Les inégalités sont nocives pour la santé

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Plus que jamais, les inégalités sont nocives pour la santé

Les disparités de santé accentuées par la pandémie montrent au grand jour les failles d’un ordre mondial permettant des inégalités abyssales. Le développement plus récent des théories de justice globale plaide en faveur d’obligations morales d’entraide humanitaire et d’institutions suffisamment contraignantes pour nous y obliger, non pas au nom de la charité, mais au nom des droits de la personne universels.

Des objections plausibles contre un idéal cosmopolitique jugé naïf peuvent conduire à justifier une forme de statu quo préconisant la fermeture des frontières au nom de l’intérêt national perçu comme finalité légitime de tout gouvernement responsable. Toutefois, l’histoire contemporaine de la configuration des entités politiques ‒ de l’État-nation aux régionalismes en passant par les régimes fédéraux ‒ témoigne aussi de la valeur instrumentale des structures élaborées de multilatéralisme qui sont nécessaires pour gérer des enjeux collectifs de manière plus optimale. Si pour certains le Brexit était une démonstration du contraire, la pandémie de COVID-19 nous rappelle que seules des instances transnationales de coordination, de partage d’informations et de ressources seront en mesure d’orchestrer efficacement les actions erratiques des uns et des autres.

Cependant, nous sommes confrontés à un paradoxe complexe. Les mesures de confinement sont la manifestation d’un grand repli sur soi et du chacun pour soi dans l’espoir de contenir le coronavirus à l’intérieur de ses frontières. Bien que ces mesures d’urgence sanitaire soient nécessaires et soutenues par l’Organisation mondiale de la santé, elles donnent également lieu à des discours xénophobes et racistes, préconisant le darwinisme social et une forme d’égoïsme moral dont souffrent présentement des millions d’individus complètement laissés-pour-compte en tant que migrants clandestins ou réduits à l’indigence extrême dans les camps de réfugiés.

Or, tôt ou tard, les coronavirus sans frontières qui se propagent à toute vitesse dans les contextes de pauvreté menaceront la santé des populations les mieux nanties. Les crises sanitaires et environnementales révèlent de manière inquiétante l’interdépendance structurelle qui nous lie les uns aux autres. Si l’argument moral ne parvient pas à nous convaincre des principes éthiques de la solidarité, les sceptiques moraux doivent néanmoins reconnaître l’argument prudentiel selon lequel l’intérêt national bien compris passe nécessairement par la coopération de tous.

L’un des grands défis consistera donc à surmonter le dilemme entre la sécurisation de la santé au nom de l’intérêt national et la poursuite de l’idéal de la santé globale pour tous. Il ne fait aucun doute que nous devrons consacrer tous nos efforts interdisciplinaires de recherche à concevoir des modèles de gouvernance globale de santé publique capables de contraindre tous les pays à beaucoup plus de transparence et de responsabilité internationales en vue de préparer les moyens de prévention, d’adaptation et de mitigation face aux crises sanitaires, sociales et environnementales à venir.

D’un point de vue prudentiel, la meilleure manière de se préparer pour éviter les catastrophes futures est de tirer les leçons de la crise actuelle et de penser la justice en santé dès aujourd’hui. Si l’on a beaucoup insisté sur les avantages pragmatiques de l’équité dans le domaine de la santé, il importe toutefois de ne pas perdre de vue que la solidarité de tous en contexte de pandémie repose avant tout, d’un point de vue philosophique, sur des principes éthiques de justice sociale, internationale et intergénérationnelle.

Source : UDM

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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