Le coronavirus met la chaîne agroalimentaire sous tension

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à Paris, le prestigieux hôtel George V rouvre ses cuisines pour offrir un menu spécial Pâques aux soignants de l'hôpital Robert Debré

Problèmes de transport, de main d’œuvre, d’approvisionnement… La pandémie de Covid-19 perturbe la filière agroalimentaire. Certains produits sont aujourd’hui introuvables, d’autres ont connu une flambée des prix. Tous les acteurs du secteur tentent de s’adapter en France comme à l’international.

La France ne connaît pas la crise alimentaire. Le pays est le premier producteur agricole en Europe. L’agroalimentaire est sa première industrie, avec 430 000 personnes dans 18 000 entreprises.

Pourtant, depuis le 17 mars et le début du confinement contre le Covid-19, la farine, l’huile, les œufs, les pâtes, le sucre, et bien d’autres denrées de première nécessité sont parfois en rupture dans les magasins d’alimentation. C’est en réalité dû à un changement brutal de comportement alimentaire. Les restaurants, les cantines sont fermés. Du coup, les consommateurs achètent pour se nourrir et stockent par crainte de manquer.

« Ce n’est pas forcément le produit qui est affecté, mais tous les autres éléments de la chaîne d’approvisionnement, de la production du produit au consommateur final. Cela peut être l’empaquetage, le transport, le conditionnement, l’arrivée dans les différents centres de distribution parce que certains centres sont fermés. Donc c’est l’aspect logistique qui pose problème, plus que la production agricole », explique Anne-Sophie Alsif, économiste au Bureau d’information et de prévisions économiques. « Mais c’est sûr que pour la filière vous allez avoir un manque à gagner considérable parce que vous avez une perte de demande importante pour tout ce qui est export, et en effet, il n’y a plus de restaurants ou autres. »

Toutes les filières agricoles de l’Hexagone ne rencontrent pas les mêmes difficultés. Le marché des légumes, comme les asperges actuellement, qui nécessitent de la main d’œuvre, est tendu. « La main d’œuvre est plus difficile à trouver et beaucoup de producteurs se plaignent de cette situation et surtout du défaut de consommation, parce que c’est un produit de saison bien valorisé dans la restauration. Or les restaurants sont fermés », précise Gautier le Molgat, directeur général adjoint d’Agritel, société de conseil spécialisée dans la gestion des risques de prix dans le secteur agricole et agroalimentaire.

La filière laitière en tension

« Une autre filière va beaucoup souffrir alors qu’elle est en pleine période de reprise de production, c’est la filière laitière », poursuit Gautier le Molgat. Et cela au moment où les vaches retournent brouter dans les pâturages et produisent beaucoup de lait. « Or, le prix du beurre, de la poudre de lait, de la crème s’effondre parce qu’il y a un problème de demande. Même si les consommateurs font davantage de cuisine, cela n’absorbe pas les mêmes volumes que la filière agroalimentaire ».

Stéphane Minjeau en sait quelque chose. Il est éleveur laitier dans la région Grand Est. « Toutes les laiteries nous ont demandé de baisser notre production de lait de 10%, en avril et mai, sous peine de pénalités. Le fromage, particulièrement, ne se vend plus. En plus, leurs employés ont demandé leur droit de retrait. Ils n’ont plus de main d’œuvre et tous les produits d’export sont fermés actuellement. Donc on essaye de baisser la production, mais ce n’est pas évident : une vache, c’est un être vivant, ce n’est pas un robinet qu’on ouvre et qu’on ferme, donc celles qui peuvent aller à l’abattoir y vont plus vite que prévu. Autre conséquence, cela va engorger le marché de la viande et ce sont les éleveurs de race à viande qui vont en pâtir. On ne sait pas combien de temps cette situation va durer. On est dans le flou total », déplore Stéphane Minjeau.

Un marché du blé performant

Un peu partout en Europe, le secteur laitier est en surproduction avec des ventes en chute libre et des prix à la baisse. Pour ce qui est des céréales – principalement le blé, la denrée de base dans une grande partie du monde -, la France, premier producteur européen n’a pas de soucis à se faire. Les récoltes sont bonnes et elle peut continuer à exporter en Algérie, au Maroc, en Égypte ses principaux marchés.

Il y existent des tensions, toutefois, parce que certains pays jouent la prudence, à cause de la crise du coronavirus et la crainte d’aléas climatiques. « De la même manière dont les ménages se sont rués dans les supermarchés pour prendre des pâtes, de la farine, certains États importateurs ont augmenté leurs stocks de précaution alors même que certains États restreignaient leurs exportations », explique Philippe Chalmin, économiste et spécialiste des questions agricoles.

« Cela n’a touché que deux produits : le blé et le riz. Du côté du riz, il s’agit de l’Inde et du Vietnam, qui ont limité leurs exportations, parce que, avec les confinements, la logistique ne suivait pas, poursuit-il. Pour le blé, ce sont l’Ukraine, la Russie et le Kazakhstan. En réalité ce sont des craintes qui ne sont pas fondées, puisque nous avons des récoltes un peu partout dans le monde excellentes, voire même record. »

Risque de pénurie alimentaire en Afrique

Toutefois, alerte la Banque mondiale – à l’instar d’autres organisations internationales, comme l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) -, la pandémie pourrait provoquer une crise alimentaire dans les pays vulnérables d’Afrique. Ceux-ci importent pour 35 millions de dollars de denrées alimentaires par an. La production agricole pourrait chuter de 2,6 % en 2020, une crise qui viendrait s’ajouter à la récession, la première depuis 25 ans.

« Ce sont déjà des pays où il y une situation d’insécurité alimentaire chronique. Ils dépendent des importations, donc il faut absolument que les pays importateurs et exportateurs maintiennent le commerce international des denrées alimentaires », alerte Florence Tartanac, spécialiste de la nutrition et des systèmes alimentaires à la FAO.

Il y a également des difficultés de logistique sur le plan local. « On nous a rapporté qu’au Nigeria, par exemple, les petits moulins qui servent à transformer les céréales pour le bétail sont fermés, explique-t-elle. Donc les producteurs ne peuvent plus transformer les céréales, et le bétail n’a plus d’aliments pour se nourrir ».

Autre problème logistique : l’acheminement parfois chaotique des denrées importées qui arrivent par les voies maritimes ou aériennes. « Dans beaucoup de pays d’Afrique, le petit commerce est informel, donc les commerçants prennent les transports publics, ou des transports informels. Et si ces mouvements de population qui leur permettre d’avoir des revenus sont interrompus, il y aura des problèmes d’approvisionnement. Donc on voit bien que certaines étapes clés sont nécessaires pour que tout le reste de la chaîne fonctionne », ajoute Florence Tartanac.

Il est donc important que « les pays donateurs maintiennent leur aide d’urgence » à l’Afrique, même s’ils sont fragilisés par leur propre crise face au coronavirus, conclut-elle.

Source : RFI

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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