La pandémie révèle notre négligence en matière de santé publique

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«Les pandémies ont toujours existé et existeront toujours», lance l’historienne de la médecine Laurence Monnais, directrice du Centre d’études asiatiques (CETASE) de l’Université de Montréal. Il est trop tôt pour dire si celle que nous traversons aujourd’hui sera l’une des plus marquantes de l’humanité, mais elle fait ressortir le «manque de préparation» de nos sociétés contemporaines à l’égard d’un phénomène qui est presque aussi vieux que le monde.

L’auteure de Médecine(s) et santé: une petite histoire globale, 19e et 20e siècles, paru aux Presses de l’Université de Montréal (PUM) en 2016, rappelle que la COVID-19 est encore bien loin de causer la dévastation des grandes épidémies qui se sont déclarées au cours des deux derniers siècles. «Le choléra au 19e siècle a provoqué des centaines de milliers de morts, alors que la grippe H1N1 de 1918-1919 ‒ la mal-nommée grippe espagnole ‒ a tué des dizaines de millions de personnes», dit-elle au cours d’un entretien avec le journal Forum.

L’histoire de la santé humaine est jalonnée de fléaux qui ont frappé les communautés. La peste noire, au 14e siècle, a fait des millions de victimes. La grippe russe de 1890 a été suivie d’épidémies similaires en 1918, 1957, 1968 et 1977. La variole a ravagé une partie de la population du globe jusqu’à ce qu’on parvienne à l’éradiquer en 1980 grâce à la vaccination. Puis il y a eu le virus de l’immunodéficience humaine, la fièvre d’Ebola… «Il ne faut pas s’étonner de voir un nouveau virus au potentiel puissamment destructeur apparaître. Pour les historiens, la question n’était pas de savoir “si” [une nouvelle pandémie allait survenir] mais “quand”.»

Les pays «prêts» résistent-ils mieux?

Pour la professeure du Département d’histoire de l’UdeM, la disparité des effets de la pandémie d’un pays à l’autre démontre que les États luttent contre une crise sanitaire au moyen de mesures et d’outils préventifs variables. «Le syndrome respiratoire aigu sévère, qui a entraîné la mort de nombreuses personnes en Asie il y a quelques années, a préparé les autorités sanitaires à mieux affronter l’infection. On le voit avec les résultats des mesures préventives au Japon, en Corée du Sud et à Taiwan par exemple. Et même quand la Chine a décidé de s’attaquer au problème, elle a réussi à juguler la progression de la maladie.»

Dans un texte paru le 17 mars dans le quotidien français en ligne AOC, Mme Monnais fustige les gouvernements occidentaux qui semblent se réveiller en plein cauchemar. Sans avoir forcément cru à leur immunité face à la menace, ils ont compté sur des mesures qui étaient de facto inadaptées. «À l’heure d’une mondialisation accélérée, d’un péril pandémique imminent mais inconnu, l’état de préparation (prepardness), fiction dramatique, anticipation catastrophiste, oblige à manœuvrer par à-coups quand une menace se matérialise. […] Se préparer à n’être pas préparé n’en est pas moins extrêmement onéreux en ressources humaines comme financières, une cherté qui s’accommode mal de systèmes hospitalo-centrés gravement carencés. Faute de moyens pour la santé publique, les dispensateurs de gel hydroalcoolique qui ont réapparu dans les écoles sont déjà vides ‒ le savon, lui, est depuis longtemps une denrée rare.»

En entrevue, elle déplore que le sous-financement chronique de la santé publique, qui remonte déjà à plusieurs décennies ici et ailleurs et qui a touché les programmes de vaccination comme l’éducation à la (bonne) prévention, a participé à la situation que nous vivons actuellement. «Je crois que nous payons le prix de notre négligence», affirme-t-elle.

Le mythe du refus

Le dernier livre de Laurence Monnais porte sur les refus de la vaccination, entre réalité et mythe. Dans Vaccinations: le mythe du refus (PUM, 2019), elle analyse les circonstances qui ont entouré la dernière épidémie de rougeole qui a balayé le Québec il y a 30 ans de cela, en 1989, avec plus de 10 000 cas officiellement déclarés. Elle montre justement les répercussions d’une santé publique mal financée, rappelant que, si le mouvement antivaccination est une réalité, «il est historiquement éclaté et marginal». Moins de deux pour cent des gens refusent systématiquement d’être vaccinés et le refusent pour leurs enfants, un taux «relativement stable dans l’espace et le temps du monde industrialisé».

Laurence Monnais, Vaccinations: le mythe du refus, Les Presses de l’Université de Montréal, 2019, 288 pages.

Source : UDM

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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