La génération Z est-elle vraiment différente des autres?

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Si les universités sont fréquentées par des personnes de tous âges et issues de plusieurs générations, elles accueillent de plus en plus de jeunes nés au tournant du 21e siècle et faisant partie de ce que d’aucuns nomment la «génération Z».

Afin de mieux cerner ce qui la caractérise et de réfléchir sur la façon de mieux répondre à ses besoins, le Vice-rectorat aux affaires étudiantes et aux études et le Centre étudiant de soutien à la réussite de l’Université de Montréal ont invité, le 7 novembre, trois conférenciers à une rencontre intitulée «La génération Z: défis et perspectives».

Des jeunes ambitieux… et anxieux

Sur la foi d’un sondage comportant 50 questions auxquelles 3000 Canadiens âgés de 13 à 37 ans ont répondu, la firme de marketing Léger 360 dit observer certaines différences entre les millénariaux (âgés de 23 à 37 ans) et les jeunes de la génération Z (âgés de 13 à 22 ans). Menée en 2019, l’enquête incluait 1500 répondants québécois, dont 500 issus de la génération Z.

«Pas moins de 73 % des jeunes de la génération Z nous ont dit avoir vécu des périodes d’anxiété ou de dépression, et c’est là la première différence intergénérationnelle avec les millénariaux», a indiqué Philippe Léger, chargé de projet chez Léger 360.

Serait-ce en raison de leur propension à être ambitieux? Selon M. Léger, 37 % des répondants ont une forte inclination pour l’entrepreneuriat, tandis que 50 % des 18 à 34 ans expriment le souhait de devenir un jour gestionnaires ou encore leur propre patron.

Philippe Léger a également souligné que les répondants se disent «essoufflés». Parallèlement, pas moins de 68 % d’entre eux ont affirmé avoir envié les autres à la vue de leurs publications dans les médias sociaux… «De plus, 93 % observent le nombre de clics lorsqu’ils publient une photo sur les réseaux sociaux: c’est une génération like-moi», a-t-il renchéri.

Parmi les autres découvertes de Léger 360 concernant les jeunes de la génération Z, on note qu’ils se disent «engagés, notamment en matière d’environnement, mais aussi en ce qui a trait à l’accès au logement et au coût de la vie», a poursuivi celui qui est également chroniqueur au Journal de Montréal.

Pour ce qui est de leur rapport à la politique, «leurs habitudes ne sont pas encore faites et, issus de l’époque postréférendaire, ils considèrent que le Québec est une province comme les autres».

Lui-même associé à la génération des millénariaux, Philippe Léger a convenu qu’il faut se garder de généraliser lorsqu’il est question des jeunes. «Il est difficile de décrire une génération qui est en construction, a-t-il déclaré. Certains critiquent LES jeunes, tandis qu’il existe DES jeunes qui ne pensent pas tous de la même manière.»

Des jeunes «pas préparés à la vie sans licorne»

Judikaela Auffrédou a reconnu que le milieu des communications et du marketing est coupable de tirer parfois des conclusions générales relativement aux jeunes.

Ce qui n’a pas empêché la directrice de la stratégie à l’agence de publicité Cossette de dégager quelques grands traits qui seraient propres à la génération Z, et ce, sous le prisme de la personnalité (réelle ou fictive?) d’une jeune collègue de travail prénommée Michèle.

Ce qui caractérise d’abord Michèle, c’est son sens critique très développé, «car c’est ce qu’on lui a appris dès son enfance, tant à la maison qu’à l’école», a commencé Mme Auffrédou.

«Elle est ensuite très organisée, a ironisé la stratège. Avant de se joindre à l’équipe de Cossette, elle avait non pas un, mais quatre plans de vie déjà bien établis: une vie universitaire, une autre de voyages, une vie d’artiste et aussi celle de mère au foyer!»

Au sein de la firme de publicité, Michèle s’est avérée performante… au début. «Elle avait constamment besoin de rétroaction et de renforcement positif, comme on lui en avait donné depuis un très jeune âge, a ajouté Judikaela Auffrédou. Or, bien faire son travail est quelque chose de normal sur le marché de l’emploi, et ses attentes de valorisation en ce sens ne semblent pas satisfaites.»

Mme Auffrédou a relevé quelques paradoxes relatifs à son employée de la génération Z. «Elle a une vision idyllique de l’entrepreneur, qui peut gérer son horaire de façon équilibrée, ce qui ne correspond pas à la réalité.» De plus, Michèle conçoit difficilement que «les difficultés de la vie sont normales, que tout n’est pas parfait tout le temps: elle aurait souhaité avoir des guides pour être mieux préparée à la vie sans licorne», a caricaturé la stratège.

Selon elle, les employeurs doivent s’adapter à cette génération «dont le point d’ancrage est zéro compromis: il n’y a pas de manuel d’instruction pour gérer des gens à qui l’on a dit qu’ils pouvaient tout avoir», a fait remarquer Mme Auffrédou.

«L’étudiant moyen n’existe plus»

Prenant le parti de parler des étudiantes et étudiants «associés ou pas à la génération Z», le professeur Jacques Hamel, du Département de sociologie de l’UdeM, a précisé d’entrée de jeu que le concept de génération évoqué par les précédents conférenciers correspond davantage à des préceptes qu’à une définition scientifique.

«D’un point de vue démographique, une nouvelle génération se crée environ tous les 20 ans, tandis qu’en sociologie une génération n’est pas tant liée à une tranche d’âge qu’à un groupe d’âge marqué par un contexte social et historique dans une société», a indiqué M. Hamel.

Mais que dire des «jeunes» d’aujourd’hui?

«La jeunesse s’allonge», a-t-il lancé en paraphrasant la thèse du sociologue français de la jeunesse Olivier Galland. De fait, on devenait auparavant adulte en terminant ses études pour s’intégrer au marché du travail, puis en quittant la maison familiale pour former un couple stable.

«Ce modèle a disparu: une personne de 18 ans peut avoir franchi ces étapes, tout comme une personne de 35 ans peut encore être aux études ou demeurer chez ses parents», a illustré le professeur.

Cela dit, Jacques Hamel a mentionné que les jeunes ont en commun d’avoir baigné dans les médias et réseaux sociaux, d’être ouverts sur le monde, de revendiquer leurs droits individuels et d’avoir été témoins de la montée des questions identitaires et des nationalismes suivant les attentats des tours du World Trade Center survenus le 11 septembre 2001.

Aussi, le sociologue estime que «l’étudiant moyen n’existe plus: ceux qui fréquentent l’université actuellement ont de 18 à 35 ans et leur trajectoire est indépendante des établissements universitaires».

Concrètement, cela signifie qu’ils:

  • concilient leurs études avec le travail;
  • ont tendance à concevoir leur programme d’études comme un menu à la carte;
  • prennent plus de temps à terminer leurs études, notamment aux cycles supérieurs;
  • se servent d’Internet et d’autres modes d’acquisition de connaissances qui concurrencent les professeurs.

Ces derniers ont aussi de nombreux défis à relever «face à un public étudiant éclaté et dont le domaine d’études est généralement axé sur les impératifs du marché du travail».

Sur ce point, Jacques Hamel a tenu à souligner avec force que les connaissances à acquérir doivent aller au-delà des besoins des entreprises. Aussi a-t-il conclu avec philosophie en citant Albert Einstein: «Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément.»

Source : UDEM

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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