la ville de Pau a-t-elle caché l’origine chinoise de certains masques distribués à ses habitants?

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la ville de Pau a-t-elle caché l'origine chinoise de certains masques distribués à ses habitants?

« Le Canard enchaîné » affirme que des employés municipaux ont reçu comme consigne d’enlever étiquettes et notices des masques, écrites en mandarin. La municipalité assure le contraire et invoque un souci de compréhension de la notice.

Les soupçons couraient déjà sur les réseaux, images à l’appui. Sur les photos, prises au parc des expositions de Pau (Pyrénées-Atlantiques), plusieurs dizaines de personnes préparent des masques « grand public« ,avant de les distribuer aux habitants, pour contribuer à lutter contre la propagation du coronavirus. Plusieurs images montrent des notices en mandarin, ainsi que des étiquettes sur lesquelles on peut lire « Fabriqué en PRC », pour République populaire de Chine.Dans unevidéopartagée sur Facebook, on voit que lanotice chinoise est retirée du sachet du masque, avant d’être remplacée par une notice de la ville de Pau, accompagnée d’un mot du maire, le président du MoDem,François Bayrou.

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Le Canard enchaîné raconte ainsi les faits :« Les 8 et 9 [mai],une centaine d’employés municipaux étaient au turbin au parc des expositions de Pau. Mission: ouvrir des paquets de masques en provenance de Chine, enlever l’étiquette écrite en mandarin et la remplacer par un mot signé par Bayrou: ‘Tricoté en Béarn!' »

Contactée par franceinfo, la mairie de Pau confirme le lieu et la date de l’opération, avant une distribution durant le week-end. Une centaine de personnes y ont contribué: des employés municipauxet des bénévoles engagés dans des associations locales. Au total, 200000protectionsont ainsi été préparées: 82000 pour la ville de Pau, et 118000 pour le reste de l’agglomération, précise la mairie.

Une partie des masques provenaient de la société Tisserands des Flandres, basée près de Lille, dans le Nord. Cette entreprise sous-traite en Chine. Ce qui explique la présence d’étiquettes « Fabriqué en PRC » et des notices écrites en mandarin. Ces traces de l’origine chinoise de certains masques ont-elles été volontairement retirées? Interrogés par La République des Pyrénées, deux Palois ayant participé à cette initiative assurent, comme le ditLe Canard enchaîné, qu’ils ont eu « la consigne d’enlever les étiquettes et tous les papiers en chinois ».

« Un employé municipal nous a dit qu’on leur avait donné comme consigne de ne pas faire apparaître l’origine de ces masques »,rapporte aussi à franceinfo une commerçante paloise, qui a préféré rester anonyme. L’employé en question n’a pasrépondu à nos sollicitations. L’un de ses voisins,commerçant aussi, raconte l’avoir entendu tenir les mêmes propos.« Il m’a dit qu’ils étaient obligés d’enlever les étiquettes(« fabriqué en PRC ») et de mettre un mot du maire »,assure-t-il.

La notice de la ville de Pau (Pyrénées-Atlantiques) accompagnant le masque reçu par Didier Gaget lors d’une distribution, le 9 mai 2020. (DIDIER GAGET)

Didier Gaget, porte-parole du Collectif des habitants et commerçants de Pau – sur une liste d’opposition aux élections municipales– s’est ainsiétonné de recevoir des masques sans étiquette lors de la distribution, samedi. Dans son sachet en plastique,« il y avait une notice de la ville de Pau, mais aucune information sur l’origine de ces masques », affirme-t-il.

D’autres habitants ont reçu des masques portant une étiquette sur laquelle on pouvait clairement lire « fabriqué en PRC ».Plusieurs participants à leurpréparation, contactés par franceinfo, réfutent l’idée de « consigne »visant à dissimuler leur origine. « Pour les masques d’origine chinoise, on nous a demandé de retirer la notice qui était en mandarin et de mettre à la place une notice en français », décrit un employé municipal.« C’était une notice d’explication, qui ne mentionnait pas le lieu de fabrication, assure-t-il.Il y avait sur des masques une étiquette adhésive ou en tissu: nous les avons laissées. » Un représentant du personnel dans les services de la ville, qui a reçu les témoignages d’employés municipaux ayant pris part à l’ensachage des masques, assure aussi qu’« à aucun moment il n’a été demandé de couper des étiquettes ».

Des propos que confirme Michèle Etcheverry, responsable associative et conseillère municipale. « Il n’y a pas eu volonté de tromper », insiste-t-elle. « On nous a demandé d’ouvrir les sachets, d’enlever la note en chinois et de la remplacer par des recommandations du maire. »Malik Hamadache,rugbyman dela Section paloise, a aussi aidé, le 8 mai. « A aucun moment il n’y a eu des étiquettes retirées », avance-t-il.

La mairie de Pau confirme à franceinfo qu’il y avait bien deux types d’étiquettes sur les masques de l’entreprise Tisserands de Flandres produits en Chine : des étiquettes en tissu et des étiquettes adhésives. « Ces étiquettes n’ont été ni décollées, ni décousues, ni découpées. On ne les a pas cachées puisque des gens lesont vues », insiste la mairie. Celle-ci explique avoir voulu remplacer des notices en chinois par des notices en français par simple souci de compréhension.

Quant à la mention « Tricoté en Béarn », elle apparaissait sur les notices « des masques faits par les entreprises locales », et non sur ceux fabriqués en Chine, poursuit la mairie. Celle-ci reconnaît que des erreursont pu être commises: des masques d’origine chinoise ont pu être distribués avec des notices de la ville, sur lesquelles il était inscrit « Tricoté en Béarn ». L’employé municipal ayant contribué à la préparation le confirme:« Il fallait tellement enchaîner qu’à un moment, nous avons commencé à mettre les notices ‘Tricoté en Béarn’ avec des masques venant de Chine,relève-t-il.Cela a été corrigé, nous l’avons vu tout de suite. Ça n’a pas été fait pour tromper les gens. »

Au-delà de la question des étiquettes de ces masques, les habitants de Pau s’interrogent surleurs origines. François Bayrouavait annoncé, le 19 avril, que la ville avait commandé 500000 masques, « que nous allons faire fabriquer par des entreprises locales ».

Deux participants à la préparation des 8 et 9 maiévoquent « une part importante » de masques chinois. Sur ce point, la mairie de Pau explique avoir fait appel à trois sociétés: deux entreprises locales et la société Tisserands de Flandres.

Sur 730000masques commandés au total, 120400viennent deTisserands de Flandres, selon la municipalité. Pour le reste, 111800 ont été commandés auprès de la maison MTM à Jurançon (Pyrénées-Atlantiques), et une majorité– 408 250auprès de MLT à Morlaas (Pyrénées-Atlantiques). Près des trois quarts des masques commandés sont bien produits par des sociétés locales. Elles aussi sous-traitent à l’étranger: MTM en Bulgarie et MLT en Tunisie. La mention « Tricoté en Béarn » a pu donc paraître trompeuse à certains habitants.

Une minorité de masques a également été commandée auprès de deux entreprises étrangères: EDL(Espagne), et Gulbena (Portugal). Les 70000 masquesreçus de cette société étaient « sans étiquette », reconnaît la mairie.

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Source : France Info

Maria Rodriguez
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