L’après Coronavirus : Un combat titanesque se profile entre "Souverainistes" et "Européistes"

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Centenaire de l'armistice : trois Femen forcent la sécurité au passage du cortège de Trump

Une chronique signée Paul N. Goldschmidt – Directeur, Commission Européenne et Membre du « Comité des sages » de Stand Up for Europe.

Si la priorité absolue doit demeurer l’éradication du virus et la fin de l’urgence sanitaire, il sied néanmoins d’envisager, dès aujourd’hui, non seulement les modalités complexes du dé-confinement mais surtout la réponse à la crise économique d’une ampleur sans précédent qui se profile. 

Que ce soit au niveau de l’économie planétaire mondialisée ou à celui du Marché Unique européen, il est évident que la réponse – contrairement au traitement sanitaire de la pandémie – doit nécessairement s’envisager par une coopération internationale approfondie entre Membres du G20 au sein de laquelle
l’Union Européenne doit parler d’une seule voix .

Nous commençons – enfin ! – à entendre de la Présidente de la Commission et de certains responsables des Etats Membres des appels à une réponse coordonnée – de préférence centralisée – à apporter aux dégâts de la crise économique et financière qui se déploie et dont l’ampleur est encore largement sous-estimée. Ainsi l’idée de mobiliser le budget de l’UE (perspectives 2021-27) est évoquée ainsi que de tirer parti de sa capacité autonome d’endettement – encore largement intacte – pour mutualiser le financement de la relance. (Voir les suggestions dans mes récents articles). Ce recours fait appel à des procédures existantes et ne nécessitent que l’aval du Conseil et du Parlement, sur une proposition de la Commission, pour être activées.

Les obstacles politiques sont néanmoins nombreux : le traitement « national » justifié de l’urgence sanitaire (la santé n’est pas une compétence communautaire étant la diversité des régimes nationaux), donne un argument de poids aux formations nationales-populistes qui insisteront sur le maintien des contrôles aux frontières tant intérieures qu’extérieures de l’UE. Ils atteindront ainsi par une voie détournée leurs objectifs du contrôle de l’immigration mais dresseront de ce fait des barrières à la libre circulation des personnes, biens et services au sein de l’Union, affaiblissant celle-ci. Ces mêmes partis plaideront pour le rétablissement d’une souveraineté nationale « économique » en excipant des faiblesses, apparues à l’occasion de la pandémie, d’une dépendance excessive à l’égard de fournisseurs lointains ; les réponses désordonnées que chaque Membre s’est évertué à apporter à une situation pour laquelle ils n’étaient pas préparés, a conduit à un manque initial de solidarité qui a fortement écorné l’image de l’UE dans l’opinion publique.

Une fois l’urgence sanitaire maîtrisée, il est à craindre que de larges segments de la population, qui dans l’ensemble se sont pliés de bonne grâce – le temps du confinement – aux mesures restreignant leurs libertés, réagissent moins docilement aux conséquences d’une récession, voire d’une dépression profonde ; elle ne fera qu’exacerber les injustices sociales dont le mouvement des « gilets jaunes » a démontré l’existence bien avant l’éclatement de la pandémie et qui étaient l’aboutissement des excès cumulés d’un capitalisme financier outrancier. Ce sera un terreau fertile (déjà exploité en Hongrie) pour justifier la promotion de mesures – sinon de régimes – « autoritaires » à l’aune de la montée du fascisme entre les deux guerres ; ce mouvement a fait suite à la faillite économique de l’Allemagne après le Traité de Versailles et à la dépression mondiale des années 1930. Dans ce contexte, l’UE – comme vient de le rappeler Jacques Delors – court un danger mortel.

La coordination internationale sera, elle aussi, entravée car la sortie de la pandémie s’étalera dans le temps et l’espace. Elle prolongera la période nécessaire à un rétablissement du flux des échanges qui sont le support d’une partie importante (mondialisation oblige) de l’économie globale. C’est ainsi que la pandémie a été le révélateur d’une dépendance excessive (coupable ?) à l’égard de producteurs de certains biens « stratégiques » ; cela doit conduire à des réalignements progressifs des circuits commerciaux et de production qui intégreront une importante dimension écologique, comme le demande le Président Macron. Un bouleversement des normes sociales et des rapports du citoyen à la collectivité seront inévitables.

Mais comme c’est souvent le cas, les réponses apportées à la crise la plus récente ne préparent pas nécessairement à affronter les suivantes. Ainsi, si certaines capacités de production seront rapatriées vers le territoire national ou européen pour préserver un niveau accru de « souveraineté », il est une autre dépendance – que j’ai maintes fois signalée – dont on semble ne pas se soucier mais dont les implications sont aussi dangereuses que néfastes
: la dépendance absolue du marché financier international au dollar américain. Ce risque est d’autant plus réel que les Etats-Unis semblent s’engager dans une crise économique d’une ampleur sans précédent et qu’il n’y a pas lieu de considérer leur bienveillance comme un fait acquis, quel que soit l’occupant de la Maison Blanche.

A ce propos il faut tout d’abord saluer les récentes initiatives très bienvenues de la Banque Fédérale de Réserve qui a élargi le nombre de ses contreparties au sein de son réseau de « swap » avec d’autres banques centrales. Ensuite elle a donné accès aux banques centrales étrangères à son système de financement par « mise en pension » des bons du Trésor américain, leur offrant un moyen d’emprunter en $ sans peser sur le marché en les forçant de vendre ces titres. Ces mesures judicieuses ne mettent, cependant, pas le marché financier international à l’abri de chocs qui résulteraient d’un dérèglement du marché monétaire américain (déjà sous tension depuis septembre dernier) et qui conduirait – de manière tout à fait compréhensible – les autorités américaines à privilégier la stabilité de leur marché domestique au détriment des besoins des opérateurs financiers étrangers.

Rétablir à terme une souveraineté européenne en matière d’approvisionnements ne sera d’aucune utilité si simultanément nous ne rétablissons notre souveraineté monétaire. Celle-ci – de toute évidence – ne peut s’acquérir qu’au niveau de l’Eurozone. Cet argument à lui seul devrait être suffisant pour convaincre ceux qui tergiversent encore sur la nécessité absolue d’utiliser l’occasion de la crise du Coronavirus pour donner – après tant d’hésitations – des bases pérennes à l’Union Européenne.

Source de cet article : Lalibre.be

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password