La justice prend sa retraite

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Si j’ai bien compris, les avocats plaident contre la réforme des retraites. Et leur plaidoirie est un fameux réquisitoire contre les avocats de la réforme. Pour la majorité des citoyens, cependant, leur grève est moins prégnante que celle des transports. Le barreau, combien de divisions ? On ne se lève pas deux ou trois heures plus tôt pour pallier les inconvénients liés à cette lutte. A priori, il devrait aussi y avoir des avantages : en l’absence de défenseurs, les malfaiteurs devraient y regarder à deux fois avant de mal faire. Ah, s’il pouvait y avoir un peu de solidarité du côté des magistrats et de la police, pour le coup ça aurait de l’effet, ce serait carnaval tous les jours. Et s’il y avait la grève des élus et du gouvernement, non cette fois-ci contre la réforme des retraites mais contre le ras-le-bol de l’opinion et le pessimisme des ménages, en un mot le défilé des gilets bleu-blanc-rouge contre l’ingratitude générale. Les avocats ont contre eux l’habituelle lenteur de la justice : quand on attend un train deux heures de plus, c’est terrible ; mais qu’est-ce qu’un ou deux mois supplémentaires pour les usagers otages de la justice, surtout si ce n’est rien de bon qu’on attend de ce jugement ?

Et l’abstention, serait-on en droit de la considérer comme une grève électorale ? Au premier abord, ça n’a pas l’aspect combatif requis par un engagement pour lequel on sacrifie une part de ses rentrées financières. Les gilets blancs s’imaginent-ils vivre en Suisse dans une neutralité immaculée ? Tout le monde est d’accord qu’il ne faut pas confondre vote blanc et abstention, mais se pose dorénavant la question du vote nul. Voici plusieurs élections où ce dernier paraît avoir triomphé. Et, en même temps, il faut se méfier aussi du vote trop efficace, quand les militaires sortent de leurs casernes, que les manifestants retournent au boulot et les étrangers chez eux. Pour le coup, c’est grève assurée pour les avocats rendus aussi impuissants qu’inutiles par un pouvoir fier de sa prétendue force et dont les roues ne sont pas prêtes à se laisser emmerder par le moindre bâton. Ce serait les urgences juridiques : on se rendrait tout à coup compte que la question ne concerne pas que le personnel médical ou judiciaire, mais nous aussi, simples usagers, et qu’il faut mettre plus de moyens pour que la justice ne soit pas aveugle mais ouvre enfin les yeux – déjà qu’elle a l’air myope à nous regarder de loin, ce qui est toujours mieux que de trop près. On ne peut qu’admirer l’ambition du gouvernement qui, face à un régime de retraites qui faisait grosso modo l’affaire, n’a pas hésité à estimer qu’il avait mieux à proposer, estimation un peu présomptueuse, semble-t-il, tant elle se révèle peu partagée.

Maintenant que la judiciarisation de la société fait encore plus de certains avocats des stars, la question qu’ils se posent devant la caméra en sortant de l’audience est : «L’ai-je bien défendu ?» Mais ces étoiles cachent la forêt. Il y a aussi toutes les petites robes qui vivotent chichement de divorces en commis d’office ou de flagrant délit de joint en vols à la tire. La grève des avocats devrait susciter la solidarité universelle (paradoxalement, c’est comme la police, on peut toujours en avoir besoin). Mais, si j’ai bien compris, la confiance en la justice est telle que certains voient juste l’avocat comme celui qui place vos jetons sur le tapis de la roulette, alors ce n’est jamais gagné d’avance, mais pas perdu non plus.


Mathieu Lindon

Source du post: Liberation.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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