le journal de crise de Valentine, urgentiste et soldat de la lutte contre le coronavirus

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le journal de crise de Valentine, urgentiste et soldat de la lutte contre le coronavirus

Avec le Grand-Est, la région Ile-deFrance est l’une des plus touchées par l’épidémie de Covid-19. Dans les hôpitaux, au centre d’appel du Samu, les soignants sont mobilisés jour et nuit. Valentine, 31 ans, est urgentiste. Chaque semaine, elle témoigne de son quotidien dans cette lutte acharnée contre la maladie.

Valentine, 31 ans, est médecin urgentiste en région parisienne. En première ligne, elle transporte dans son camion des patients infectés par le Covid-19 vers les hôpitaux, et soigne aussi aux urgences de l’hôpital.

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Elle a accepté de témoigner, chaque semaine sur franceinfo, de son combat contre l’épidémie, de ses états d’âme aussi. 

JOUR 8 : « Moins de passage aux urgences »

Samedi 4 avril. Ces derniers jours aux urgences, on a un peu moins de passage. Une diminution ou au moins un plateau. Évidemment, je ne parle pas des services de réanimation, qui sont toujours à flux tendu, même si on a l’impression que le plateau concerne une grande partie de l’hôpital. On ne sait pas si c’est une bonne nouvelle. Évidemment, il ne faut pas relâcher les efforts sur le confinement parce que sinon on risque d’avoir une deuxième vague.

On a le sentiment que le flux de patients commence à s’inverser entre le secteur Covid et le secteur non-Covid.Valentine, urgentisteà franceinfo

On commence de nouveau à avoir des patients, avec des pathologies qu’on voit habituellement, mais pour la plupart dans un état plus grave que d’habitude. Comme si toutes ces personnes avaient attendu avant de venir aux urgences. En cardiologie, ils ont pas mal d’infarctus vus tardivement. A priori, il y a aussi des arrêts cardio-respiratoires à domicile sur des infarctus qui n’ont pas été pris en charge assez rapidement, car les patients n’ont malheureusement pas préféré ou osé appeler les secours plus tôt. On est nombreux à penser qu’on va voir toutes les décompensations des pathologies chroniques dans les semaines qui viennent.

JOUR 9 : « Journée off »

Mes activités en dehors de l’hôpital sont assez répétitives. J’essaie de me reposer un maximum, de bien dormir. D’aérer chez moi. Comme beaucoup de monde, j’ai profité du confinement pour faire un grand nettoyage de printemps et pour trier mes papiers. J’essaie de faire des courses tous les 10 jours. J’ai transformé le footing extérieur par des exercices chez moi. Je respecte au maximum le confinement. 

J’essaye d’ouvrir la fenêtre quand il y a du soleil pour prendre l’air. Je regarde des séries ou des émissions. Je passe pas mal de temps à appeler mes proches, ma famille, notamment ceux qui sont seuls et ont moins de visites que d’habitude.Valentine, urgentisteà franceinfo

Je pense à mes grands parents. Même si l’isolement est difficile à gérer par les personnes âgées habituellement entourées, c’est fondamental pour moi qu’ils aient le moins de contact possible physique avec l’extérieur. Les appels font du bien. Délaissé de ses stimuli habituels, le cerveau âgé doit rester sollicité : écouter la radio, faire des sudoku ou des petits exercices musculaires est très important pour ne pas sortir du confinement en ayant pris 5 ans d’âge.

JOUR 10 : « Des soignants fatigués »

Même si tout le monde reste motivé, les équipes commencent à être un peu fatiguées. Les étudiants, les infirmiers et paramédicaux, nous les seniors, même si on est bien aidé avec des mots réconfortants, des repas sympas (hier encore on a eu des pizzas), on sent que ça fait trois ou quatre semaines qu’on est cerné par le virus. Aux urgences où je travaille, peu de personnel a été touché par le Covid, ou du moins de façon symptomatique… ça veut dire qu’on se protège quand même correctement et c’est une bonne nouvelle. 

Mais voilà, on sent qu’on commence à être un peu plus sur la défensive. Il ne faudrait pas que ça mette une mauvaise ambiance.Valentine, urgentisteà franceinfo

Pour l’instant on tient mais la fatigue est là. Dans les soignants, beaucoup sont restés avec leur famille, leur conjoint. Évidemment il y a un stress de ne pas les contaminer, et de gérer le quotidien chez soi alors qu’on travaille. Mais petite pensée pour ceux qui ont préféré s’isoler pour protéger leur proches. Ils sont tout seuls, ne voient pas leurs enfants, pour certains qui sont tout petits. Ils ne les voient pas évoluer pendant 2-3 mois et c’est difficile à vivre pour eux. C’est compliqué d’être séparé de ceux qu’on aime alors qu’on est dans la tourmente.

JOUR 11 : « Des deuils difficiles »

Concernant les décès, on en parle un petit peu. C’est vraiment difficile en ce moment. Évidemment, quand on a un proche qui décède, c’est toujours un moment de peine immense. Mais avec le virus, ça rend les choses glauques et encore plus compliquées à vivre.

Les proches ne peuvent pas être présents pendant toute la durée d’hospitalisation, ni en salle, ni en réanimation. Au moment du décès, il y a certaines obligations à respecter, des conditions particulières avec une mise en bière qui doit être rapide. C’est vraiment difficile pour les familles.

JOUR 12 : « Réanimation »

Chaque jour des places se libèrent en réanimation, dans les secteurs de soins intensifs. Grâce aux transferts qui ont été fait dans d’autres hôpitaux en France, et ça nous a bien aidé. Il faut remercier tous ces hôpitaux et cliniques qui ont accepté nos patients, et peut être qu’on leur rendra la pareille, par la suite, si la vague se faisait dans un deuxième temps, ailleurs.

Evidemment, les places se libèrent quand l’état des patients évolue favorablement et qu’ils repassent en salle, et malheureusement des places se libèrent aussi avec les décès.Valentine, urgentisteà franceinfo

Et puis il y a aussi des lits qui s’ouvrent chaque jour dans des endroits qui n’étaient pas dédiés à la réanimation. Par exemple hier dans mon hôpital, on a eu cinq lits qui se sont ouverts en plus, avec du matériel qu’on a récupéré et surtout du personnel médical et paramédical qu’il faut former, qui doit être en forme, ça demande beaucoup de ressources humaines. Cinq ça peut ne paraître pas beaucoup mais ça rend encore énormément service actuellement. Les places de réanimations restent chères et fondamentales, notamment pour les patients d’hospitalisation conventionnelle dont l’état respiratoire peut se dégrader en quelques jours /heures.

JOUR 13 : « Le temps suspendu »

On a l’impression que le temps s’est arrêté, tout parait loin. J’avais pris quelques congés mi février, j’ai l’impression que c’était il y a six ou neuf mois. On a l’impression qu’on est dans une autre vie et on voit aussi au quotidien que le temps se suspend. Je pense notamment aux problèmes capillaires de mes collègues masculins. Beaucoup tentent des expériences tout seuls et ce n’est pas forcément une réussite ! Même si certains se découvrent de nouveaux talents. 

On navigue à vue avec ce coronavirus.Valentine, urgentisteà franceinfo

On ne sait pas trop comment ça va évoluer, combien de temps on va maintenir les organisations telles quelles. On voit à court terme, avec des plannings à la semaine, et pas au-delà de 7 jours pour les lignes de garde. Comme tous, on ne sait pas combien de temps le confinement va durer, ni la pandémie persister .

JOUR 14 : « Effets du confinement »

Au Samu, cette semaine, en dehors des transports sanitaires en train qui sont maintenant très bien orchestrés et ont permis de libérer beaucoup de lits dans les réanimation parisiennes récemment, il ya eu moins de transports secondaires, c’est à dire de patients entre deux hôpitaux. On a l’impression que l’activité covid se calme un peu. C’est le cas en régulation aussi. Les pathologies habituelles commencent à se retrouver en pré-hospitalier. On reste quand même sur le qui-vive ! Car on pense toujours à une 2e vague, et aussi car les effets du confinement se font sentir.

Dans les dernières grosses urgences traumatologiques qu’on a eu cette semaine, il y a malheureusement des défenestrations, chez des patients jeunes parfois.Valentine, urgentisteà franceinfo

Entre l’impact psychologique du virus et celui du confinement, les psychiatres et psychologues ont déjà, et vont encore sûrement, avoir beaucoup de travail dans les semaines à venir.

>> Retrouvez ici la première semaine du journal de crise de Valentine  : « C’est une routine effroyable, on ne voit que des patients graves »

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Maria Rodriguez
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