La pollution fauche plus de vies que les virus

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La pollution atmosphérique tue 15 000 personnes par an au pays, dont le quart au Québec, selon le plus récent rapport de Santé Canada. Environ 70 % de ces décès sont causés par des dysfonctionnements du système cardiovasculaire. Ce rapport démontre en outre que la pollution atmosphérique coûte 114 milliards de dollars en soins de santé et prestations d’invalidité. L’Organisation mondiale de la santé en a fait le «tueur numéro un» au monde avec une évaluation de sept millions de morts annuellement. Par comparaison, la COVID-19 vient de franchir le cap des 100 000 décès.

En diminuant d’un coup l’usage des combustibles fossiles, la pollution atmosphérique est réduite également; l’air qu’on respire est de meilleure qualité, précise François Reeves, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et auteur de Planète cœur: santé cardiaque et environnement. La suspension des activités humaines pourrait ainsi sauver plus de vies que le coronavirus en aura fauchées. «C’est une hypothèse très vraisemblable même s’il faudra du temps avant de la vérifier», dit le chercheur et clinicien qui a développé depuis 20 ans une expertise en cardiologie environnementale. Ses publications l’ont mené à présenter plus de 300 conférences sur le sujet partout dans le monde.

Les principaux responsables de cette hécatombe annuelle sont les particules très fines, le dioxyde d’azote et l’ozone, qui se trouvent dans l’air qu’on respire. Ces éléments sont produits par la combustion des sources d’énergie fossile comme le diésel et l’essence. En plus de causer des problèmes respiratoires, ces polluants sont de plus en plus reconnus comme responsables des problèmes cardiovasculaires, qui diminuent fortement l’espérance de vie. «Quand une personne arrive aux urgences parce qu’elle a subi un arrêt cardiaque ou un accident vasculaire cérébral, le lien avec ce qu’elle a respiré dans sa vie n’est pas évident. C’est pourtant une réalité reconnue par les spécialistes: vous pouvez choisir de ne pas fumer, mais vous ne choisissez pas toujours l’air qui entre dans vos poumons!» explique le cardiologue.

Pollution et contamination

Il voit dans la crise du coronavirus une «expérimentation inattendue à l’échelle planétaire, notamment sur les émissions de polluants». Plus il y a d’activité polluante, plus il y a de morts liés à la qualité de l’air. À l’inverse, on note une diminution de la morbidité là où la pollution est en baisse, conséquence du confinement. En outre, une aggravation s’observe là où la pollution est plus élevée lorsqu’un pathogène s’attaque à la santé humaine. «Depuis qu’on étudie les effets du coronavirus, on remarque que ce sont les endroits les plus pollués qui comptent le plus de décès», résume le Dr Reeves. Il illustre son propos par des images satellites du nord de l’Italie, habituellement fort pollué, qui montrent une réduction notable du taux de dioxyde d’azote après le confinement.

La ville de New York, l’une des plus polluées d’Amérique du Nord, subit durement l’effet létal du coronavirus. Or, des chercheurs en santé publique de l’Université Harvard ont calculé qu’à chaque hausse de un microgramme par mètre cube de particules fines dans l’air est associée une augmentation de 15 % de la mortalité liée à la COVID-19 aux États-Unis. Deux possibilités sont évoquées pour expliquer ce phénomène: ou bien les habitants de ces zones ont des poumons affaiblis par la mauvaise qualité de l’air qu’ils respirent à longueur d’année, ou bien un haut taux de pollution favorise la contamination. «Peut-être est-ce une combinaison des deux», poursuit le Dr Reeves.

La Chine, qui a compté plusieurs milliers de victimes dès les premières semaines de l’épidémie, ne fait pas exception. À l’occasion d’une présentation à Beijing en 2013, le médecin a constaté que l’air qu’il respirait dans la rue contenait de 400 à 500 parties par million de particules fines; à Montréal, une alerte au smog est lancée quand ce taux dépasse 50!

Que doivent craindre les Montréalais? Le médecin se limite à dire que les personnes exposées aux contaminants dans l’air ‒ par exemple celles qui vivent à proximité de grands axes routiers ‒ pourraient être plus à risque d’être touchées par la COVID-19.

Espoir

François Reeves avoue être fasciné par l’efficacité du coronavirus. «C’est le prédateur parfait. Même s’il n’est pas aussi mortel que d’autres pathogènes, il a trouvé une méthode de propagation formidablement efficace. Avec une contagiosité planétaire fulgurante, très peu de communautés humaines semblent pouvoir lui échapper.»

Cet amateur d’arbres trouve un point de comparaison avec le frêne, qui lutte contre un envahisseur puissant. «L’humanité est un peu comme les frênes de nos latitudes: ce n’est qu’une question de temps avant que l’agrile les trouve. Avec cette différence que l’arbre ne peut pas pratiquer la distanciation sociale», indique le chercheur en riant.

Celui-ci note que, en forçant la baisse des principales émissions de polluants atmosphériques, la pandémie a permis à de nombreuses personnes non seulement de mieux respirer mais de redécouvrir le ciel. «En Inde, les gens ont redécouvert le sommet de l’Himalaya, qui avait disparu dans le smog. Ailleurs, ce sont les étoiles qui étaient soudainement visibles», relate-t-il.

Le confinement auquel sont contraintes des milliards de personnes peut être un incitatif à modifier nos habitudes de vie. «D’un coup, on a probablement atteint les cibles les plus audacieuses de réduction des gaz à effet de serre (GES) fixées par les conférences internationales sur le climat», mentionne le médecin.

La crise de la COVID-19 pourrait déboucher sur une amélioration significative de notre qualité de vie et une diminution des GES si nous nous tournons vers les énergies vertes. «Il faut saisir cette occasion pour modifier nos habitudes et mettre fin à la surutilisation des énergies fossiles.»

Source : UDeM

Marino Stozza
Marino Stozza
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