la contrôleure générale des prisons s’indigne d’une forme d’incohérence dans les mesures pour limiter la surpopulation carcérale

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la contrôleure générale des prisons s'indigne d'une forme d’incohérence dans les mesures pour limiter la surpopulation carcérale

Adeline Hazan a indiqué à France Inter qu’elle a demandé à la ministre de la Justice « des dispositions pour que sortent les détenus à six mois de leur fin de peine ».

« D’un côté on fait sortir des détenus à deux mois de leur fin de peine et de l’autre côté on prolonge la détention d’environ 22 000 personnes sans comparution devant le juge. On n’a jamais vu ça », s’est indignée la contrôleure générale des prisons Adeline Hazan, samedi 11 avril sur France Inter, alors que la surpopulation carcérale aggrave les risques de propagation du coronavirus, notamment en maison d’arrêt.

France Inter: à quoi ressemblent en ce moment les conditions de vie des détenus ?

Adeline Hazan : Les détenus se retrouvent à trois ou quatre dans des cellules de 9m² avec parfois un matelas par terre. Ils n’ont pas de douches tous les jours en maison d’arrêt, trois fois par semaine seulement. Les détenus ne bénéficient d’aucun masque, ni d’aucun gant, ni d’aucune possibilité de gel, donc ils sont les plus exposés. Et ce qu’il faut rappeler absolument c’est que la prison ça doit être la privation de la liberté de circulation et rien d’autre. Et là en ce moment c’est aussi la privation de l’accès à la santé. Car ils sont les plus exposés et s’il y a 60 cas de Covid-19 déclarés, ce qui est finalement relativement peu par rapport à ce qui se passe dans le reste de la société, mais on peut craindre que ce seuil augmente et à partir de là il y aura une propagation exponentielle.

Pour désengorger les établissements pénitentiaires la garde des Sceaux a fait sortir de prison 8 000 détenus en fin de peine dit-elle, est-ce que c’est la bonne méthode pour limiter la propagation du virus en milieu carcéral ?

D’abord, elle n’en n’a pas fait sortir 8 000. En fait, il y a 8 000 détenus en moins entre maintenant et le mois de mars. Mais, il y a environ 4 000 détenus en moins qui sont la conséquence du fait que les tribunaux fonctionnent en rythme dégradé si je puis dire, et 4 000 qui sont sortis en fin de peine, en l’occurrence deux mois avant la fin de peine. C’est une bonne méthode de faire sortir des détenus en fin de peine, c’est ce que je demande depuis le début, simplement c’est insuffisant. Dans les maisons d’arrêt où le problème est le plus important puisque ce sont des détenus provisoires et des personnes condamnées à des courtes peines, il y avait au premier mars environ 13 000 détenus en surnombre. Et actuellement 8 000 à peu près sont sortis. Donc, il faut aller plus loin c’est la raison pour laquelle, depuis le début, je demande à la garde des Sceaux de prendre des dispositions pour que sortent les détenus à six mois de leur fin de peine. Il faut un examen, bien sûr, particulier par les juges d’application des peines et en excluant un certain nombre d’infractions comme les infractions liées au terrorisme ou aux violences intrafamiliales.

Est-ce que les détenus condamnés pour terrorisme ou pour crime ou pour des faits de violence intrafamiliale sont déjà exclus des libérations anticipées ?

Absolument, ils sont tout à fait exclus des libérations anticipées. Ce qu’il faut voir dans ce qui est pris comme mesures par la garde des Sceaux, c’est aussi une forme d’incohérence. Elle fait effectivement sortir environ 8 000 détenus en fin de peine mais dans le même temps il a été décidé par voie d’ordonnance que tous les mandats de dépôt en cours, c’est-à-dire pour les détenus provisoires, qui sont présumés innocents, sont prolongés, selon les infractions, de deux mois, trois mois ou six mois. Donc c’est cela que je dénonce depuis le début, c’est cette forme de contradiction et d’incohérence puisque d’un côté on fait sortir des détenus à deux mois de leur fin de peine et de l’autre côté on prolonge la détention d’environ 22 000 personnes sans comparution devant le juge, on n’a jamais vu ça. Toute privation de liberté doit être prononcée par un juge. Tout le monde le dénonce : les avocats, les associations, tous les magistrats, y compris les juges d’instruction.

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Maria Rodriguez
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