La France déclassée ?

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La Biélorussie, une menace démocratique et sanitaire pour l’Europe

Faut-il autant parler quand on a si peu à dire? L’exercice pédagogique avait bien réussi à Edouard Philippe il y a une dizaine de jours. On imagine qu’un communiquant un peu fatigué lui a paresseusement conseillé de réitérer l’opération. Il aurait mieux fait de rester confiné en lui-même.

Dimanche, le Premier ministre a parlé deux heures sans annoncer quoi que soit de très précis sur le déconfinement à venir. Les écoles? On verra. Les règles de sortie? C’est selon. Les tests? On fera au mieux. Les anciens confinés? Cela dépend,etc. On comprend que rien n’est simple et que tout se complique. Le gouvernement ne peut pas tout savoir et tout prévoir, d’autant qu’Emmanuel Macron a indiqué qu’il fallait une quinzaine de jours pour produire un plan détaillé. Mais alors pourquoi s’exprimer si longuement avant l’heure? Le flou de Matignon vient brouiller le message de l’Elysée, pourtant salué pour sa précision.
Cette faute de communication n’arrange pas les affaires de l’exécutif. Face aux défis du retour à l’activité, il donne, à tort ou à raison, le sentiment d’être dans le brouillard. Face à une opinion sceptique, dans une société handicapée par le manque de masques, de tests et de lits de réanimation, il court désormais un risque majeur et le pays avec lui: celui d’être cruellement rangé dans la catégorie des nations qui auront mal géré la crise.
L’Europe, on le voit de plus en plus nettement, se sépare en deux groupes. Au nord et à l’est, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche ou en Scandinavie, les bilans humains sont moins désastreux et les gouvernements annoncent qu’ils sont en mesure de sortir à brève échéance d’un confinement lui-même plus souple qu’ailleurs. A l’ouest et au sud, en Belgique, en France, en Grande-Bretagne, en Espagne ou en Italie, la paralysie de la société et de l’économie est plus sévère, tandis que le bilan humain est plus lourd. La chance y a peut-être sa part: en raison de multiples facteurs, les épidémies ne se propagent pas partout avec la même vitesse et la même intensité. Mais on redoute de constater, une fois les enquêtes parlementaires conduites à leur terme, que la pénurie d’équipements et les tensions imposées au système hospitalier n’étaient pas inévitables: d’autres pays étaient manifestement mieux préparés.
Dans la récession qui vient, l’écart entre bons et mauvais élèves risque de s’élargir: les uns se relèveront plus vite que les autres, creusant encore le fossé qui sépare les nations du continent. La France déclassée? Le gouvernement s’emploie à conjurer ce spectre. Il lui reste peu de temps pour y parvenir.

Laurent Joffrin directeur de «Libération»

Source du post: liberation.fr

Marino Stozza
Marino Stozza
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