Le bricolage qui sauve des vies… Une blague?

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Verdi le combattant

Et si le bricolage entrepreneurial permettait même la mise en place rapide de projets innovants?

Chronique signée Amélie Wuillaume, docteur en sciences économiques et de gestion, assistante d’enseignement à l’UCLouvain

Si le bricolage n’était pas simplement une activité de distraction du dimanche ? S’il s’avérait être un processus entrepreneurial alternatif particulièrement efficace dans certaines situations ? Et s’il permettait même la mise en place rapide de projets innovants destinés à aider une communauté dans le besoin ?

Une catastrophe, une opportunité

Elle s’appelle Erin. Elle est Australienne. Il y a 6 mois encore, elle était journaliste à Sydney. Aujourd’hui, en plus de ses activités professionnelles, elle a lancé Find A Bed (1), un projet qui définit parfaitement ce que signifie le « bricolage entrepreneurial ». Find A Bed est une initiative permettant à des familles affectées par les incendies qui sévissaient en Australie – qui ont quitté leur maison par sécurité, qui l’ont perdue dans les flammes ou qui ne peuvent pas la rejoindre à cause des incendies – d’être relogées provisoirement. Ce projet fonctionne grâce au travail de 60 volontaires qui mettent en relation les personnes qui ont besoin d’un logement et celles qui en disposent, en fonction des besoins spécifiques et de la proximité géographique.

Une évolution exponentielle…

Cette initiative, lancée le 31 décembre 2019, a très vite évolué. Après quelques jours à peine, 8 100 places avaient été offertes et 160 personnes étaient déjà relogées… Au-delà des habitats, Find A Bed met également aujourd’hui à disposition des fournitures, de la nourriture… Tout ce dont certains disposent en suffisance et dont d’autres manquent.

Cette initiative à la rapidité de développement fulgurante n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Des projets de ce type qui émergent à la suite d’une catastrophe grâce à la faculté de « bricolage » de certains individus, capables de réagir vite, sont observés chaque jour.

Le « bricolage », c’est quoi ?

On peut définir le bricolage entrepreneurial comme l’élaboration d’une solution innovante reposant sur la débrouillardise d’un entrepreneur (ou d’une équipe) qui jongle avec le peu de ressources dont elle/il dispose pour répondre à un besoin. Le bricolage entrepreneurial s’observe dans différents environnements. Il peut poursuivre un but lucratif ou non et présente la particularité de (souvent) donner naissance à des solutions très innovantes. Parmi ces initiatives reposant sur le bricolage, on peut voir apparaître des compassion ventures. Ces projets, qui faisaient l’objet d’une précédente chronique (2), sont animés par la compassion.

Ces projets initiés par la compassion sont éphémères et ont pour objectif de répondre de manière rapide et efficace à un besoin urgent, survenu brutalement à la suite d’un événement. Cette urgence peut survenir d’une catastrophe naturelle, comme celle que connaît l’Australie, ou même d’une attaque humaine, comme nous en discutions dans l’article susmentionné, et plonger un nombre important d’individus dans la souffrance. Cet élan de solidarité est déclenché par l’incapacité de l’État ou des organismes d’aide traditionnels à apporter une aide suffisamment rapide ou adaptée au besoin local.

Initiatives flexibles

Nos recherches décrivent à quel point ces initiatives locales se révèlent flexibles, rapides et donc souvent particulièrement adaptées.

En étudiant la capacité de ces entrepreneurs à identifier une opportunité là où d’autres ne voient qu’un problème mais aussi le lancement, la gestion quotidienne, le développement de ces initiatives et la capacité à en extraire de la valeur, on peut mieux cerner leur fonctionnement, comprendre le processus et identifier les phases clefs qui les rendent si adaptées et efficaces. Nos premiers résultats décrivent, entre autres, comment ces individus « bricoleurs » appliquent des modèles existants à des situations particulières (la mise en relation de l’offre et de la demande via une plateforme), refusent les limites qui s’imposent à eux (ils revêtent le rôle de lobby pour faire évoluer la loi à l’égard du logement dans des caravanes au-delà de 60 jours), (ré) emploient des ressources (des portes brûlées pour construire des abris) ou reconvertissent certains lieux (une école qui devient un centre de distribution de vivres).

Belle histoire… mais… et alors ?

L’initiative d’Erin est louable, bien sûr. Comme l’est certainement une série d’autres projets venant en aide aux victimes.

Cependant, il n’est pas question ici de couronner de fleurs ceux qui en sont à l’origine ou d’en souligner les potentielles externalités négatives (qui feront l’objet d’un prochain article). L’unique intention de nos recherches est d’étudier la capacité de développer rapidement de telles structures. Que ce soit dans le type d’activités mobilisées, ou dans leur processus et leur séquence, il y a beaucoup à apprendre de ces entrepreneurs de l’urgence. Les projets qu’ils développent, pourtant basés sur du bricolage, sont d’un grand professionnalisme, d’autant plus lorsque, au-delà du manque de moyen dont ils disposent, on prend la mesure de la rapidité de la mise en place de ces initiatives. S’en inspirer pour appliquer leur fonctionnement à d’autres contextes mais également pour être capable d’en capter la valeur créée et la maintenir durablement font parties des opportunités qu’offrent nos recherches.

Source de cet article : Lalibre.be

Maria Rodriguez
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