Infirmière en réanimation : «On nous envoie au front sans arme»

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Article publié le 15 avril 2020.

Mariam (1) baille. Il est 15 heures. Cette infirmière de 33 ans vient de se réveiller après avoir travaillé toute la nuit dans un hôpital public parisien. «Je suis épuisée. Je fais des semaines de 60 heures. Il y a beaucoup de décès. C’est dur moralement. On n’est pas préparé à vivre ça», confie-t-elle.

Mariam travaille depuis dix ans et n’avait jamais connu une situation si difficile. Il faut dire qu’elle s’occupe des patients les plus atteints par le Covid-19. Elle travaille au service de réanimation, où sont accueillis les cas les plus graves. Face à l’épidémie, «toute la réanimation a été transformée en « unité Covid », comme plein d’autres services de l’hôpital. On a en ce moment 42 lits, tous occupés, au lieu de 20 en temps normal.»

Pour pouvoir s’occuper des nombreux patients, les effectifs de son service ont été doublés. Parmi ces renforts, il y a des étudiants infirmiers, des soignants de différents services ou venus d’autres régions. «On reçoit beaucoup d’appels pour nous aider et c’est super. Mais on doit former ces personnes en trois jours seulement. Il faut donc bien surveiller ces nouveaux collègues, pas assez formés, pendant que nos patients ont besoin de beaucoup de soins et de surveillance», dit l’infirmière.

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Masques périmés

Mariam s’équipe dans le couloir, avant d’entrer dans son service. Elle doit se protéger un maximum, pour elle et pour ses patients : masque, charlotte, lunettes de protection, blouse, surblouse. Mais les équipements manquent. «Hier, on a travaillé avec des masques périmés depuis six ans : je sentais un brin d’air qui passait», raconte-t-elle, inquiète. Et ce n’est pas tout : «On est censé changer de blouse avant chaque chambre mais là, on les garde toute la nuit. On n’a plus de tablier imperméable pour les soins alors on prend ceux de la cuisine. C’est pareil pour les charlottes.»

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Résultat : beaucoup de ses collègues ont attrapé le Covid-19 et ne peuvent plus travailler. «On nous envoie au front sans arme», résume-t-elle. Les malades n’ont pas toujours de lits adaptés à leurs problèmes, ce qui pose aussi des difficultés aux soignants pour bien s’occuper d’eux.

Avec le confinement, Mariam et ses collègues ont peu de réconfort : «On ne peut pas voir nos familles, pour ne pas les mettre en danger. Ceux qui ont des enfants ne peuvent pas les câliner ni manger avec eux», dit-elle. Alors quand Mariam voit des gens flâner dans les rues en sortant de l’hôpital, elle est «révoltée», elle leur en veut de mettre les autres en danger. «Les applaudissements, c’est bien, mais je préférerais que les gens restent chez eux. Ceux qui ne respectent pas le confinement propagent le virus. Beaucoup seront malades à cause d’eux.»

(1) Son prénom a été modifié à sa demande.

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Rédaction Cécile Bourgneuf Illustrations Émilie Coquard et Laure Lacour

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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