La pandémie révèle une politique efficace

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La conférence de presse quotidienne du premier ministre du Québec, François Legault, accompagné du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, et de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, illustre une situation d’urgence à laquelle l’État tente d’apporter des solutions. Pour le politologue Éric Montpetit, de l’Université de Montréal, cette image correspond à un système qui fonctionne… plutôt bien. «Il est trop tôt pour dire si le Québec traversera la crise de la COVID-19 mieux que les autres États aux prises avec la pandémie, mais il me semble que tout est mis en place pour y faire face de façon efficace», explique-t-il en entrevue.

Éric Montpetit, qui enseigne la science politique depuis plus de 20 ans et qui est actuellement vice-doyen à la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM, mène des recherches sur l’élaboration des politiques publiques. Il constate que, si les politiciens ont mauvaise presse tant dans les médias traditionnels que dans les réseaux sociaux, les politiques élaborées dans les systèmes démocratiques s’appuient très souvent sur des expertises et connaissances solides. Oui, ce processus connaît des ratés, mais il évolue avec des résultats globalement satisfaisants. La population mange des aliments sécuritaires, vit dans des environnements de moins en moins violents et voit son espérance de vie augmenter sans cesse depuis la Seconde Guerre mondiale…

Comme le chercheur le démontre dans une conférence TEDx qui vient d’être rendue publique, la politique habituellement mise en scène montre des empoignades entre chefs de partis et porte-paroles de camps opposés qui alimentent le cynisme des citoyens. «Nous sommes habitués à une politique spectacle qui donne une image déformée de la réalité. En fait, la politique fonctionne mieux qu’on le croit», affirme-t-il, exemples à l’appui.

Science et politique unies

L’une des personnalités les plus populaires du printemps 2020 est sans contredit le Dr Arruda. Or, cet homme n’est pas issu du milieu politique, mais de la communauté scientifique. «Il apporte son expertise en matière d’épidémiologie et de santé publique avec professionnalisme et clarté. Voir ainsi un non-élu aux côtés du chef de l’État est très intéressant. La conférence de presse quotidienne du premier ministre nous fait comprendre que la science occupe une place significative dans l’élaboration des politiques publiques.»

Les scientifiques trônent au sommet des professions auxquelles le public accorde le plus sa confiance (89 % selon un sondage récent), alors que les politiciens sont à la traîne (24 %). Pourtant, rares sont les décisions politiques prises sans qu’on ait considéré les études les plus rigoureuses en économie, en médecine ou en éducation. «Qui a envie de regarder un échange entre des représentants du gouvernement et des experts des politiques sociales dans une commission parlementaire? C’est pourtant dans ce cadre que se mettent en place des lois et règlements adoptés par le gouvernement», illustre le politologue.

Hors du champ des caméras, les élus prennent des notes, consultent des experts, écoutent les représentants de la société civile…

Médias déformants

Pourquoi, alors, un tel cynisme envers la classe politique? Selon Éric Montpetit, les médias nourrissent cette image belliqueuse de la politique politicienne. «Nous personnalisons beaucoup les enjeux politiques. Pour conserver leur public, les médias préfèrent des histoires qui suscitent des émotions plus qu’elles informent, d’où la place grandissante qu’occupent les chroniqueurs. La propagation du coronavirus est en soi une histoire qui captive, donc nul besoin de la politique spectacle pour attirer l’attention. Ce qui est intéressant ici, cependant, c’est que les gens sont friands d’information; les médias nous montrent donc la politique qui fonctionne, ce qu’ils font rarement en temps normal.»

La personnalité du chef d’État américain, Donald Trump, contribue à cette surenchère de l’égo. «Je crois qu’il a profité du cynisme ambiant pour se porter et se maintenir au pouvoir. Mais il se pourrait que la crise actuelle marque ses limites.»

François Legault et ses troupes ‒ de même que les élus du gouvernement fédéral ‒ semblent surfer sur une vague positive. Mais Éric Montpetit les met en garde de ne pas se réjouir trop vite. «Quand la crise sanitaire sera passée, ils feront face à des défis gigantesques. Il va falloir faire redémarrer l’économie, en plus d’assurer la gouvernance habituelle et, là, la politique politicienne est susceptible de revenir à l’avant-plan dans les médias. Ce sera un sacré défi pour François Legault de maintenir la confiance dont il jouit présentement dans la population!»

Source : UDM

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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