La Commission européenne consulte sur sa politique climatique

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La Commission européenne consulte sur sa politique climatique

CITOYENS. L’épidémie de Covid-19 ne saurait retarder des décisions climatiques tout aussi cruciales. Comme elle l’avait planifié, la Commission européenne a donc mis en ligne le 30 mars sa consultation des citoyens européens malgré l’urgence sanitaire. Jusqu’au 23 juin, on peut y répondre à un questionnaire et/ou donner librement son avis sur l’objectif final d’une économie à « zéro émission nette de carbone » en 2050. Si cet objectif paraît peu sujet à controverse du fait de son éloignement dans le temps, les échéances plus rapprochées sont nettement plus disputées.

Les négociations entre les 27 Etats membres pour définir un objectif global de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l’Accord de Paris menées avant les élections européennes de juin 2019 ont pour l’instant accouché d’un objectif de réduction à 2030 de 40%, soit largement moins que ce que préconise le GIEC. L’organisme scientifique estime en effet que pour maintenir la hausse des températures mondiales « bien en dessous de 2°C et si possible à 1,5°C « , l’effort global doit être de 45% et de plus de 50% pour les pays les plus émetteurs, soit le camp occidental et les pays émergents à fort développement comme la Chine. Pour les ONG réunies au sein du Climate action network (CAN), il faudrait plutôt descendre à -65% pour les pays riches afin de ne pas dépasser 1,5°C.

L’Union européenne ambitionne de prendre la tête de la lutte contre le changement climatique

PACTE. Les élections européennes ont accouché d’une poussée remarquée des partis écologistes. Aussi, la nouvelle Commission présidée par la conservatrice allemande Ursula von der Layen a-t-elle décidé que son mandat de 5 ans serait prioritairement orienté vers un « pacte vert » destiné à placer l’Union en tête de la lutte contre le changement climatique. Elle propose donc aux 27 Etats membres de renforcer l’objectif à 2030 de -40 à -55%. C’est cette nouvelle proposition que peuvent commenter, approuver ou critiquer les citoyens européens.

L’épidémie de coronavirus a eu pour effet collatéral que la consultation se déroule dans un climat diplomatique plus serein. L’objectif de -40% avait été vivement critiqué par les pays de l’Est et plus précisément par la Pologne et le Tchéquie, deux pays trouvant l’effort à accomplir trop important pour leur secteur énergétique encore très dépendant du charbon. La Pologne avait même refusé de s’associer à la décision européenne. C’est un tout autre ton qui a prévalu lors du sommet des chefs d’Etats du 26 mars dernier qui s’est déroulé en vidéo conférence. Dans le communiqué final, les chefs d’Etats demandent à la Commission de préparer l’après crise du Covid-19. « Nous devrions commencer à préparer les mesures pour revenir à un fonctionnement normal de nos sociétés et de nos économies et à une croissance soutenable intégrant entre autres la transition verte et la transformation numérique et tirer toutes les leçons de cette crise » s’accordent les 27 unis, la Pologne et la Tchéquie étant rentrés dans le rang.

Les perdants et les gagnants de la transition énergétique

Pour éclairer le citoyen, la Commission a joint à l’appel une première estimation des coûts et bénéfices que la société pourrait supporter dans la décennie qui vient. Elle reconnaît que l’Union européenne ne pèse que 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais le continent se doit de montrer l’exemple notamment en faisant la preuve que la transition énergétique peut être bénéfique en termes d’emplois et d’activité. Le document n’est pas officiel et reste volontairement vague. Il affirme cependant que les énormes investissements nécessaires pour sortir des énergies fossiles seront en partie compensés par la baisse des importations de gaz et de pétrole, 52% de l’énergie consommée en Europe provenant de pays tiers. Des secteurs comme les énergies renouvelables et la construction vont se développer, d’autres devront changer profondément comme la construction automobile, les industries gourmandes en énergie (sidérurgie, cimenterie, verreries), les transports et l’agriculture. Sans surprise, les activités en déclin seront le raffinage et les secteurs associés au pétrole et les mines de charbon.

La volonté d’accélérer la procédure de révision des ambitions climatiques tenait jusqu’à ce 2 avril au fait que l’Union européenne avait jusqu’à septembre pour publier ses objectifs à 2030 pour les annoncer officiellement lors de la COP26. Cette négociation climat qui devait se dérouler à Glasgow en novembre 2020 constituait en effet le point de départ officiel de l’accomplissement de l’Accord de Paris. Chacun des 195 Etats signataires de cet engagement volontaire devait y confirmer ses engagements à 2030 et expliciter les moyens pour les remplir. Du fait de l’épidémie de coronavirus, ce rendez-vous essentiel a été reporté à une date ultérieure. Un laps de temps que la Commission devra mettre à profit pour imaginer une sortie de crise sanitaire qui emprunte la voie du « pacte vert » plutôt qu’un retour aux affaires comme si rien ne s’était passé.

Source : Sciences et avenir

Marino Stozza
Marino Stozza
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