le gel hydroalcoolique peut-il vraiment prendre feu dans une voiture garée en plein Soleil ?

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le gel hydroalcoolique peut-il vraiment prendre feu dans une voiture garée en plein Soleil ?

Le géant français de la chimie Arkema a diffusé sur son site une photo montrantune portière de voiture brûlée semble-t-il en raison de l’inflammation d’un flacon gel hydro-alcoolique. Mais sice liquide contient de l’alcool, il est très peu probable qu’il prenne feu tout seul dans un véhicule.

La portière ouverte d’une voiture laisse voir son revêtement intérieur totalement fondu. La photo illustre une note d’information à l’en-tête du géant français de la chimie Arkema, partagée sur Twitterparun internaute.« Attention au gel hydroalcoolique », alerte le document, alors que l’usage de ce produit s’est banalisélors del’épidémie de Covid-19. Le texte met en garde contre un de ses dangers supposés :à l’intérieur d’une voiture garée en plein soleil,l’alcool contenu dans le flacon pourrait se transformer en vapeur et s’enflammer sous l’effet de la chaleur. Ce risque est-il vrai ou « fake »?

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Contactée par franceinfo, le service communication d’Arkema confirme que cette note a été diffusée sur son site de Lacq-Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, dans le cadre d’« une simple communication de sensibilisation ». L’entreprise indique que la photo a étérécupérée sur internet à des fins d’illustration.« Ce n’est pas quelque chose qui est arrivé à l’un de nos salariés », insistele groupe.

« Il s’agit d’un retour d’expérience qui nous a été communiqué par un de nos confrères industriels qui a des usines en Arabie saoudite », précise Hervé Brouder, directeur du site Arkema de Lacq-Mourenx. Ce « rex » a fait l’objet d’une « alerte de sécurité » au sein du groupe et celle-ci a donné lieu àcette communication interne. C’estainsi que la note d’information réalisée à Lacq-Mourenx s’est retrouvée sur les réseaux.

Ce cliché circule en réalité abondamment sur les réseaux sociaux, comme icisur Twitterou Facebook. L’entreprise texane Quanta, qui construit notamment des pipelines, s’en est servie dansune note internesimilaire à celle d’Arkema diffusée au mois de mai.La mise en garde dela firme américaine a été relayée par des pompiersdu Nebraskaetdu Maine, entre autres.

Quantay relate un incident, qui serait, selon ses dires, survenu le 26 avril en début d’après-midi. Une demi-heure après avoir garé son véhicule, cette personne (qui n’est pas un employé de l’entreprise) constate qu’un feu s’est déclaré à l’emplacement où elle avait laissé un flacon de gel hydroalcoolique. Les flammes se seraient éteintes d’elles-mêmes. Interrogée par franceinfo, Quanta n’a pas donné suite. Impossible d’en savoir plus.

En creusant davantage, on remarque toutefois que cette photo circule sur internet au moins depuis fin avril, comme le signale le blog de fact-checking du média brésilien Estadao qui en fournit une version de meilleure qualité. Une inscription en portugais est cette fois visible à l’arrière-plan, ce qui pourrait indiquer que le cliché a été pris dans un pays lusophone.

La catastrophe décrite dans ces posts devenus viraux est cependanthautement improbable. Comme son nom l’indique, le gel hydroalcoolique contient de l’alcool, ce qui le rend donc inflammable. Mais seulement dans certaines conditions.« En règle générale, les gels hydroalcooliques sont fabriqués soit à partir d’éthanol soit à partir d’isopropanol, si l’on se réfère aux recommandations de l’OMS« , exposeYannick Pouilloux, professeur à l’Institut de chimie des milieux et matériaux de l’université de Poitiers, joint par franceinfo.

« Lamajorité des produits qu’on trouve dans le commerce contient de l’éthanol, parce que c’est la matière première la plus facile à trouver. »Le gel hydroalcoolique est par conséquent « classé dans la catégorie des produits très inflammables », poursuit le chimiste, dont l’unité de recherche s’est lancée dans la fabrication de cette substance, afin de répondre aux besoins des soignants et des aides à domiciles de Poitiers.

Mais pour que le gel hydroalcoolique s’enflamme, « il faut une source de chaleur », insiste Yannick Pouilloux. Le point d’éclair, c’est-à-dire le momentoù la solution atteint une température suffisamment chaude pour s’enflammer au contact d’une source de chaleur, est en effet assez bas : « entre 17 et 20 degrés pour l’éthanol », évalue le chimiste.« Si vous approchez une flamme, cela va prendre feu très facilement », prévient l’expert.Mais « si vous laissez du gel hydroalcoolique à température ambiante, il ne prendra pas feu », tranche le chimiste.

Le gel hydroalcoolique peut toutefois s’enflammer tout seul, mais à condition d’être porté à une température extrêmement élevée. Les fiches techniques de diverses solutions (consultables ici, ici ou )indiquent des températures d’auto-inflammation de 400, 425, voire même 450°C. L’Institut national de recherche et de sécurité confirme dans sa fiche toxicologique que la température d’auto-inflammation de l’éthanol est de 363 à 425°C.

« Dans une voiture en plein Soleil, la température va monter à 60-70 degrés », évalueYannick Pouilloux. La chaleur sera donc loin d’être suffisante pour entraîner une auto-combustion. « La bonbonne de gel va tout de même monter en pression et ça risque de poser quelques problèmes », prévient le chimiste.Legel risque ainsi d’être brûlant. Al’instar d’un volant de voiture, exposé tout un après-midi surle parking d’une plage en plein été. Mais « ce sera chaud sans qu’il y ait de flammes », souligne le spécialiste.

Deux autres experts imaginent toutefois unscénario pouvant expliquer une auto-inflammation de gel hydroalcoolique dans une voiture. « Si un verre de lunettes, par exemple, a fait un effet loupe sur le flacon, alors éventuellement il peut y avoir auto-inflammation », envisage dans Libération leprofesseur de chimie à l’université d’Orléans, Guillaume Dayma, chercheur à l’Institut de combustion, aérothermique, réactivité et environnement (Icare) du CNRS. « Mais ce serait vraiment pas de chance. »

Le directeur de recherche au CNRS et à l’Institut de recherche de chimie de Paris, François-Xavier Coudert,émet la même hypothèse dans 20Minutes. »Il faudrait par exemple qu’une loupe ait été laissée dans la voiture, que les rayons du Soleil l’atteignent et que la solution se trouve sur le chemin. En réalité il n’y a pas de danger à laisser une solution hydroalcoolique dans un habitacle, même sous de très fortes chaleurs. »

Même si le danger paraît largement exagéréaux yeux desscientifiques, le dirigeant du site Arkema de Lacq-Mourenx n’envisage pas pour autant de publier un correctif.« On ne crie pas au loup, se défendHervé Brouder.Cela fait partie de la nécessité d’informer notre personnel d’un risque potentiel. »

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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