le confinement a-t-il vraiment été efficace contre l’épidémie de Covid-19 ?

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le confinement a-t-il vraiment été efficace contre l'épidémie de Covid-19 ?

Faute d’une politique massive de test et de traçage des cas dès le début de l’épidémie, le confinement a été nécessaire. Cette mesure radicale a permis de reprendre le contrôle de lacrisesanitaire.

Fallait-il vraiment confiner la France entièrepour faire face à l’épidémie de coronavirus ? Cette mesure a-t-elleréellementfreiné la propagation du Covid-19, évitantdes milliers de morts supplémentaires ? N’y avait-il pasde meilleures solutions ? Plus d’un mois après sa levée, le confinement est la cible d’un procès en inefficacité. A l’Assemblée nationale aussi, la commission d’enquête sur la gestion de la crise s’interroge. Mais ces critiques formulées notamment sur les réseaux sociauxdisent-ellesvrai ou « fake« ?

« Lorsque vous ouvrez les manuels de santé publique, la plupart expliquent que le confinement généralisé à l’ensemble de la population est toujours une solution que l’on veut éviter au cours d’une pandémie,constatePatrick Pintus,enseignant-chercheur en économie à l’université Aix-Marseille, qui travaille sur l’épidémie de Covid-19 au sein d’une équipe pluridisciplinaire. Il y a d’autres solutions plus efficaces pour limiter les effets d’une pandémie. »

A la fin février, la Corée du Sud étaitle deuxième pays le plus touché par l’épidémie, après la Chine. Mais Séoul estparvenu à maîtriser la situation, sans avoir à recourir au confinement. Une vaste campagne de tests a permis de détecter et d’isoler les personnes infectées, et le traçage systématique de leurs contacts a limité la propagation du virus. Début mai, le pays ne comptait que 279morts et un peu moins de 12200 cas de contamination. « C’était vraiment la politique qui devait être suivie, à condition d’être capable de le faire »,observe Patrick Pintus. Un avis partagé parPascal Crépey, enseignant-chercheur à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes.

Cela fait un mois qu’on n’est plus en confinement et l’épidémie reste sous contrôle. C’est la meilleure preuve que le confinement n’est pas la seule solution.Pascal Crépey, épidémiologisteà franceinfo

Singapour, Taïwan, Hong Kong, le Japon ou la Nouvelle-Zélande sont également cités en exemples parAntoine Flahault,directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Après l’épidémie de H1N1 en 2009, ces pays « sont restés dans un état d’alerte et de vigilance tel qu’ils se sont précipités sur les premiers cas arrivant chez eux de façon beaucoup plus active que les pays européens qui voyaient cette menace de très loin », analyse le professeur de santé publique.

Pendant les premiers mois de l’épidémie,« Singapour est parvenu à contenir le tsunami par des mesures de distanciation sociale personnalisées, de testing, de tracing et de quarantaine, souligne Antoine Flahault. Maislorsqu’en avril, l’épidémiea ressurgi de l’intérieur, de cités-dortoirs de travailleurs immigrés précaires, Singapour a introduit des mesures de confinement,sans hésiter, comme une sorte de réponse graduée. » « Le confinement, ce n’est pas la panacée. Cela doit rester une mesure de dernier ressort », estime Pascal Crépey.

Si la France, comme ses voisins européens, a décidé de confiner sa population à la mi-mars,c’est parce que, « dans l’urgence et l’état d’impréparation » dans lesquelselle se trouvait,« il n’y avait plus d’autre solution pour infléchir la courbe épidémique », jugent les experts interrogés par franceinfo.

« Au moment où on a confiné, le niveau de circulation du virus était bien plus important », rappelle Pascal Crépey, soulignant que les conditions matérielles ne laissaient guère d’autre choix.

On n’avait pas assez de masques pour la population, les capacités de test étaient limitées et tout le dispositif de traçage des cas contacts mis en place ensuite était débordé par le nombre de cas déclarés.Pascal Crépey, épidémiologisteà franceinfo

« Malgré cette mesure drastique, on a quand même été obligés de transférer plus de 600 patients d’Ile-de-France et du Grand Est, les capacités de réanimation étant dépassées »,poursuit l’épidémiologiste.« Il aurait même fallu confiner plus tôt », estime-t-il« avec le recul ». Pascal Crépey reconnaît toutefois que « ce genre de décision est difficile à prendre ». « Au moment où le confinement a été décrété, les signaux étaient encore relativement faibles.Il y a une quinzaine de jours d’inertie entre le moment où les infections ont lieu et celui où on voit arriver les malades à l’hôpital. »Or, note Antoine Flahault, « à partir d’un certain seuil, il n’est plus possible de casser les chaînes de transmission à la racine de façon systématique et chirurgicale ».

Le confinement repose sur une règle basique de statistiques et de probabilités. « En réduisant le nombre de contacts par individu, on réduitmécaniquement le risque de transmission du virus, donc on a un impact sur l’évolution de l’épidémie », résume Pascal Crépey.A l’aide de modèles mathématiques, de nombreuses équipes de chercheursonttentéde chiffrerl’effet desmesures de distanciation (interdiction des rassemblements,limitation des déplacements, fermeture des frontières et des écoles, confinement de la population, isolement des malades et des cas contacts, etc).

A partir du nombre de morts recensées par le Centre européen de prévention et contrôle des maladies et du taux de reproduction du virus (le nombre de nouvelles personnes contaminées par chaque personne infectée, aussi appelé R0) avant le confinement, l’Imperial College de Londres a ainsi calculé le nombre dedécès qui auraientpu survenir si aucunedisposition n’avait été prise face à l’épidémie dansonze pays européens (l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Norvège, l’Espagne, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni). D’aprèscette étude parue dans la revue Nature*début juin, 3,1 millionsde morts supplémentairesont été évitées. Ces mesuresde distanciation sociale d’intensités diversesont abouti à unebaisse de 82% en moyenne du taux de reproduction du virus, permettant de le ramener en dessous de 1, le seuil en-deçà duquel le nombre de nouveaux cas diminue.

L’Arc de triomphe à Paris durant le confinement, le 26 avril 2020. (CARINE SCHMITT / HANS LUCAS / AFP)

Sans mesures prises par les pouvoirs publics pour enrayer la contagion,la France aurait compté 1,4 million de cas confirmés en plus (ce qui correspondrait à 45millions de personnes infectées par le virus), d’après lesestimationsde chercheurs de l’université américaine de Berkeley dont les travaux sont parus dans Nature* début juin. Une telle situation épidémique se serait soldée par plus de 214000 morts français d’après ce scénario catastrophe. Ces modélisations de type prédictif ne font toutefois pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique, dont une partie estime que les modèles mathématiques employés aboutissent à des résultats trop alarmistes. Les modélisations de type rétrospectif font, elles, moins débat.

Les travaux dirigés par une équipe de l’Institut Pasteur, publiés dans la revue Science* mi-mai, concluenteux aussi àun « impact massif » du confinement sur l’évolution de l’épidémie en France. Le R0 de l’épidémie a été réduit de 77%, chutant de 2,90 à 0,67. Entre fin mars et début mai, les hospitalisations sontpassées de 3600 à 357 par jour, lesadmissions quotidiennes en soins intensifssont tombées de 700à 66. Quant aux nouvelles infections, elles ont considérablement diminué, dégringolant de150000à 390000 chaque jour avant le confinement à 2600 à 6300 après, selonles projections.

Le résultat de cette modélisation sur le taux de reproduction estproche desprojections*, prépubliées mi-avril, de l’EPIcx lab*, ungroupe de recherchedirigé parVittoria Colizza, de l’Inserm.Les équipes du CNRS, de l’IRD et de l’université de Montpellier, dirigées par Samuel Alizon, sont parvenues à unconstat similaire.

Le confinement a permis de ramener la situation sanitaire à quelque chose de gérable en termes de circulation du virus, mais il a aussi permis de gagner du temps pour augmenter les capacités de test et permettre aux Français de s’équiper en masques.Pascal Crépey, épidémiologisteà franceinfo

« Les mesures de confinement ont en moyenne été très efficaces pour aplanir la ‘courbe pandémique’ et réduire le nombre de décès »,confirment des économistes du Fonds monétaire international dans une revue sur le Covid-19*, éditée mi-mai par le Centre pour la recherche en politique économique de Londres.

Pour les experts interrogés par franceinfo, la meilleure preuve de l’efficacité du confinement est apportée par les contre-exemples. La Suède est l’un des rares pays en Europe à ne pas l’avoir imposé. Les commerces comme les écoles sont restés ouverts. Le royaume nordiqueaffiche un taux de contamination et de mortalité par habitant plus élevé que ses voisins, avec plus de 53000 cas détectés, plus de 4900 morts, soit plus de 521 cas et 48 morts pour 100000 habitants.

Aux Etats-Unis et au Brésil, les deux pays les plus touchés désormais, la première vague épidémique n’en finit pas. Les Etats américains se sont confinés dans le désordre, et certains se sont déconfinés troptôt, le président Donald Trump appelant à faire repartir l’économie sur fond de récession. D’un bout à l’autre du pays,plus d’une douzaine d’Etats enregistrent en ce moment leur plus grand nombre de nouveaux cas depuis le début de l’épidémie.

Au Brésil, le président Jair Bolsonaro comparele virus à une « petite grippe »,rejette les mesures de confinement mises enœuvre par les autoritésdans certains Etats et certaines villes, et multiplie les bains de foule. Résultat, lesEtats-Unis comptent plus de 2137000 cas et plus de 116900 morts, soit plus de 649 cas et 35 morts pour 100000 habitants. AuBrésil, on dénombre plus de923000 cas et 45200 morts, soit plus de 437 cas et 21 morts pour 100000 habitants.

Le confinement a montré son efficacité partout où il a été mis en place.Antoine Flahault, épidémiologisteà franceinfo

Si le confinement a bel et bien permis d’aplatirla courbe de l’épidémie, « plusieurs études montrent cependant qu’il n’y a pas de grande valeur ajoutée au confinement strict, autoritaire, à la chinoise, appliqué par les Français, les Espagnols et les Italiens, par rapport à un semi-confinement plus libéral, appliqué en Suisse, en Allemagne ou en Autriche par exemple », relève Antoine Flahault.

L’explicationserait cette fois d’ordre culturel. « Il y a eu en Suisse, en Allemagne et en Autricheun autoconfinement, moins centralisé, plus discipliné, quiest venu des citoyens eux-mêmes », explique Patrick Pintus, pour qui « la réaction de la population est aussi importante pour lutter contre la progression d’une épidémie quela mesure de santé publique adoptée par les autorités ».

Si le confinement est efficace, il l’est encore plus lorsqu’il est associé à une politique de testing et de tracing poussée.« Les Allemands et les Suisses ont fait du testing et du tracing plus précocementet plus intensément que les Français », note Antoine Flahault. Et leurs bilans épidémiques sont bien meilleurs.La Suisse recenseplus de 31000 cas et plus de 1600 morts, soit plus de 363 cas et plus de 19 morts pour 100000 habitants. L’Allemagne dénombre 187000 cas et 8800 morts, soit un peu plus de 225 cas et 10 morts pour 100000 habitants. La France, elle, déploreplus de 157700 cas et plus de 29500 morts, soit plus de 235 cas et 44 morts pour 100000 habitants.

« Les modélisations disent qu’une politique de confinement généralisée marche moins bien qu’une politique de test, de contact tracinget d’isolement », remarque PatrickPintus. Une étudepilotée par l’Ecole d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, parue dans leLancet* mi-juin, le confirme. D’après ces travaux, les stratégies de testing et de tracing réduisent plus fortement le taux de reproduction du virusque les tests de masse ou l’autoconfinement à eux seuls.Le dépistage massif de la population réduirait ainsi la transmission du virus de 2% à 5%. Avec l’autoconfinement des cas symptomatiqueset la quarantaine, on passerait à une fourchetteentre29% et 37%,et, en y ajoutantle traçage des cas contacts, on atteindrait un effet allant de 47% à 64%.Reste une inconnue, souligne Antoine Flahault.

Le port du masque systématique et bien observé dans les circonstances de contact à risque, comme les transports en commun, et les mesures barrières, comme le lavage des mains, pourraient être beaucoup plus efficaces que ne l’envisagent les modèles actuels.Antoine Flahaut, épidémiologisteà franceinfo

Selonune étude internationale*, prépubliéefin avril, le port du masque pourrait avoir « un impact significatif »sur le cours de l’épidémie s’il était porté massivement.D’après les différents scénarios testés, le port du masque par au moins 80% de la populationdu Royaume-Uni, associé à la distanciation physique, se solderait par un bilan de 60000 morts sur 500jours. Un confinement, sans port du masque, qui durerait sur toute la périodeentraînerait 180000 décès; et le port du masque parseulement 50% de la population, associé à la distanciation physique, conduirait à 240000 morts et ne permettrait pas de contenir l’épidémie (p.6 du PDF). Des résultats qui demandent à être confirmés.

« Si on arrive à combiner un port du masque très respecté dans tous les lieux clos– les transports en commun, en particulier– et une stratégie de testing et de tracing de masse, espère Antoine Flahault,onparviendra peut-être à éviter un second confinement. »

* lien en anglais

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Source : France Info

Maria Rodriguez
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