Journée de commémoration nationale en mémoire des victimes de la COVID-19 — Le deuil, à une époque qui ne ressemble en rien à celles d’avant

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Plus isolées qu’à l’habitude à cause de la pandémie, certaines personnes endeuillées se retrouvent privées d’une grande partie du soutien social dont elles auraient normalement pu bénéficier.

Journée de commémoration nationale en mémoire des victimes de la COVID-19

Plus isolées qu’à l’habitude à cause de la pandémie, certaines personnes endeuillées se retrouvent privées d’une grande partie du soutien social dont elles auraient normalement pu bénéficier.
Photo : Michel Caron – UdeS

Comme un trou dans le ventre, un morceau de soi arraché, une plaie ouverte à l’intérieur. Souvent décrites en ces termes, l’expérience du deuil et la douleur qui l’accompagne témoignent de l’attachement et de l’ampleur de la perte ressentie lors du décès d’êtres chers. Le défi peut s’avérer d’autant plus grand à l’heure actuelle, alors que nous sommes contraints à l’isolement, à l’adaptation et à l’imprévisibilité qu’engendre la pandémie.

La psychologie du deuil s’inscrit dans le champ de spécialisation de la professeure et psychologue humaniste Anne Brault-Labbé, qui dirige le Laboratoire de recherche en psychologie existentielle du Département de psychologie, à la Faculté des lettres et sciences humaines.

La pandémie n’affecte pas tous les gens de la même manière. Toutefois, pour une grande partie de la population, cette situation inédite, marquée par la perte d’activités et de repères signifiants, commande énormément de mécanismes d’adaptation. Pour la psychologue, il ne fait nul doute que le contexte actuel peut rendre l’expérience du deuil encore plus difficile :

Déjà, pour de nombreuses personnes, la situation pandémique crée le sentiment de perdre beaucoup. Une personne endeuillée, dont les mécanismes adaptatifs sont déjà sursollicités, doit en plus composer avec la perte et l’absence d’un être qui était signifiant pour elle.

Des défis émotionnels qui complexifient le deuil

Les périodes de confinement que nous vivons depuis la dernière année, caractérisées par l’isolement et la réduction des contacts sociaux, représentent un défi hors normes pour celles et ceux confrontés en outre au départ d’un proche.

Le fait d’abord ne pas pouvoir se trouver au chevet d’une personne très malade, en raison des consignes exceptionnelles d’isolement, peut contribuer à accroître un sentiment d’impuissance et des émotions difficiles, comme la colère et la culpabilité, que l’on gagne à éviter de nourrir, bien que cela puisse sembler difficile, et qu’un soutien puisse être nécessaire pour y parvenir. La professeure Brault-Labbé explique :

Ne pas être directement témoin de ce qui s’est vraiment passé amène souvent à l’imaginer, et les images suscitées ont le potentiel d’amplifier la détresse vécue si elles prennent trop d’ampleur et de place.

La professeure et psychologue humaniste Anne Brault-Labbé mène des recherches sur la psychologie du deuil.
La professeure et psychologue humaniste Anne Brault-Labbé mène des recherches sur la psychologie du deuil.
Photo : Michel Caron – UdeS

Elle précise qu’il est normal de penser de manière parfois intense à la personne décédée, mais qu’on gagne à porter davantage son attention sur les belles images et les souvenirs de moments agréables passés avec elle, pour trouver un certain apaisement ou réconfort.

Plus isolées qu’à l’habitude à cause de la pandémie, certaines personnes endeuillées se retrouvent privées d’une grande partie du soutien social dont elles auraient normalement pu bénéficier. Des règles sociosanitaires limitant le nombre de personnes pouvant se recueillir lors des rituels funéraires ont par exemple chamboulé passablement les manifestations de réconfort et d’empathie habituelles. À ce propos, la professeure Brault-Labbé insiste :

C’est important de trouver d’autres manières, d’être inventifs, pour aider la personne endeuillée à briser l’isolement, puisque c’est souvent un facteur de protection en contexte de deuil.

Par ailleurs, elle ajoute que le personnel soignant est également susceptible d’être fortement éprouvé par la crise actuelle, se trouvant sans relâche et à répétition aux difficiles premières loges de deuils quotidiens vécus par des malades qu’il accompagne et leurs proches. Sa détresse n’est pas à sous-estimer, alors qu’il doit continuellement s’adapter à une situation imprévisible et difficile qui, de surcroît, met du temps à s’essouffler.

Apprendre de la résilience des plus vulnérables

Dans ce contexte où nous devons sans cesse nous adapter et faire face à l’imprévisibilité, la professeure Brault-Labbé croit que nous pourrions gagner à apprendre des personnes décrites comme « vulnérables » depuis le début de la pandémie. Plusieurs se révèlent pourtant fortes d’expériences qui les ont forcées à composer avec des situations d’adversités existentielles semblables à celles auxquelles nous confronte la pandémie à grande échelle depuis un an.

La vie de personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques, par exemple, est souvent marquée par l’adaptation à des conditions médicales limitantes et parfois insécurisantes, par des deuils de certaines habitudes ou activités, et par une conscience et des réflexions accrues à propos de la finitude.

Pre Anne Brault-Labbé

Elle ajoute qu’au-delà de leur vulnérabilité, ces personnes ont parfois développé une sagesse et une résilience à ne pas sous-estimer, qui pourraient nous éclairer, dans un contexte qui soulève de nombreux enjeux existentiels au quotidien.

La ritualisation : une transition vers la reconstruction

S’adapter à une nouvelle réalité et redonner un sens à sa vie en l’absence d’une personne qui nous était chère fait partie de la reconstruction identitaire associée au processus deuil. Le rythme et la manière d’y parvenir diffèrent d’une personne à l’autre.

Afin d’honorer la mémoire des victimes de la COVID‑19, une journée de commémoration nationale se tiendra le 11 mars 2021, et il y aura mise en berne nationale du drapeau du Québec.
Afin d’honorer la mémoire des victimes de la COVID‑19, une journée de commémoration nationale se tiendra le 11 mars 2021, et il y aura mise en berne nationale du drapeau du Québec.
Photo : Michel Caron – UdeS

La ritualisation représente certes une étape charnière de transition dans le processus de deuil. Elle marque le passage vers une nouvelle vie, sans la personne décédée. L’hommage, le rituel ou toute autre activité signifiante consolide les souvenirs partagés avec cette personne, soulignant la valeur qu’elle avait aux yeux de ses proches, l’importance de son départ.

Le rituel ou tout type d’hommage signifiant pour la personne endeuillée peut avoir le potentiel d’apaiser la souffrance liée à la perte ou de contribuer à donner un sens à la situation vécue .

Pre Anne Brault-Labbé

En hommage aux victimes de la COVID-19, à leurs proches ainsi qu’aux corps de métier qui sont au front depuis le début de la pandémie, une journée de commémoration nationale a d’ailleurs été décrétée par le gouvernement du Québec. Le 11 mars 2021, il y aura mise en berne nationale du drapeau du Québec. Toute la population du Québec sera invitée dès 13 h à observer une minute de silence, afin de souligner la mémoire de ces personnes.

La source officielle de cet article : Université de Sherbrooke

Roberta Flores
Roberta Flores
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