Justice, situation politique et économique au Bénin: “Komi Koutché parle…”

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Votre bibliothèque virtuelle
Komi Koutché : « depuis 2016, on assiste à une scène de démantèlement de tout l’édifice démocratique »

A une année des élections présidentielles au Bénin, Finanacial afrik s’est entretenu avec Komi Koutché, l’ancien ministre des finances du pays sous Yayi Boni, un homme que beaucoup d’observateurs voient comme probable candidat à la présidentielle de 2021. Condamné le 20 avril dernier à 20 ans de réclusion criminelle et à 500 millions de Franc CFA d’amendes par la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET), dans ce qu’il appelle une “parodie de justice”, suite à un audit qu’il dit avoir appris par voie de presse, l’ancien ministre, actuellement en exil aux USA, était poursuivi en sa qualité d’ancien directeur général du Fonds de Microfinance National (FMN) pour de présumées malversations relevées dans sa gestion sur les périodes 2010-2013 et 2013-2016.

Dans cet entretien exclusif, c’est un homme qui se dit victime d’une injustice qui s’est livré à un tour d’horizon à la fois politique et économique, sans langue de bois, avec sa casquette d’opposant politique habité par une ambition nationale.


Propos recueillis par Rodrigue Fénélon Massala Kengue, grand reporter


Le Bénin vient de célébrer le 30 ème anniversaire de la conférence nationale souveraine, acte fondateur du pluralisme démocratique. Quel bilan en dressez-vous 30 ans après ?

 Je voudrais vous remercier pour cette occasion que vous m’offrez pour m’exprimer dans les colonnes de Financial Afrik.  Effectivement, nous avons eu 26 ans d’éclosion démocratique. Une démocratie label en Afrique et référence dans le monde. C’était cela l’identité remarquable de notre cher et beau pays. Mais hélas, quatre ans ont suffi pour démolir les acquis de 26 ans d’une démocratique obtenue au prix de durs combats par des acteurs dont certains sont encore témoins du présent. Pour le vrai Béninois, le 30ème anniversaire a été un moment de deuil et de recueillement.

Parlant de bilan, il faut le faire sous deux ères : l’ère de l’éclosion démocratique de 1990 à 2016 et l’ère du démantèlement méthodique de la démocratie béninoise depuis 2016 à ce jour. La plus grande preuve de solidité qu’une démocratie peut donner c’est de permettre qu’un citoyen qui a attenté à la vie d’un président et qui est allé en exil, puisse revenir compétir pour remporter la victoire lors d’une élection organisée par le même président. Bref, il y avait une vraie démocratie et les droits de l’homme relevaient d’un domaine sacré. Mais depuis 2016, on assiste à une scène de démantèlement de tout l’édifice démocratique. A titre d’exemple, depuis 2019, le Benin est devenu le seul pays ‘’démocratique’’ au monde à avoir une assemblée nationale dont les membres sont à 100% nommés par le Chef de l’Etat qui a exclu toute l’opposition et fait participer à une parodie d’élection, uniquement deux partis politiques personnels.

Comment analysez-vous la situation économique du Bénin ?

Elle n’est pas des plus reluisantes. Le Benin est devenu une économie d’endettement malgré la multiplicité des taxes instaurées depuis 2016. Les possibilités d’appréciation des performances réelles n’existent pas. Seul le gouvernement communique ce qu’il veut comme performances. Toute tentative de contradiction est réprimée par une systématique convocation par la fameuse cour dite CRIET. Mais le moins que je puisse vous dire est que les performances réelles ne sont pas celles qui sont communiquées. Il suffit de faire une analyse basée sur le bon sens. Par exemple, au départ du régime Boni Yayi, le taux de croissance était de l’ordre de 5,2% et le ratio d’endettement de l’ordre de 41,50%, ce qui peut être confirmé à la lecture du rapport de surveillance multilatérale de l’UEMOA se rapportant à cette période. L’encours de la dette qui correspond au pourcentage de 41,50% était de l’ordre de 2100 milliards de FCFA, un chiffre disponible au bulletin statistique de la caisse autonome d’amortissement.

Alors que déjà, en 2018, le taux d’endettement avoisinait les 60% déjà, le gouvernement a mis en place à partir de 2019 une opération dite de rebasage qui a consisté à revoir les bases d’élaboration des comptes nationaux en considérant 2016, année de prise de pouvoir par le Président Talon, comme année de référence. Une telle opération a eu pour effet de réduire au strict minimum, les performances macroéconomiques de 2016 et donc de générer de nouveaux indicateurs qui embellissent l’image desdites performances. Ainsi donc, le ratio d’endettement qui tournait autour des 60% en 2018, est redescendu aux environs des 40%, en tout cas ‘’largement en dessous des 50%’’ selon les mots du ministre d’Etat en charge du développement, dans une récente présentation.

Mais dans la réalité, selon une compilation faite à partir des chiffres du bulletin statistique de la caisse autonome d’amortissement, la dette du Benin s’est accrue en terme absolu d’environ 3000 milliards de FCFA, soit en terme relatif de 150% seulement en moins de 5 ans. mais pendant ce temps, les conditions de vie des populations n’ont fait que se dégrader avec une incapacité de l’Etat à faire face à de nombreuses obligations essentielles. Le Benin, c’est également depuis 2016, un pays où règne une pression fiscale maladive. Tout est fortement taxé, même les tests du COVID 19. Pour vous en convaincre, il vous suffit juste de comparer les taxes sur les billets d’avions à destination de Cotonou à celles d’autres pays et de faire le même exercice pour le coût de l’accès à internet.  

Le régime Talon a quand même entrepris des réformes économiques (saluées par les organisations internationales) qui repositionnent le pays comme un moteur de croissance économique dans la région ?

Cela va de soi. Aucun président ne dira qu’il n’a pas réussi au plan économique. Vous savez que les organisations internationales travaillent sur la base des chiffres et leurs principaux interlocuteurs sont les gouvernements. Il se trouve que le Benin d’aujourd’hui est un Benin homogène de l’exécutif au législatif en passant par les autres pouvoirs et la société civile. Ceux qui n’arborent pas la couleur du temps ont leur place soit en prison soit en exil. On ne peut pas être un moteur de croissance sans une croissance économique inclusive et résiliente. La croissance économique du Benin, malgré les discours qui l’enjolivent, n’est pas inclusive parce qu’elle ne profite pas aux populations. A titre d’exemple, le Benin est le seul pays de la sous-région ouest africaine à n’avoir pas été capable de mettre en place la moindre mesure d’accompagnement qui bénéficie directement aux populations et aux créateurs de richesse du secteur privé. Par ailleurs, les indicateurs sur la pauvreté se sont sérieusement dégradés depuis 2016 et pour vous en convaincre, il n’y a qu’à consulter les données de la Banque Mondiale. Ladite croissance n’est pas non plus résiliente parce que sa sensibilité annoncée par rapport au COVID 19 qui est le seul choc depuis qu’on nous a dit qu’on est la meilleure économie de la sous-région, est bien surprenante. De plus, une à une, les banques ferment leurs agences et mettent leur personnel au chômage. C’est pareil pour beaucoup d’autres secteurs. La diplomatie du Benin est passée d’une diplomatie d’excellence à une diplomatie de nuisance et de contreperformances et l’on se demande comment elle peut assurer une diplomatie économique de qualité afin d’être un moteur de croissance régionale. La fermeture depuis bientôt un an, des frontières du Nigeria, le plus grand marché ‘’gratuit’’ pour le Benin, en est une preuve. Ces symptômes ne sont pas ceux d’une économie qui a la vocation d’être un moteur de croissance.

Vous semblez peindre tout en noir, n’est-ce pas parce que vous avez été récemment condamné à 20 ans par la justice de votre pays ?

  La justice de mon pays dites-vous ? je viens de vous dire que le Benin n’a plus de justice. Il y a une milice judiciaire privée au service de la société Benin Talon SA qu’est devenu le cher et beau Benin jadis apprécié de tous. Je n’ai pas été condamné par la justice de mon pays. Bien au contraire, avant d’être démantelée, la justice républicaine de mon pays m’a écouté dans le dossier en question et m’a purement et simplement relaxé, le juge ayant signifié qu’il n’y avait aucun élément dans ce dossier, étant donné que tous les comptes concernés ont été certifiés et connus de la chambre des comptes.  Je vous en dirai plus tout à l’heure si vous m’en donnez l’occasion.  Vous avez-vous-même souri en évoquant la condamnation a 20 ans. Eh oui, c’est le tarif normal en cours d’implémentation à l’encontre des opposants dans notre sous-région et c’est regrettable.  Pour ce qui me concerne, il ne s’agit pas en réalité d’une condamnation, le Benin n’ayant plus de justice. Il s’agit juste des agissements d’acteurs qui ont une aversion pour la compétition démocratique. Même si Hitler devrait revenir répondre de ses actes, je me demande si aucun tribunal de ce monde lui donnerait 20 ans de prison. Mais une chose est sûre, moi je considère ses agissements d’un autre âge comme des risques du métier politique qui ne sauraient me détourner de ma marche sereine vers l’atteinte de mes objectifs. Je ne baisse donc ni le regard ni la vue car ma cible est devant.

Pensez-vous réellement que votre condamnation relève d’un acharnement politique ou d’une poursuite fondée ?

La particularité dans ce dossier est qu’il a été connu déjà par des juridictions internationales comme la justice espagnole et le département légal de Interpol. La conclusion a été la même : il s’agit d’une poursuite non fondée sous fond de persécution politique. Aux Etats Unis où je vis, j’ai le statut O-1 qui confère un type de visa particulier appelé ‘’Einstein Visa’’. Cela se donne à l’issue d’un long processus et vous savez ce que c’est que les USA en matière d’investigation. Là encore, en décembre 2019, puisqu’il fallait que je m’explique, après tous les incidents dont j’ai fais l’objet, afin de voir si je pouvais continuer à mériter mon statut, la conclusion a été la même. Je vous verse tous les éléments pour la gouverne du journaliste d’investigation que vous êtes. Ni en Espagne, après une longue procédure judiciaire de six mois, ni lors des investigations de Interpol, mes accusateurs n’ont été capables d’apporter la moindre preuve de leurs allégations.

Il s’agit juste d’une ‘’fabrication’’ comme l’a d’ailleurs souligné une organisation internationale d’investigation dont je tais le nom, qui a été chargée de produire un rapport pour motiver la décision des autorités d’un pays sérieux dont je tais aussi le nom. Il fallait juste une justice aux ordres pour prendre la décision que vous avez évoquée. La belle preuve en est que la condamnation a été prononcée pour, disent-ils, détournement, sans que jusqu’aujourd’hui, une précision ne soit faite sur ce qui est détourné, mais on a pu appliquer le tarif pour opposant de 20 ans.  Cela ne vous étonne-t- il pas que pour moi qui ai été Ministre des Finances d’un pays, ce soit sur une gestion antérieure d’une structure dont par ailleurs, tous les comptes ont reçu toutes les certifications, qu’on aille exhumer un dossier a la suite d’un soi-disant audit que le principal visé que je suis n’a appris que par voie de presse ?

Vous semblez assez affirmatif mais pourtant nos investigations dans le milieu judiciaire montrent qu’il a été décelé dans vos comptes des traces de versement par le directeur de la comptabilité du Fonds National de la Microfinance (FNM) et que vos biens dépassent de loin vos revenus. Qu’en dites-vous ?

Ah bon ? C’est vous qui m’en informez. Ce que je sais, c’est que j’ai été acquitté des chefs d’accusation d’enrichissement illicite, de corruption, et de blanchiment de capitaux. Au cours de l’audience, puisque mes avocats étaient là, le tribunal a également reconnu la qualité de la gestion et certifié que les quitus reçus étaient justifiés. Mais cela n’a pas empêché de sortir une décision de condamnation pour détournement, après tout ce que je viens de vous dire. Mais détournement de quoi et comment quelqu’un peut détourner sans s’enrichir illicitement ou bien comment quelqu’un dont on reconnaît la qualité de bonne gestion peut détourner ? Seul Dieu peut le dire. Même là, il faut que Dieu même aille a une nouvelle école de droit.

Ce sont des idioties croyez-moi. Même s’il devrait m’arriver de frauder, ce qui n’a jamais été dans mon imagination, pensez-vous que mon quotient intellectuel serait si dérisoire pour utiliser un tel moyen ? La vérité c’est qu’ils sont partis sur de nombreux préjugés et ont fait foi a beaucoup de fausses matières premières qui leur sont servies par des calomniateurs. Ils pensaient que c’était suffisant pour trouver des éléments irréfutables pour atteindre l’objectif de soumettre ou d’écraser la voix insoumise que je suis. S’étant rendu compte à la fin que la montagne a accouché d’une souris, et conscient du caractère ridicule de la décision, ils ont inventé cette affaire de directeur de la comptabilité pour convaincre le Président. Pire, c’est qu’ils le disent aussi à des gens alors que consciemment ils savent que c’est faux. Il s’agit de mon propre cousin a qui j’ai donné depuis 2004 ma confiance pour suivre mes comptes et effectuer des opérations de versement et de retrait. Les traces et les preuves sont là et analysées lorsque nous étions devant les instances judiciaires indépendantes et sérieuses que j’ai évoquées plus haut.

Ce cousin est devenu directeur de la comptabilité de la structure en question, en septembre 2013 à un moment où j’étais déjà au gouvernement. Ledit poste est purement technique et ne donne aucun accès aux finances la structure qui au regard de la loi sont de la responsabilité d’un agent comptable, fonctionnaire du trésor public assermenté. Je vous surprendrai en vous disant que je suis convaincu que Patrice Talon n’a pas eu accès a tous les éléments de ce soi-disant dossier. Je sais qu’il me cherche par ce qu’à défaut de me livrer au franc symbolique à lui comme il adore, je suis pour lui une réelle menace. Mais il a l’art des crimes parfaits et quand un crime ne l’est pas, il l’abandonne et cherche ailleurs. Il a d’ailleurs abandonné deux dossiers comme ça contre moi, dont celui d’une demande de poursuite a l’Assemblée Nationale qui s’est soldée par un rejet a 78 contre et 03 pour, lorsqu’il s’est rendu compte que ce que les gars lui brandissaient était du vent. Il ferait pareil ici aussi et chercherait ailleurs car il n’abdique jamais et moi aussi je n’ai pas pour vocation à renier mes convictions pour me livrer à la valeur vénale.

N’est-ce pas parce que ces opérations étaient en espèces et qu’il y a des doutes sur l’ampleur de vos biens ?

Je suis vraiment désolé que vous pensez comme les acrobates experts juristes qui ont accepté de vendre leurs âmes au diable pour tourner le dos à leur serment. L’espèce est et demeure la forme de monnaie la plus utilisée en Afrique par la masse la plus critique de la population. Dans l’espace UEMOA, c’est légal. A titre d’exemple, le Président Patrice Talon est le seul et le premier Président au monde à s’être vendu lui-même un immeuble de l’Etat à plus de 900 millions de FCFA (soit en 1370 000 euros) et à avoir payé avec de l’espèce transportée dans des sacs.  Même Kadafi et Saddam Hussein de leur vivant ne l’avaient pas fait. Pour me démentir, il n’y a qu’à publier le chèque et le relevé de compte bancaire qui a servi à l’opération de vente de l’immeuble du ministère des affaires étrangères par Patrice Talon à Patrice Talon pour agrandir le domicile privé de Patrice Talon.

Et puis, pourquoi vous ne vous posez pas la question de savoir la raison pour laquelle ils n’ont pas publié mes avoirs auxquels vous faites allusion ? Tenez-vous tranquille, nous prenons les dispositions et tous les éléments du dossier seront publiés bientôt dans les formes qui conviennent. Mais avant, je puis vous dire que tous ces avoirs, c’est-à-dire les biens immobiliers et opérations retracées selon le mode de calcul qui leur est propre et qui somme par moment crédit et débit de 2007 à 2016, cela fait environ 700 mille euros. En quoi trouvez-vous cela en disproportion par rapport à tout ce que j’ai été. Un ami d’ailleurs en blaguant m’a dit : ‘’moi ça ne fait pas la valeur de mon parc automobile’’. Dans la publication des éléments du dossier, vous aurez les détails de leur propre rapport.  En Espagne, les mêmes éléments ont été appréciés. Moi j’ai pu justifier mes avoirs. Mais la partie adverse n’a pas été capable de fournir la moindre preuve pour justifier le moindre lien avec les ressources de la structure utilisée comme prétexte.

Vous vous apprêtez, selon nos informations, à publier un livre. Est-ce un essai, une bibliographie ou alors un regard partagé de votre vision du monde du Benin et de l’Afrique de demain ?

Laissez-moi vous le faire découvrir au moment opportun. Ce sera pour bientôt.

Êtes-vous situé sur la période de parution ?

C’est le coronavirus, le plus célèbre acteur du moment qui dicte tout.

Que pensez-vous du récent retrait du Benin et de la Côte d’ivoire du protocole de la CADHP ?

Simplement que c’est regrettable. Les citoyens ne se tournent vers une justice extra nationale que lorsqu’ils ne sont plus protégés à l’intérieur, par leur propre justice. Pour le cas du Benin, je viens de vous le démontrer tout au long de cet entretien, il n’il y a plus de justice républicaine. Il y plutôt une milice judiciaire privée qui se penche sur des dossiers dont les sentences sont connues avant même les audiences. Il s’en suit que nous sommes dans un système dans lequel le désir du prince est d’avoir droit de vie et de mort sur les citoyens. Ce retrait traduit un grave recul car on ne saurait traiter des engagements internationaux comme un jeu de football d’enfants qui prend fin lorsque l’arbitre siffle contre le propriétaire du ballon, qui, non content, prend son ballon et rentre chez lui. Le Président Talon a pu être là où il est grâce à l’impartialité dans l’application des instruments internationaux. C’est au nom de cette impartialité que la France avait refusé son extradition. C’est également au nom des mêmes instruments qu’il a gagné plus de 129 milliards de FCFA soit environ 200 millions d’euros dans le cadre d’un litige avec l’Etat béninois.

Le Monde fait face à l’épidémie du Coronavirus qui plus est provoque une secousse sismique économique. En tant qu’économiste africain, dites-nous brièvement comment l’Afrique doit-elle faire face à ce choc économique et financier lié au coronavirus avec la question de l’interdépendance économique ?

Les conséquences économiques du COVID 19 s’annoncent plus dramatiques que celle de la crise financière de 2008. Déjà des signes se font sentir. Beaucoup de pays du monde ont déjà vu leurs croissances économiques emportés.  Aux USA, le taux de chômages a atteint déjà à la date du 08 Mai 2020, plus de 14%, son plus haut niveau depuis la ‘’Great Depression’’ de la décennie 1929-1939. Le baril du pétrole a viré en négatif en avril 2020.

En ce qui concerne les pays africains, vraisemblablement, le nombre relativement faible de cas est lié à la non-systématisation des tests comme ailleurs. Le virus est partout même là ou l’on peut l’imaginer le moins. L’expérience des USA ou je vis m’inspire beaucoup. Il y a donc lieu de mettre en place un plan de réponse rapide et structuré. Beaucoup de pays africains n’ont pas tardé à répondre promptement par des mesures qui ciblent simultanément les conséquences sanitaires, sociales et économiques. Ceci est déjà à encourager. Mais au-delà, il faut intégrer le fait que l’après COVID 19 ne sera plus jamais comme son avant. A mon humble avis, les mesures à prendre par les gouvernants doivent consister nécessairement à construire un équilibre circonstanciel sur lequel viendra se greffer une stratégie structurée plus durable. Il s’agira de renforcer les amortisseurs sociaux pour atténuer l’impact de la crise sur la dégradation des conditions de vie des populations. A titre d’exemple, maintenant que nombre de pays amorcent la saison des pluies, il s’agira d’une part, de booster la production agricole, et d’autre part, d’encourager la consommation locale. Une telle mesure permettrait aux populations de satisfaire à moindre coût, certains de leurs besoins essentiels. Elle permet également dans une certaine mesure, d’atténuer la dégradation de la balance des paiements par la réduction des importations des produits alimentaires et la réductions des importations, pour l’essentiel aux produits et matériels médicaux, et de maintenir la masse monétaire existante, sur place pour faire fonctionner l’économie. Au plan macroéconomique, il conviendrait de revoir les priorités afin de privilégier les actions publiques à impact rapide dans le court terme en attendant la mise en place d’une stratégie structurante qui impacte le moyen et le long terme.

A mon humble avis, les gouvernants devraient privilégier les solutions qui réduisent la pression sur la trésorerie publique afin de disposer du peu de recettes que génèrent les régies habituelles et les aides éventuelles pour faire face à l’essentiel. C’est à ce niveau qu’une préférence pour les moratoires et allégements de dettes me parait plus optimale. En effet, les droits de tirages spéciaux (DTS) évoqués également comme solution présentent des spécificités tant du point de vue des conditions d’accès que des parts auxquelles peuvent prétendre les pays membres, qui n’en font pas nécessairement une solution efficace, notamment en ce qui concerne les pays africains. Par ailleurs, la rareté des ressources concessionnelles était déjà une réalité que la crise du COVID 19 ne peut changer.

Pour clore cet entretien, dites-nous, Komi Koutché, comment comptez-vous revenir dans le jeu politique au Benin ?

Vous a-t-on dit que je suis hors du jeu politique au Benin ? Mais si j’étais hors du jeu politique, quel intérêt aurait Patrice Talon à être aussi laborieux sur moi au point de faire de moi le paramètre fixe autour duquel tournent tous les paramètres variables de sa stratégie de conservation du pouvoir ?

Seriez-vous candidat à la prochaine élection présidentielle ?

J’aviserai bientôt. Mais vous savez bien que c’est cette éventualité qui est presque une certitude qui est la raison de toutes les raisons qui motivent tout ce que je vous ai fait découvrir dans cet entretien. Le moins que je puise vous dire est que chacun choisit sa façon d’exister dans l’histoire. Il y en a qui agissent dans le présent pour se conjuguer au passé. Mais moi, j’a choisi de marquer le présent pour prendre rendez vous avec le futur immédiat et lointain.

Source officielle de cet article : Financialafrik.com

Marino Stozza
Marino Stozza
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password