L’article à lire pour comprendre le projet d’annexion d’une partie de la Cisjordanie par Israël

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L'article à lire pour comprendre le projet d'annexion d'une partie de la Cisjordanie par Israël

Ce projetprévoit l’annexion des colonies juives en Cisjordanie, de la vallée du Jourdain et la création d’un Etat palestinien sur un territoire réduit. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, doit préciser sa stratégie d’application à partir de ce mercredi.

Le compte à rebours est enclenché. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, doit se prononcer à partir de mercredi 1er juillet sur la mise en œuvre du« plan de paix »pour le Proche-Orient présentéfin janvierpar l’administration de Donald Trump. Ce plan très contestéprévoit, entre autres, l’annexion par Israël d’une partie de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l’Etat hébreu depuis 1967.

Les Palestiniensrejettent en blocce projet. Depuis plusieurs jours, des manifestations ont lieu dans les territoires occupés et en Israël pour faire pression surle gouvernement israélien. En interne, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou est lui-même divisé. Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a notamment estimé que toute annexion devrait attendre la fin de la pandémie de Covid-19.A ce jour,nul ne saitdonc si le plan pourra réellement être appliqué. Franceinfo fait le point.

1Que prévoit ce plan d’annexion ?

Selon le plan(en anglais)présenté par l’administration américaine, Israël pourrait annexer plusieurs pans de la Cisjordanie: la vallée du Jourdain (30% de la Cisjordanie), sous contrôle militaire israélien, et une centaine de colonies israéliennes situées en territoire palestinien. Ilenvisage la création d’un Etat palestinien démilitarisé sur un territoire réduit, sans Jérusalem-Est pour capitale, et souscertaines conditions. Plus de 2,8 millions de Palestiniens viventen Cisjordanie, ainsi que 450 000 Israéliens dans des colonies, illégalesselon le droit international.

A ce jour,rien ne permet toutefois de savoir sile gouvernement israélien appliquera ce plan à la lettre. « On sait vraiment peu de choses.Un comité de cartographie a été mis en place pour dessinercette annexion, mais pour l’instant on ne connaît rien de leurs travaux« ,explique Stéphanie Latte-Abdallah, chargée de recherche au CNRS.Depuis les élections législatives de mars et le gouvernement d’union formé parBenyamin Nétanyahou et Benny Gantz, différents scénarios ont été évoqués.

Une hypothèse maximaliste envisagel’annexion à la fois des colonies et de la vallée du Jourdain. Une option plusminimaliste évoque, pour commencer, l’annexion de colonies ou de blocs de colonies comme Maalé Adoumim, Goush Etzion et Ariel.

2Quel est le rôle des Etats-Unis dans ce projet ?

Les Etats-Unis se sont toujours présentés comme « médiateur impartial » (« honest broker ») dans le conflit israélo-palestinien, même si Washington est un allié d’Israël depuis des années,souligne Le Monde (article payant).Depuis les accords d’Oslo de 1993, les Américains ontjoué le rôle d’intermédiaires entre les deux parties, sauf cette fois-ci, où Washington a négocié seul avec Tel-Aviv.« Le plan a été présenté uniquement par les Israéliens et les Américains, sans les Palestiniens ou pays arabes », rappelleStéphanie Latte-Abdallah.

Ce revirement s’inscrit dans une série de positions inédites prises par l’administration de Donald Trump, en rupture avec la diplomatie établie par ses prédécesseurs. En 2017, Donald Trump reconnaît ainsiJérusalem comme la capitale d’Israël et ordonne de transférer l’ambassade américaine de Tel-Avivvers la ville sainte. Cettedécision unilatérale engendrela colère des Palestiniens –quirevendiquent la partieorientale de la villepour y installer la capitale d’un Etat palestinien–et une vague de réprobations dans le monde entier. Donald Trump est aussile premier àdissocierl’objectif de paix de la solution à deux Etats, pourtant soutenue par la communauté internationale.

Pourquoi de tels engagements ? SelonStéphanie Latte-Abdallah, Donald Trump et Benyamin Nétanyahou y voient des intérêts communs, notamment vis-à-vis de leursenjeux intérieurs respectifs.

Une partie de l’électorat de Donald Trump est chrétienne, évangélique très messianique, très favorable à une version absolutiste d’Israël. Son entourage, notamment son gendre, est très pro-colon.Stéphanie Latte-Abdallahà franceinfo

De son côté, »Nétanyahouvoit en Trump l’occasion de faire avancer le processus colonial comme jamais, car aucune autre administration américaine n’aurait acceptéce plan. Le Premier ministre israélien est aussi poursuivi pour corruption.C’est une manière pour lui de se maintenir au pouvoir » et de faire glisser le débat public sur un autre sujet. Le temps presse également :en novembre, une éventuelle élection de Joe Biden, le candidat démocrate à la présidentielle américaine, pourrait mettre fin ausoutien américain.Selon un de ses conseillers, ce dernier s’oppose à une annexion unilatérale, rapporte le Times of Israël (article en anglais).

3Ce plan est-il légal en droit international ?

Plus de cinquante experts et rapporteurs spéciaux de l’ONU ont rappelé que ce plan violerait un principe fondamental du droit international selon lequel « l’acquisition de territoire par la guerre ou la force est inadmissible ». En cas d’application,« ce qui resterait de la Cisjordanie serait un bantoustan [du nom desrégions créées pour y reléguer les Noirs durant la période d’apartheid en Afrique du Sud] palestinien, des îles de terre déconnectées, complètement entourées par Israël et sans lien territorial avec le monde extérieur », dénoncent-ils.

Ils rappellent que l’occupation israélienne est déjà la source, depuis plus d’un demi-siècle, de « profondes violations des droits de l’homme »,comme« la confiscation de terres, la confiscation de ressources naturelles, la démolition de maisons, le transfert forcé de population, les expulsions et déplacements forcés, les détentions arbitraires, mais aussi l’insécurité alimentaire ».

L’annexion serait la cristallisation d’une réalité déjà injuste : deux peuples vivant dans le même espace, dirigés par le même État, mais avec des droits profondément inégaux. C’est la vision d’un apartheid du XXIe siècle.Des experts et rapporteurs spéciaux de l’ONUdans un communiqué

Des interrogations demeurent également autour du statut qui serait attribué aux Palestiniens vivant en zones annexées, notamment si le gouvernement israélien leur refuse la citoyenneté.« Des gens qui vivent sur le même territoire n’auront pas les mêmes droits. Il s’agira d’une situation d’apartheid, claire, franche, visible, avec des poursuites internationales possibles,renchérit Stéphanie Latte-Abdallah, rappelant quece crime est défini depuis 1973 parl’ONU.Si la communauté internationale n’est pas capable de se mobiliser pour le contrer,ce plan ne seraappliquéque par la force et lepouvoird’Israël. »

4Comment réagissent les Palestiniens ?

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, a averti début juinquetout transfert de territoires devrait se faire d’« égal à égal » en termes « de « taille et de valeur ».L’Autorité palestiniennerejette le projet et a mis un terme à la coopération sécuritaire avec Israël.

Dans un texte remis au Quartette (Union européenne, ONU, Russie et Etats-Unis) le 29 juin, l’Autorité palestinienne se dit toutefois prête à relancer des négociations directes.« Nous sommes prêts à avoir notre Etat avec un nombre d’armes limité et une force de police puissante pour faire respecter la loi et l’ordre ».Ellepropose également des « modifications mineures des frontières qui auront fait l’objet d’un accord mutuel »,sur la base des frontièresd’avant 1967, etmaintient sa volonté de faire de la partie orientale de Jérusalemla capitale de l’Etat palestinien auquel elle aspire.

Concernant la société civile, plusieurs mobilisations ont déjà eu lieu. Mais ces réactions restent modérées. Pour le politicien palestinien Ghassan Khatib, cette faible mobilisation est révélatrice du « fossé » qui s’est installé entre les Palestiniens et leurs dirigeants, accusés de corruption, rappelle le Times of Israel. « Certains considèrent finalement l’annexion comme une mesure de plus d’Israël pour consolider son occupation en Cisjordanie, comme il le fait déjà chaque semaine et chaque mois en étendant ses colonies »,analyse-t-il auprès de l’Agence France Presse.

5Une nouvelle intifadaest-elle possible ?

Difficile de savoir si la situation va mener à une nouvelle révolte des Palestiniens, carlesréactionsvarieront certainement en fonction des entités politiques. Par exemple,pour faire valoir ses revendications,« l’Autorité palestiniennepréfère la voie du droit international, de la résistance populaire comme le boycott des produits israéliens et de la mobilisation à l’international », illustre Stéphanie Latte-Abdallah.« Jusqu’ici, quand il y avait des incidentsou l’implication de groupes armés comme le Jihad islamique, le Fatah ou le Hamas, elle s’est interposéeentre les Palestiniens et les Israéliensmais là, cela risque d’être moins le cas. On risque d’avoir une multiplication de points de friction. »

De nombreux Israéliens s’inquiètent d’ailleurs d’une troisième intifada(« soulèvement » en arabe, utilisé en référence aux révoltes palestiniennes)Selon un sondage(en anglais)réalisé début juin par l’Institut démocratique d’Israël (un centre de recherche basé à Jérusalem),58%des Israéliens sondés« pensent que les Palestiniens vont lancer une intifada » en cas d’annexion. Ami Ayalon, ancien directeur de la Sécurité intérieure israélienne (le Shabak), partage également ce point de vue :« L’épidémie de coronavirus a mis à terre l’économie palestinienne. Ces gens étaient déjà humiliés, encerclés, que leur reste-t-il si on les dépossède en plus de leurs terres unilatéralement ? » interroge-t-il dans Le Journal du dimanche (article payant).

Ils ont beaucoup d’armes. On risque d’assister à une nouvelle compétition entre le Fatah et le Hamas pour récupérer de la légitimité à travers la lutte. Israël sera bien obligé de riposter.Ami Ayalon, ancien directeur du Shabakau « Journal du dimanche »

« La situation va devenir très dangereuse, anticipeAmi Ayalon. Ahmed Jibril, l’une des voix de la résistance palestinienne, annonce que son peuple ne hissera pas le drapeau blanc, qu’il ne sera pas le seul à souffrir des conséquences de cette décision. »

6Quelle est la position de la communauté internationale ?

Les chefs des Nations uniesont demandé à l’unisson à Israël « d’abandonner ses plans ».La Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a dénoncé l’illégalité du projet, avertissant que ses « ondes de choc dureront des décennies ». De leurs côtés, les pays arabes ont averti qu’une annexion menacerait la région d’un « conflit majeur » et mettrait fin aux ambitions israéliennes d’une « normalisation » des relations avec les Etats arabes du Golfe.

L’annexion est illégale. Point final. Toute annexion. Qu’il s’agisse de 30% de la Cisjordanie ou de 5%.Michelle Bachelet, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’hommedans une déclaration écrite

En revanche, au sein del’Union européenne,les pays sont divisés.Le Luxembourg, la Belgique, l’Irlande, le Portugal, la Slovénie, la Suède, Malte et la Finlande appellent à une « réponse musclée »face aux velléités israéliennes. Face à eux, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, l’Autriche, la Grèce, la Lettonie, Chypre et la Pologne se disent prêts au contraire àdéfendre les intérêts d’Israël.

Une poignée depays comme la France, l’Espagne ou l’Allemagnefont profil bas.Ils condamnent le plansans donner de précision sur la réponse à apporter.Pour Denis Charbit,professeur de sciences politiques à l’Open University d’Israël, cetteprudences’explique par le flou autour des décisions à venir. « L’Union européenne dit, en substance, que sa réaction dépendra de la profondeur de l’annexion », analyse-t-il dansLa Croix.

7J’ai eu la flemme de tout lire, pouvez-vous me faire un résumé ?

Les Etats-Unis et Israël ont présenté fin janvier un plan pour le Proche-Orient prévoyant une annexion departiesde la Cisjordanie – territoire palestinien occupé par l’Etat hébreu depuis 1967– par Israël.Officiellement,il s’agirait de la vallée du Jourdain et d’une centaine de colonies israéliennes. Toutefois, ce projet d’annexion provoquede nombreuses oppositions au sein de la communauté internationale, de l’administration américaine et israélienne, laissant penser que Benyamin Nétanyahou pourrait choisir d’en modifier les contours.

Selon un sondage publié début juin, une majorité d’Israéliens craignent une troisième intifada en cas d’annexion. Le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, a lui prévenu d’un « été chaud » si l’Etat hébreu allait de l’avant avec son projet. L’Autorité palestinienne a toutefois affirmé qu’elle était prête àentamer de nouvelles négociations. Une annexion aurait des conséquences dans toute la région : les pays arabes ont assuré qu’une telle décision menacerait la région d’un « conflit majeur » et stopperait une normalisation des relations entre les pays arabes du Golfe et Israël.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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