillir les 13 millions de touristes et pèlerins fréquentant chaque année l’île de la Cité, un aménagement du site est requis. Il relève normalement de la Ville de Paris, mais l’Etablissement public dédié au chantier pourrait s’en voir chargé : une opération qui pourrait durer au delà des cinq ans, et pour laquelle un concours d’architectes pourrait être envisagé.

Un rapport de l’architecte Dominique Perrault préconisait en 2016 un grand réaménagement du parvis, du square Jean XXIII, de la promenade du flanc sud. Galerie commerciale sous le parvis, débarcadère… L’Hôtel Dieu sera réaménagé également. Un tiers va être cédé au promoteur Novaxia qui va notamment y installer un incubateur pour les entreprises de biotech. Des voix s’élèvent, redoutant un aménagement faisant la part trop belle aux commerces.

Mais au fait, où en est l’enquête ?

L’enquête judiciaire de trois juges d’instruction sur les causes de l’incendie est interminable. En juin 2019, l’enquête préliminaire du parquet de Paris a écarté l’acte terroriste ou de malveillance, alors que cette hypothèse était alimentée par des réseaux complotistes. Demeure la cause à établir : mégot allumé qui aurait mis le feu, court-circuit.

Entre les entreprises impliquées dans cette affaire et l’Etat, y aura-t-il des responsabilités établies, avec ce que cela implique versant assurances ? Comme l’a révélé le Canard Enchaîné, l’enquête pourrait mettre en lumière les négligences de sociétés qui intervenaient sur la restauration de la flèche, mais aussi de l’Etat qui n’aurait pas bien respecté le cahier des charges…

Source: Franceinfo

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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