on vous résume la polémique autour du hangar de Rungis transformé en morgue en quatre actes

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Pour désengorger les chambres funéraires, un des bâtiments du Marché d’intérêt national de Rungis a été réquisitionné pour être aménagé en morgue. Les familles peuvent s’y rendre pour dire un dernier au revoir à leurs proches, mais moyennant une certaine somme d’argent. Jusqu’à de nouvelles annonces, vendredi.

Nouvelle polémique liée à la crise du coronavirus. Après les questions sur l’approvisionnement en masques chirurgicaux, ou celles sur la gestion de la situation dans les Ehpad, les critiques pleuvent à propos de la réquisition d’un hall du marché de Rungis (Val-de-Marne) par le préfet de police pour apporter des solutions alors que les cadavres sont nombreux en Ile-de-France. En cause : les pratiques tarifaires imposées aux familles des défunts. Franceinfo vous résume l’affaire en quatre actes.

Acte 1 : un bâtiment de Rungis transformé en morgue

Depuis le début du mois d’avril, un bâtiment du Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis est réquisitionné par la préfecture pour être aménagé en morgue, a appris franceinfo auprès de la société gestionnaire du MIN, confirmant une information du Parisien. Le but ? Faire « face à la tension qui persiste sur la chaîne funéraire », explique le préfet de police de Paris, Didier Lallement, dans Le Figaro (pour abonnés), alors que toutes les capacités des chambres mortuaires dans les collectivités, les hôpitaux et les services funéraires sont poussées au maximum. Un hangar est donc aménagé pour « conserver dans les conditions les plus dignes et acceptables du point de vue sanitaire les cercueils des défunts dans l’attente de leur inhumation ou crémation », détaille le préfet.

Les pompes funèbres ont dû aménager le site, qui accueille les dépouilles des malades du coronavirus depuis le vendredi 3 avril. Les familles ont pu y accéder à partir du lundi suivant, a indiqué la préfecture du Val-de-Marne. Selon son communiqué, le bâtiment est « situé dans un hall excentré et isolé des autres pavillons du marché ».

Le site avait déjà servi de morgue lors de la canicule de 2003, a confirmé la société gestionnaire, l’opérateur funéraire OGF (Omnium de Gestion et de Financement). Sa capacité d’accueil oscille entre 800 et 1 000 cercueils, avance Le Parisien.

Acte 2 : les sommes demandées aux proches des défunts mettent le feu aux poudres

Sandrine Thiefine, présidente des Pompes funèbres de France et concurrente d’OGF, allume la première mèche, mercredi 8 avril sur BFMTV. « Le passage du cercueil à Rungis est payant pour les familles. Et ça, ce n’est pas acceptable », lâche-t-elle. Interrogée sur franceinfo, elle détaille les tarifs. Le hangar choisi est « un lieu de passage, où les cercueils arrivent fermés », explique-t-elle

« Ce sont 159 euros qui sont facturés, pour un forfait de six jours. Mais à cause de la situation sanitaire et des plannings surchargés des cimetières et des crématoriums, il est difficile de tenir ce délai légal d’inhumation. Du coup, la journée supplémentaire est facturée 35 euros. Dans le même temps, un espace de recueillement est à la disposition des familles, au prix de 55 euros, avant que le cercueil n’aille au cimetière ou au crématorium », précise la présidente des Pompes funèbres de France. Ce recueillement, facturé 55 euros, ne peut dépasser une heure, selon un document de OGF que s’est procuré l’AFP.

Ce que je demande, ce que la marque Pompes funèbres de France demande, c’est que l’Etat prenne en charge les frais de passage du cercueil à Rungis pour qu’ils ne soient pas imposés aux familles. Sandrine Thiefine, présidente des Pompes funèbres de Franceà franceinfo

Le lendemain, le Marché de Rungis réagit sur Twitter et assure que « les familles endeuillées y accèdent gratuitement ». « Notre rôle s’arrête ici. Nos pensées vont aux familles », ajoute le Marché, pour couper court à la polémique naissante.

Sur RTL, Bruno s’indigne d’avoir dû payer 55 euros pour dire au revoir une dernière fois à sa mère. « C’est un choc monstrueux et la façon dont c’est fait, il n’y a aucune humanité ». L’opposition ne tarde pas à s’emparer de l’affaire. « Le nouveau monde d’aujourd’hui c’est donc ça : on meurt tout seul sans une main amie et la famille paie le frigo pour récupérer ses morts ? Ça suffit ! On peut confiner nos corps mais pas notre humanité ! », tonne sur Twitter le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Eric Ciotti, député Les Républicains, lui emboîte le pas et dénonce également sur Twitter « l’indignité absolue et sans limites, faire payer la conservation d’un corps en plus d’une mort dans une solitude complète et d’obsèques a minima. Jusqu’où ira l’inhumanité ? Cette crise révèle parfois et malheureusement le pire ».

Enfin, dans une question écrite à Christophe Castaner, le député RN Bruno Bilde demande « comment le préfet de police de Paris peut justifier ces règles indécentes » et ce que « compte faire le gouvernement pour mettre fin à ce marché de la honte ».

Acte 3 : Christophe Castaner demande un « contrôle »

Jeudi 9 avril. C’est justement au tour de Christophe Castaner d’entrer en scène. Nous sommes en début d’après-midi et le ministre de l’Intérieur fait face aux parlementaires de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’épidémie de Covid-19. Le sujet de la morgue de Rungis arrive sur la table. C’est le député PS Boris Vallaud qui pose la question au ministre de l’Intérieur depuis chez lui, grâce à la visioconférence. « Les conditions faites aux familles me choquent et notamment ce qui leur est demandé d’un point de vue financier : 250 euros pour une semaine entière et puis, 55 euros pour pouvoir passer une heure de recueillement, déclare-t-il. Pouvez-vous nous dire ce qu’il en est et nous confirmer, si ces informations étaient avérées, qu’il reviendrait à l’autorité de réquisition d’en assumer le coût ? » 

Réponse du locataire de la place Beauvau : un contrôle va être effectué. « La morgue de Rungis est gérée par un opérateur privé qui applique des tarifs que j’ai découverts hier au moment de la médiatisation et sur lesquels j’ai demandé qu’un contrôle soit fait précisément », détaille Christophe Castaner.

« Il me semble anormal que les contraintes liées à la situation de confinement et à des mortalités massives soient imputées financièrement aux familles », ajoute le ministre.

Pourtant, selon une source citée par l’AFP, « les tarifs sont ceux qui se pratiquent dans les funérariums ». « Si les corps n’étaient pas déposés à Rungis, ils seraient transférés dans un funérarium », explique Camille Strozecki, des Pompes funèbres 1887, qui a déposé deux cercueils à Rungis. « Pour un décès classique, une semaine en funérarium à Paris coûte environ 750 euros. Les tarifs appliqués à Rungis ne sont donc pas si élevés », selon lui.

« En ce moment, le délai est plutôt de 10 jours que six pour l’organisation des funérailles », confirme-t-il, et actuellement un « changement dans la législation allonge le délai pour organiser les funérailles à 21 jours au lieu des six jours ouvrés habituels ».

Acte 4 : l’opérateur funéraire OGF rétropédale et prend à sa charge les frais

Les résultats du contrôle du ministère de l’Intérieur ne sont pas encore tombés lorsqu’on apprend, vendredi 10 avril en milieu d’après-midi, que l’opérateur funéraire OGF change totalement de position. Mais avant d’annoncer la nouvelle, l’opérateur insiste, comme en toute bonne communication de crise, sur l’engagement de ses équipes. Puis OGF dénonce « une polémique tout à fait injustifiée et déplacée » concernant « la contribution financière demandée aux familles » avant de rappeler, une nouvelle fois, l’engagement des 6 000 collaborateurs du groupe.

Ce n’est qu’à la fin du communiqué que l’on apprend que l’opérateur va désormais prendre à sa charge les frais imputés encore la veille aux familles. « Le groupe OGF ne veut pas ajouter à la douleur des familles et annonce qu’il prendra à sa charge les frais relatifs à ce funérarium temporaire, à compter de ce jour et jusqu’à sa fermeture », peut-on lire sur le communiqué, avant de conclure : « En conséquence, aucune entreprise de Pompes funèbres ne peut facturer des frais pour l’utilisation de ce dépositoire et les services qui y sont rendus ».

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Maria Rodriguez
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