Journalistes sportives, équipements de protection conçus pour les hommes, parti féministe en Corée du Sud… avril dans la vie des femmes

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Journalistes sportives, équipements de protection conçus pour les hommes, parti féministe en Corée du Sud… avril dans la vie des femmes

 

Chaque mois, Libérationfait le point sur les histoires qui ont fait l’actualité des femmes, de leur santé, leurs libertés et leurs droits. Cinquante-sixième épisode: avril2020. Sivous avez manqué l’épisode précédent, il est ici (et tous les autres sont là).

Santé

Covid-19 : des équipements de protection«conçus pour des hommes bâtis comme des rugbymen»

«Certains personnels soignants ont dû tant serrer leur masque que cela leur a blessé le visage, d’autres ont été obligés de retrousser les manches de leur blouse de protection, d’autres ne voyaient rien à cause de la buée, d’autre enfin ont dû utiliser du sparadrap pour que leur masque ne baille pas autour de leur bouche. Leur point commun? Ils essaient de sauver des vies et ce sont des femmes.» Ainsi démarre un article du quotidien anglais The Guardian, qui pointe que les «équipements personnels de protection» (masques, visières, blouses…) ont été conçus pour des hommes et que les femmes se mettent en danger en les portant. Les équipements«ont été imaginés pour des hommes d’1,80-1,90 m, bâtis comme des rugbymen, dénonce une soignante. Or75% du personnel du NHS [le service public de santé au Royaume-Uni ndlr] est féminin.»
Le quotidien rapporte notamment le cas d’une infirmière expérimentée en soins intensifs qui a dû être transférée avec des patients moins malades parce que sa «tête était trop petite pour que le masque crée le bon joint autour de sa bouche». Ou encore cette soignante qui avait développé des ulcères au visage car elle avait trop serré son masque pour bien se protéger. Ces équipements inadaptés témoignent une nouvelle fois que les femmes sont dangereusement oubliées de la conception des objets du quotidien (on vous en parlait ici et là). La ministre britannique des Femmes et de l’Egalité Liz Truss dénonce un «un scandale international». Mais il aura fallu attendre une pandémie pour arriver à un début de prise de conscience.

A lire aussi dans Libé: en Pologne, l’IVG menacée ; le portrait d’Amani Ballour, pédiatre syrienne à laquelle un documentaire a été consacré ; ou celui de Wahida Benayad Kahloul, auxiliaire de vie à Mulhouse ; une tribune sur les «héroïnes oubliées» des Ehpad ; MSF ouvre à Paris une clinique mobile pour les exclus.

Violences

L’ONU s’inquiète de l’accroissement du risque de violences contre les femmes réfugiées et apatrides

Nous vous parlions le mois dernierde l’augmentation de violencesconjugales et intrafamiliales par temps de confinement. Le risque d’être victimes de violences, notamment sexuelles, s’accroît en particulier pour les femmes réfugiées, déplacées ou apatrides, s’alarme l’Organisation des nations unies (ONU).«Le Covid-19 enlève des vies et bouleverse les communautés à travers le monde entier, maisle virus comporte également des risques majeursen termes de protection pour les femmes et les jeunes filles contraintes de fuir leurs foyers, s’est inquiété Gillian Triggs, haut-commissaire adjointe duHCRchargée de la protection internationale.Certaines peuvent se retrouver confinées à domicile dans leur abri ou leur maison, piégées aux côtés de leurs agresseurs, sans aucune possibilité de prendre leurs distances ou de rechercher un soutien.»La responsable appelle notamment les Etats à ne pas restreindre leur accès à la justice et à la santé, relevant que ces femmes«pourraient être contraintes à des relations sexuelles de survie, ou à des mariages forcés de mineures».

A lire aussi dans Libé:cette tribune sur le même sujet; l’Etat français condamné pour «faute lourde» dansune affaire de féminicide; les victimes de violences peuvent désormaisalerter par SMS;une ligne téléphonique a été miseen place pour aider ceux qui sont sur le point de commettre des violences conjugales ; uneinterview d’Elisabeth Moiron-Braud, secrétaire générale de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains; desvictimes de revenge porn, quisemble augmenteren ces temps confinés, témoignent dans nos pages ; et comme tous les mois notre hommage auxvictimes de féminicides;reportage aux Pays-Bas où les travailleurs du sexeoù les quartiers rouges sont plongés dans le noir ;interview de Marlène Schiappasur ses propositions pour protéger les personnes LGBT +.

Sexisme

Harcèlement moral et sexiste : libération de la parole dans le journalisme sportif

Le journalisme sportif a connu son #MeToo. Trois journalistes ont témoigné en avril du harcèlement moral et sexuel dont elles ont fait l’objet dans leurs rédactions, rappelle France Inter. «J’allais à Stade 2 en pleurant», a confié Clémentine Sarlat à l’Equipe. L’ancienne coprésentatrice de l’émission de France2 affirme avoir été victime de harcèlement moral au sein de France Télévisions. Elle explique avoir été marginalisée à son retour de congé maternité, jusqu’à ce qu’elle décide de partir. «Pour la préparation de l’émission, personne ne me parlait. Ils m’avaient mise dans un bureau à part, loin des rédacteurs en chefs», et «j’avais l’impression d’un coup de poignard dans le dos». France TV, qui a été confrontée à plusieurs affaires similaires depuis le début du mouvement #MeToo, a immédiatement ouvert une enquête interne. Deux semaines plus tard, deux de ses consœurs, Tiffany Henne et Andrea Decaudin, ont aussi témoigné auprès de France Inter du harcèlement moral et sexuel qu’elles ont subi au sein d’autres rédactions sportives.
Tiffany Henne raconte que lorsqu’elle était pigiste, un de ses rédacteurs en chef multipliait les insinuations sur son orientation sexuelle. «Il venait me dire devant tout le monde, ou lorsque j’étais toute seule: « Tu aimerais bien manger sa chatte ».» Il va même jusqu’à l’enfermer dans une salle avec un collègue pour qu’elle avoue aimer les femmes pendant qu’il la filmait avec son téléphone. Sa consœur Andrea Decaudin rapporte les propos dévalorisants qui lui étaient adressés. «Alors que je m’apprêtais à prendre l’antenne, il m’a dit droit dans les yeux: « Je devrais être à ta place, c’est moi qui devrais faire de l’antenne, pas toi ».» Mais aussi «les petites humiliations» qu’elles subissaient, comme ce collègue qui a lancé une vidéo porno sur son ordi. Pas surpris, Antoine Chuzeville, journaliste sportif à France TV et délégué au Syndicat national des journalistes, affirme auprès de France Inter que ces agissements sont le fait d’«un petit groupe, mais peut-être qu’on ne les reprend pas assez et qu’ils ne sont pas sanctionnés». Les services des sports restent des «bastions masculins», selon lui.

Liberté, égalité

Corée du Sud: un parti féministe et100% féminin aux législatives

Le Parti des femmes, un parti féministe aux listes100% féminines s’est présenté le 15 avril aux élections législatives en Corée du Sud, rapporte TV5 Monde. Une petite révolution dans ce pays classé108e sur153 en matière d’égalité hommes-femmes par l’OCDE et une première au XXIe siècle dans la péninsule. Le premier parti des Femmes avait été créé en1945 par la parlementaire et ministre Im Young-shin. L’élection de la première femme présidente Park Geun-hye en2012 ne saurait dissimuler le sexisme ambiant dans le pays contre lequel le parti compte lutter: installations de caméras dans les lieux publics pour filmer les femmes à leur insu, chantage sexuel sur internet, écart de salaire de34,1% avec ceux des hommes (1), faible présence des femmes dans les conseils d’administration des conglomérats (3,6%) ou en politique (17% au Parlement) sont le lot des Sud-coréennes.
Fort de pas moins de10000membres (dont les trois-quarts ont une vingtaine d’années), ce jeune parti n’a été fondé que le8mars à l’occasion de la journée internationale des droits de femmes. Si la formation espérait atteindre les 6% de suffrages nécessaires pour obtenir des sièges, la marche était encore trop haute. Malgré un mois d’existence, le parti a tout de même réussi à récolter plus de208600voix, soit0,74% des suffrages de ce scrutin à la proportionnelle face aux deux partis dominants (Parti démocratique et Parti du futur uni). Si la prise de conscience féministe prend de l’ampleur dans la péninsule, des femmes confient être encore réticentes à l’idée de soutenir un parti mettant en priorité les droits des femmes. Les positions féministes sont d’ailleurs souvent raillées voire violemment dénoncées. L’une des candidates, Lee Ji-Won, a été menacée de mort sur Internet et des femmes participant à la campagne ont essuyé des jets de pierres.

(1) Données de l’OCDE de 2018.

A lire aussi dans Libé: un billet sur les femmes dirigeantes et leur gestion de l’épidémie ; une princesse saoudienne emprisonnée arbitrairement lance un appel à l’aide ;extrait de notre newsletter «L» pour des lendemains au féminin.

Education

Coronavirus : les filles, premières victimes de la fermeture des écoles

La fermeture des écoles en raison de l’épidémie de Covid-19 concerne1,54milliard d’élèves selon l’Unesco, dont près de743millions de filles. AvecPlan international, l’organisation alertesur la situation particulière de ces filles, notamment les 111millions vivant dans les pays les moins développés, qui seront plus durement touchés par cette déscolarisation. Les «taux d’abandon concerneront de manière disproportionnée les adolescentes, renforceront les disparités de genre dans le domaine de l’éducation et se traduiront par un nombre accru de cas d’exploitation sexuelle, de grossesses précoces et de mariages précoces et forcés». Dans certains pays où une protection sociale limitée est en place, la crise économique causée par la pandémie va se répercuter sur les familles, «qui devront alors assumer les coûts financiers et le bien-fondé de la scolarisation de leurs filles».
Les organisations prennent appui sur les enseignements de l’épidémie Ebola, où jusqu’à 5 millions d’enfants avaient été privés d’école en Afrique de l’Ouest. Selon plusieurs études, «la fermeture des écoles aggrave la vulnérabilité des filles face aux abus physiques et sexuels commis par des camarades et par des hommes plus âgés, car les filles sont souvent seules à la maison et sans supervision».En Sierra Leone, une étude montre que pendant l’épidémie, les grossesses chez les ados ont augmenté jusqu’à65% dans certaines communautés car elles ne bénéficiaient plus du cadre protecteur de l’école. Nombre d’entre elles ne sont jamais retournées en classe, jusqu’à peu une loi interdisait aux filles enceintes d’aller à l’école. L’Unesco et Plan international listent différentes recommandations pour garantir le retour à l’école et ne pas «perdre vingt ans de progrès réalisés en faveur de l’éducation des filles.»

A lire aussi dans Libé: le portrait d’Adele Van Reeth, qui anime une émission quotidienne de philo à la radio ; des nouvelles inédites d’Anaïs Nin ont été publiées.

Travail

Dans les archives scientifiques, identifier les femmes par le crowdsourcing

De nombreuses femmes sont aujourd’hui en première ligne dans la lutte contre le Covid-19, qu’elles soient médecins, infirmières, aides-soignantes, pharmaciennes ou chercheuses. La présence des femmes dans les hôpitaux et les laboratoires n’est pas neuve, mais l’histoire, la grande, est encore avare lorsqu’il s’agit de reconnaître leur place et leurs apports. Dans les archives, elles sont souvent présentes sans être nommées. Ce printemps, l’Institut d’histoire des sciences de Philadelphie a lancé un appel aux internautes pour identifier des femmes sur une photo prise dans un laboratoire de recherche sur le diabète à Saint-Louis (Missouri), dans les années40.
On y voit le DrMichael Somogyi entouré de cinq assistantes, dont les noms n’ont pas été consignés. D’autres initiatives d’identification de femmes scientifiques par le crowdsourcing ont déjà été lancées par le passé, relève Karen Kwon sur le site Massive Science. Il y a deux ans, une telle opération avait ainsi permis d’identifier sur une photo d’une conférence internationale scientifique de 1971 Sheila Minor Huff, qui travaillait à l’époque pour le Smithsonian, le musée national d’histoire naturelle de Washington. Des38personnes présentes sur le cliché, 37-des hommes- étaient nommées. La seule femme ne l’a été que quarante-sept ans plus tard.

A lire aussi dans Libé: le portrait de Sandrine Goeyvaerts, la caviste belge qui a lancé Women do Wine, une association de femmes travaillant dans le domaine du vin.

Corps, sexualité

Pas de confinement pour les injonctions sur le corps des femmes dans les médias

«Doit-on rester en jogging pendant le confinement ?»s’interroge Elle, «Confinement: trois erreurs qui enlaidissent lors d’une conversation vidéo», prévient Femme actuelle, tandis que Grazia, c’est trop aimable, donne ses conseils pour éviter de «prendre 3 kilos (voire plus)» pendant le confinement, qu’on pourra compléter de ceux de Marie-France, après bien sûr s’être soigneusement démaquillée, et ce même si on ne se maquille pas ou plus, comme le conseille Gala. On aurait pu penser que, dans cette période pour le moins particulière, qui bouleverse au mieux les repères quotidiens et au pire les vies, on foutrait un peu la paix aux femmes. Que nenni: malgré le confinement, les injonctions sur les corps, en particulier féminins, n’ont pas pris de congé.
«Très peu de médias, de chaînes YouTube ou d’influenceurs encouragent le lâcher-prise ou rappellent, par exemple, que se maquiller doit être un plaisir, au quotidien comme en [confinement], et absolument pas une obligation», analyse la personne qui tient le compte Instagram Corps Cools, dans un article de Glamour qui revient sur toutes ces injonctions. «Très peu expliquent que c’est ok de ne pas arriver à faire certaines choses, d’avoir envie ou besoin de manger plus pour faire face ou de traîner en jogging… Rien ne nous encourage à faire simplement ce qui nous fait du bien.»
Ces injonctions ne restent pas cantonnées, d’ailleurs, aux pages des magazines: en Malaisie, le ministère chargé des Femmes, de la Famille et du Développement communautaire a conseillé aux femmes, via les réseaux sociaux, de veiller à soigner sa tenue, de se maquiller, et d’«éviter d’embêter» leur mari, de ravaler les remarques «sarcastiques» et de s’adresser à lui d’une voix douce comme celle de Doraemon, un chat robot mignon de dessin animé japonais très populaire en Asie», raconte TV5 Monde. Ce qui a provoqué un tollé sur Internet et obligé le ministère à rétropédaler.

A lire aussi dans Libé: l’allongement du délai légal d’accès à l’IVG réclamé.

Vie privée, famille

Des dispositifs de garde pour les enfants des caissières enfin proposés

Soignants, pompiers, aides à domicile… Tous bénéficient depuis le début du confinement de solutions de garde en crèche ou dans les établissements scolaires de leurs enfants. Dans pas mal de villes, ce service a aussi été élargi aux forces de l’ordre. Mais qu’en est-il des personnels des commerces alimentaires, dont un grand nombre de femmes, également en première ligne et indispensables en cette période de confinement? Elles étaient encore les grandes oubliées. Le3avril, début des vacances scolaires en région parisienne, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a enfin annoncé que les enfants des caissières et autres personnels des commerces alimentaires seraient accueillis également, note Terrafemina.
D’autres villes ont pris des mesures similaires début avril comme Nice, LeCannet ou Cannes, mais cela est encore loin d’être généralisé. «Il est important pour tous ces parents, au contact du public et qui assurent la continuité des fonctions vitales pour la population, d’avoir l’esprit libre en sachant que leurs enfants sont entre de bonnes mains, surveillés, protégés», a déclaré à France Bleu Alpes-Maritimes David Lisnard, le maire de Cannes. Ce service est pris en charge par les Caisses d’allocations familiales.

A lire aussi dans Libé: l’amour au temps du confinement ; des mariages reportéspour cause de pandémie ; la charge mentale accentuée par le confinement, interview de deux chercheuses en psychologie sur le niveau d’épuisement des parents durant le confinement qui est plus élevé chez ceux qui ne travaillent pas ; témoignages de familles réunies pour le meilleur ou pour le pire durant le confinement.

Choses vues, lues, entendues, ailleurs que dans Libé:

•Les femmes ont toujours été présentes aux côtés des personnes malades, enceintes ou âgées, mais n’ont longtemps pas été rémunérées ou même reconnues pour ces tâches. «L’histoire du soin est-elle une histoire des femmes ?»s’interroge France Culture.
• L’Olympique de Marseille a décidé de mettre 46 chambres de son centre d’entraînement à disposition de femmes victimes de violences conjugales, pendant le confinement, rapporte Europe 1.
Le Soir se penche sur une nouvelle étude australienne sur la sexualité des femmes, tandis que 20 minutes évoque le développement de la sexualité en ligne avec le confinement.
•Le confinement peut avoir une influence sur lecycle menstruel, explique Ouest-France.
• Si de nombreuses femmes ont laissé tomber le soutien-gorge pendant le confinement, cet objet était au contraire vu comme libérateur lorsqu’il a été créé, raconte France Culture.
•Terrafemina interview Pihla Hintikka et Elisa Rigoulet, autrices d’un manuel d’éducation féministe, Fille-garçon, même éducation, paru chez Marabout.
•Craignant de contracter le coronavirus à l’hôpital, des femmes se tournent vers l’accouchement à domicile, rapportent le New York Times et la blogueuseMarie-Helène Lahaye.
Interview dans le Guardian de Sarah Williamson, la femme derrière le projet «Art Activist Barbie» qui remet en cause, via des pancartes portées par une poupée, la représentation des femmes dans les œuvres d’art.


Gilles Dhers

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Kim Hullot-Guiot

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Marlène Thomas

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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