Le G20 suspend la dette des pays les plus pauvres, un 1er répit bienvenu pour les bénéficiaires

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Le G20 suspend le remboursement de la dette des pays pauvres pendant un an. C’est le premier geste de solidarité internationale de la part des États. Ils incitent les créanciers privés à les suivre dans le communiqué commun publié à l’issue de la réunion des ministres des Finances.

Pour une fois la Chine, les États-Unis, la Russie, ou la France, se retrouvent sur une position commune. Ce n’est qu’une première étape pour alléger le fardeau de la dette. Mais c’est déjà en soi un exploit diplomatique de réunir dans une démarche conjointe des pays avec des agendas aussi divergents. Convaincre les États-Unis, la Chine ou le royaume saoudien, créanciers bilatéraux de premier plan, n’était pas gagné d’avance. C’est surtout la première fois que la Chine, créancier très important de la plupart des bénéficiaires potentiels, consent à un aménagement de la dette dans un cadre multilatéral -ce que Pékin a déjà fait auparavant dans un cadre bilatéral, avec le Congo-Brazzaville par exemple. Son effort financier est toutefois à relativiser selon les bons connaisseurs des questions de dette souveraine ; étant donné que la Chine prête en général sur des durées très longues, l’aménagement prévu par l’accord trouvé au G20 touche essentiellement des paiements d’intérêts et quelques amortissements de dette.

Les États suspendent les remboursements sur un montant de 12 milliards de dollars. Seront-ils vraiment suivis par les créanciers privés ?

C’est encore l’inconnu de cet accord et il pèse lourd. En Afrique subsaharienne par exemple la moitié du service de la dette due au titre de 2020 reviendra à des créanciers privés. D’après Bercy, leur représentant, l’Institute of International Finance, le « syndicat » des banques et autres institutions financières, a donné son accord de principe sur un report se chiffrant à 8 milliards de dollars. Il s’agit à ce stade d’une recommandation et d’une intention – aucune loi ou texte ne les y obligent.

Anne-Laure Kiechel, l’ancienne conseillère économique du Premier ministre grec Alexis Tsipras et spécialiste de dette souveraine souligne l’importance de l’implication du secteur privé au vu de son poids actuel dans la dette des États. Selon elle, seules des discussions au cas par cas, État par État, prenant en compte les besoins des emprunteurs comme les exigences des créanciers, permettront d’aboutir effectivement à un accord avec ces interlocuteurs généralement peu enclins à accepter des reports de paiements. Étant donné les circonstances exceptionnelles, une pandémie qui frappe encore plus les plus fragiles, elle mise sur leur bonne volonté à l’égard des États qui feraient part de transparence et demanderaient un report de leurs échéances afin de financer des dépenses d’urgence.

Quant aux acteurs les plus cyniques, les fonds vautours qui spéculent sur la dette et sont traditionnellement prêts à aller en justice pour obtenir gain de cause, ils pourraient avoir des attitudes moins agressives dans le contexte totalement inédit de la pandémie.

Pour tous les investisseurs privés, si le report demandé par les pays est un choix économique rationnel, s’y opposer les expose à un défaut beaucoup plus coûteux. En 1982, les banques américaines ont par exemple accepté une décote pour éviter un défaut au Mexique. Selon l’agence Moody’s, en cas de défaut chaotique les prêteurs perdent en moyenne jusqu’au deux tiers de leurs mises.

Cet accord est limité à un an pour le moment et il pourrait être renouvelé.

D’emblée plusieurs pays africains ont plaidé pour un répit de deux ans. Car même si la crise sanitaire venait à être surmontée rapidement les gouvernements auront ensuite besoin de dépenser davantage pour la relance de leur économie et pour la santé. Dans l’immédiat, certains gouvernements sont déjà au bord du gouffre. En Afrique subsaharienne la Zambie s’apprête à restructurer sa dette. Les pays pétroliers comme l’Angola ou le Congo Brazzaville sont aujourd’hui dans une situation délicate. Le moratoire ne suffira peut-être pas à les soulager. La porte à une annulation est entrouverte. Le dernier bémol à cet accord historique : l’exclusion de pays parmi les plus nécessiteux, comme le Zimbabwe et le Soudan, à cause de leur passif avec les institutions Internationales.

Source du post: RFI

Marino Stozza
Marino Stozza
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