« J’ai envisagé d’accoucher à la maison »: une fin de grossesse durant le confinement

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« J'ai envisagé d'accoucher à la maison »: une fin de grossesse durant le confinement

Elles sont enceintes et vont accoucher dans les prochaines semaines. Comment vivent-elles leurs derniers jours de grossesse confinés? Comment appréhendent-elles l’accouchement, alors que la présence de leur conjoint sera fortement limitée? Deux femmes se confient.

« J’ai envisagé d’accoucher à la maison »

Inès*, 23 ans, doit accoucher de son premier enfant fin mai. « J’ai vu ma sage-femme cette semaine qui m’a prévenue que ma petite fille risquait d’arriver un peu plus tôt », témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Le congé maternité de cette auxiliaire de crèche qui habite à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, a débuté aux premiers jours du confinement. Ce qui a entravé certaines de ses démarches administratives pourtant importantes pour son avenir et celui de son enfant.

« Je devais avoir un rendez-vous pour l’inscription en crèche de ma fille, ça a été annulé. En plus, les crèches sont fermées, impossible de les joindre. Je devais aussi rencontrer quelqu’un de la mairie pour demander un logement social, ça n’a pas pu avoir lieu. »

La jeune femme vit ainsi toujours chez sa mère avec son conjoint. « Au moins, elle pourra m’aider lors de l’arrivée du bébé », positive-t-elle. Si Inès voit aujourd’hui les choses un peu plus sereinement, elle a eu une belle frayeur il y a peu.

« Ma sage-femme m’a appelée pour me préparer à l’idée qu’il faudrait que j’accouche seule, que la présence des pères ne serait pas autorisée. J’étais dégoûtée, j’ai même envisagé d’accoucher à la maison. »

Pas de cours de préparation à la naissance

Le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France a publié une mise en garde contre l’accouchement à domicile, évoquant « les risques » auxquels ces femmes s’exposeraient « au regard des difficultés du système de soins actuels ». « En cas de problème, les Samu débordés pourraient ne pas arriver à temps et la réactivité des services d’urgences pour la prise en charge des hémorragies de la délivrance à domicile ne sera pas la même dans la crise sanitaire que nous vivons. »

Finalement, l’hôpital parisien qui suit la grossesse d’Inès a rétropédalé: présence du père autorisée en salle de naissance s’il n’a aucun symptôme. Si la jeune femme n’a pas pu suivre ses cours de préparation à l’accouchement – « en visioconférence, ce n’est pas pareil, c’est compliqué pour apprendre les mouvements et je n’ai pas de ballon chez moi » – elle tentera de gérer au mieux les quelques heures qui précéderont son arrivée à l’hôpital.

Une représentante de l’Ordre des sages-femmes invite pourtant à ne pas renoncer aux cours de préparation ni à tous les autres examens de la grossesse. « Cela peut tout à fait se faire par téléconsultation, explique-t-elle à BFMTV.com. C’est aussi un bon moyen pour exprimer ses craintes à une professionnelle. »

Le ou la conjointe deux heures en salle de naissance

La plupart des patientes sont « compréhensives » vis-à-vis de cette situation inédite, assure à BFMTV.com Caroline Brochet, sage-femme à l’hôpital Armand-Trousseau à Paris et présidente de l’Association professionnelle des sages-femmes. « Elles sont surtout soulagées de pouvoir être accompagnées par leur conjoint ou conjointe en salle de naissance, même si c’est pour une courte durée. »

Car comme l’indiquent les recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français,  « l’accompagnant peut rester dans la salle dans les deux heures qui suivent l’accouchement ». Mais impossible pour lui d’aller fumer, chercher à manger ou se dégourdir les jambes: sortie « sous aucun prétexte » au risque de devoir quitter définitivement l’hôpital. 

« Les règles évoluent au jour le jour, on est en adaptation permanente, poursuit Caroline Brochet. Je ne sais pas ce qu’il en sera après le 11 mai et la levée du confinement. »

Pour les sages-femmes, cela implique de nouvelles pratiques. « D’habitude on se fait toutes petites pour ne pas interférer dans la relation entre les parents et le nouveau-né. Là, on est plus présente, on va plus au contact pour assurer un soutien psychologique. On est aussi très vigilantes sur la dépression du post-partum et on informe davantage sur les risques du bébé secoué. »

Et pour éviter toute infection nosocomiale à covid-19, les sorties précoces sont favorisées. « À condition qu’une sage-femme leur rende visite à la maison », ajoute Caroline Brochet, dont l’association a levé des fonds pour commander 350.000 masques qui seront distribués dans les prochains jours, en partenariat avec La Boîte rose – un coffret offert après chaque naissance – à toutes les parturientes.

« Très stressée »

Pauline*, 22 ans, attend elle aussi son premier enfant. Cette jeune femme qui habite en Seine-et-Marne devrait échapper à un accouchement durant le confinement puisqu’elle doit donner naissance à son petit garçon au mois d’août. « On m’a déjà prévenue que je devrais porter un masque et des gants. Heureusement, on m’a dit que le papa pourra être là s’il n’a pas de symptômes », raconte-t-elle, soulagée, à BFMTV.com. Mais la future mère reste déçue.

« Après l’accouchement, il ne pourra rester que deux heures avec nous et devra ensuite partir. Il n’aura le droit de revenir qu’à la fin du séjour à la maternité. »

Laura Gélin, psychanalyste et psychothérapeute, rappelle pour BFMTV.com qu’un accouchement, « ça ne se passe jamais comme prévu », dénonçant « l’idéalisation » de ce moment. « Il peut y avoir l’usage de forceps, une épisiotomie ou une césarienne, autant de choses qu’on n’avait pas imaginées. » Si elle comprend la déception de ces femmes de ne pouvoir partager les premiers jours de leur enfant avec leur conjoint, elle les invite à se projeter à plus long terme.

« Le confinement sera même peut-être pour elles une chance d’être préservées des visites intempestives et l’occasion de se caler sur le rythme du bébé. De toute façon, avec un nouveau-né, on est dans la préoccupation maternelle primaire, en fusion avec bébé, et on se protège beaucoup de l’extérieur. »

Ces semaines de confinement auront tout de même chamboulé les préparatifs de Pauline pour l’arrivée du bébé. « On n’a rien pu acheter, il va falloir tout commander sur internet. » Le plus embêtant: son conjoint n’a pas pu passer son permis de conduire, eux qui habitent à plusieurs dizaines de kilomètres de sa maternité. Un contretemps pour Pauline qui se dit « très stressée » et espère ainsi être en état de prendre le volant le jour J.

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Marino Stozza
Marino Stozza
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