Le professeur Moustapha Kassé analyse l’Afrique face aux USA et à la Chine, “le donjon et le dragon”

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La doctorante Émilie Boutet répond à des questions fréquentes sur le coronavirus

Dans un récent entretien avec la télévision chinoise CGTN, le professeur Moustapha Kassé, doyen honoraire de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, Membre des Académies de Sciences et Techniques et Commandeur de l’Ordre National, Commandeur de l’ordre du Mérite universitaire, a comparé l’attitude de l’Amérique et de la Chine à celle du donjon et du dragon.

“Donald Trump s’emploie à ériger des murs douaniers pour défendre l’économie américaine face au dragon chinois. Cela en réalité n’empêche pas le déficit commercial de son pays de se creuser (419 milliards de dollars). Ceux qui disent qu’il faut investir en Afrique pour freiner l’immigration ne sont pas ceux qui le font. Tandis qu’ils s’enferment dans leur donjon, c’est le dragon chinois qui met la main au portefeuille.», répond le professeur Kassé au journaliste Koceila Bouhanik de la CGTN.

Quelles sont les prévisions économiques pour le monde – en particulier pour l’Afrique et la Chine – alors que la pandémie du COVID-19 se poursuit?

La crise sanitaire du covid-19 a produit sur l’ensemble de l’économie mondiale l’effet d’une véritable bombe à neutron en affectant négativement tous les systèmes productifs économiques, financiers, technologiques et sociaux. Les secteurs les plus durement impactés sont ceux qui sont les plus exposés à la mondialisation : la production des biens et services, les matières premières les plus stratégiques comme le pétrole, les transports aériens, routiers et maritimes, le sous-secteur touristique et restauration et les arts et la culture.

Au plan macroéconomique, toutes les économies connaissent des décroissances de leur PIB qui est de l’ordre de 3% au niveau mondial et de plus de 4% pour l’Afrique entraînant une dégradation des indicateurs comme le déficit des finances publiques, l’inflation, le taux de chômage et de pauvreté en somme toutes les précarités sociales. Les ressources financières de relance sont gigantesques : 1500 milliards d’euros pour l’Europe, 2500 milliards de dollars pour les États-Unis et les besoins pour l’Afrique s’élèvent à 150 milliards de dollars. Les sociétés sont complétement déstructurées suite aux confinements qui ont drastiquement réduit la mobilité des hommes, des biens, et des capitaux. Les élites politiques, administratives et intellectuelles fustigent les conséquences désastreuses de cette pandémie et dénoncent de manière à peine voilée les politiques néolibérales et basculent dans un nouvel univers idéologique. Si nous redémarrons l’économie comme avant, on n’aura tiré aucune leçon de la crise. Le contexte de la crise sanitaire a révélé la Chine, comme un acteur majeur de la mondialisation avec 25% du PIB mondial, 30% de la production industrielle, une grande part sur toutes les chaines d’approvisionnement et sur les marchés de produits de base.

Ce poids en avait fait la locomotive de la croissance mondiale et l’architecte de l’embellie des matières premières qui a permis les taux de croissance élevés de plusieurs pays africains post financière de 2008/2009. Comme premier pays affecté par le nouveau coronavirus, la Chine a montré, au reste du monde, le modèle de gestion de cette pandémie qui a ravagé plusieurs pays du Nord, Etats-Unis en tête. L’hebdomadaire ultra libéral, The Economist, reconnait que cette pandémie va “affaiblir la reprise, rendre l’économie plus vulnérable et favoriser la propagation de l’instabilité politique”. Il conclut de manière péremptoire mais contestable : “Dites au revoir à la mondialisation et craignez ce qui va la remplacer.” Ce qui est inexact, c’est qu’à l’analyse, la solution à cette crise ne peut être qu’internationale.

De plus, depuis plus de 20 ans, le prix Nobel d’Economie Paul Krugman a montré que la mondialisation n’est pas coupable, de la foudroyante rapidité de l’extension du virus, de l’impuissance des États à en arrêter la progression, de l’incapacité des politiques néolibérales à produire des infrastructures de santé publique et des équipements médicaux adéquats et en quantité suffisante.

La Chine a réussi à maîtriser la pandémie grâce à la qualité de son régime politique conduit par un Parti unique fort, un Etat bienveillant et un leadership transformationnel. Cette bienveillance institutionnelle s’est traduite par la fourniture aux Etats du monde des kits médicaux, du personnel de haut niveau et des appuis financiers pour faire face à la crise. C’est le cas de la fondation Jack MA dont l’intervention a été déterminante en Afrique. De plus, au moment où les multinationales pharmaceutiques engagent déjà une guerre féroce pour capter le marché mondial d’un vaccin (plus de 7 milliards), le Président Xi Jinping déclare aux assises de l’OMS: «nous devons travailler ensemble pour aider les pays en développement ayant un système de santé publique fragile à renforcer leurs capacités de réaction». Il ajoute « qu’en cas de découverte d’un vaccin en Chine, ce produit sera considéré comme un bien public international». Il apparait manifestement un basculement de la richesse industrielle, financière et technologique mondiale vers la Chine et l’Asie qui sont les puissances d’aujourd’hui et le seront davantage demain. Les projections les plus imparables montrent que d’ici 2050, plus de la moitié de la production mondiale se fera en Asie et plus de la moitié des biens échangés iront vers cette même région. (Mon ouvrage sur L’Industrialisation africaine, Edit. L’Harmattan 2013). En atteste, la « Ceinture économique de la Route de la Soie » qui parcoure 12.000 kms pour relier la Chine, l’Asie et l’Europe avec un investissement simplement abyssal.

Comment la Chine peut-elle continuer à élargir son ouverture et à soutenir le processus de mondialisation?

Cette question est d’actualité, toutes les élites se la posent dans l’optique de la quête d’un modèle alternatif au néolibéralisme globalisé et déréglementé pour gérer une économie efficace et bien intégrée aux logiques intrinsèques de la société industrielle. Sous ce rapport, l’expérience chinoise est très instructive. A l’échelle mondiale, la Chine travaille à sa puissance et occupe un espace de plus en plus important. Avec 20 % de la population mondiale, elle souhaite disposer de plus de 20 % des ressources bancaires, satellitaires, énergétiques, etc. et s’inscrire parmi le peloton de tête dans l’aventure du 21ème siècle. Elle s’appuie sur les innovations, les hautes technologies et la recherche développement. D’ici 2050, après avoir sorti plus de 600 millions d’individus de la pauvreté en l’intervalle d’une génération, elle veut passer à 40 % de ruraux et pour cela, il faut au moins envoyer 270 millions de personnes dans des villes ou les banlieues. Le Plan pour 2050 déjà publié projette le pays à la première place dans le grand jeu mondial que se livrent les puissances.

Les dirigeants chinois conscients que la technologie, les innovations et l’intelligence artificielle sont les moteurs des rapports économiques, la condition désormais première de richesse et de puissance, ont lancé en mars 2015, l’ambitieux Plan décennal «Made in China 2025». Rappelons que la structure sectorielle du PIB en 2018 est : 7% pour secteur primaire, 41% pour secteur secondaire et 52% tertiaire. Elaboré par le ministère de l’industrie et de la technologie de l’information (MIIT), l’Académie chinoise d’ingénierie et en somme une bonne centaine d’experts, d’académiciens, de techniciens compétents et innovants. Le Plan repose sur (5) principes directeurs : (i) l’innovation, (ii) la qualité (plutôt que la quantité), (iii) le développement vert de la production, (iv) l’optimisation de la structure industrielle et (v) le développement des talents humains.

Le Plan 2025 construit les avantages stratégiques liés aux (4) révolutions technologies de demain qui vont modifier les systèmes productifs et les perspectives de la croissance et de l’emploi, entrainer une explosion des activités économiques, recomposer les territoires industriels et interconnecter tous les marchés de la planète. Il s’agit (i) de la révolution numérique qui se passe dans notre ordinateur (la Chine détient le record de la capacité de calcul avec cette machine capable d’effectuer 33 millions de milliards d’opérations à la seconde ; (ii) de la révolution biologique et les découvertes sur la génétique ; (iii) de la révolution énergétique avec le renouvelable mais aussi la fusion et (iv) de la révolution de l’espace. C’est pourquoi le Plan 2025 réoriente l’économie vers une montée en gamme technologique dans 10 domaines clefs qui feront passer la Chine du statut «d’atelier du monde» à celui de «bureau d’ingénierie industrielle mondiale» : 1°) la robotique, 2°) la technologie de l’information, 3°) l’aviation et espace 4°) l’équipements maritimes high-tech, 5°) les transports ferroviaires et autres, 6°) les véhicules propres, 7°) les équipements énergétiques, 8°) les équipements agricoles, 9°) les nouveaux matériaux et 10°) la pharmacie et médecine.

En définitive, la réussite du Plan 2025 appelle (i) la mobilisation d’investissements massifs qui sont évalués à plus de 2000 milliards de dollars ; (ii) la réalisation d’investissements substantiels dans la R&D dont le ratio par rapport au PIB est de 2,1% du PIB cela a permis à la Chine d’être à la tête des demandes de brevets au niveau de l’OMPI avec 43,6% des demandes totales, devant les États-Unis (19,2%) et le Japon (10,1%) ; et (iii) la mobilisation de toutes les entreprises, les PME/PMI ainsi que les majors et les champions nationaux comme le géant chinois de l’électricité State Grid, la compagnie de construction China Road and Bridge Corporation (CRBC) qui a réalisé 600 ouvrages en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, China Harbour Engineering Co Ltd, la CRBC. Un internaute a déclaré que: « Dieu créa la terre et tout le reste est « made in China ». Cette boutade a suffi au «Council on Foreign Relations» de relever, dès la fin mars 2018, que «ce plan 2025 est la vraie menace existentielle au leadership technologique américain». Dans le même sens, le locataire de la maison blanche avait envoyé des tweets pour s’exprimer sur le sujet : «J’ai dit : China 25 est très insultant parce que China 25 signifie qu’en 2025 ils vont dominer économiquement le monde. J’ai dit : cela n’arrivera pas». Au total, tout semble indiquer, que la domination absolue de l’Occident, européen puis américain, n’aura duré que trois siècles (le 17ème, le 19ème et le 20ème). C’est la colonisation et la révolution industrielle qui leur avait permis une égémonie dominatrice sur toutes les relations internationales qu’elles soient militaires, politiques, économiques, financières et technologiques. Aujourd’hui, l’Europe berceau de cette révolution du 19ème siècle, s’est progressivement fait rattraper puis distancer par d’autres zones géographiques : hier par l’Amérique du Nord et aujourd’hui par l’Asie, la Chine en tête.

Quelle est votre vision de la coopération sino-africaine en général, et concernant la lutte contre le COVID-19 en particulier?

Comme souligné plus haut, la Revue Economiques (Donjon et Dragon), écrit ce qui répond bien à votre question : «ceux qui disent qu’il faut investir en Afrique pour freiner l’immigration ne sont pas ceux qui le font. Tandis qu’ils s’enferment dans leur donjon, c’est le dragon chinois qui met la main au portefeuille». Au-delà des analyses péjoratives et des leurres, la Chine est une grande opportunité pour les pays africains. La présence chinoise a ramené les investissements occidentaux en Afrique et repositionner l’Inde dans les perspectives économiques et financières du continent (J.J.BOILLOT : Chindiafrique, Odile Jacob).

Manifestement, (4) quatre composantes décisives charpentent les relations sino- africaines : (i) la Chine est le premier partenaire de l’Afrique dans le domaine des échanges de biens et services, de capitaux et de transfert de technologie pour un niveau appréciable ; (ii) plus de10 000 entreprises interviennent dans beaucoup de secteurs, ce qui représente un important potentiel de création de richesses et d’emplois ; (iii) une contribution de taille dans la formation des ressources humaines africaines (capital social) avec un volume d’étudiants d’environ 81.562. Egalement, la Chine est la deuxième destination d’apprentissage derrière la France avec un effectif de 158.000 en 2017/2018 ; (iv) en termes de soft-power, le continent abrite 54 Instituts CONFICIUS entièrement financés par la Chine (contre 64 Centres culturels français).

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La Chine et le premier fournisseur de l’Afrique, l’Inde son premier client.

La coopération sino-africaine a été tracée avec rigueur et sincérité par le Président XI Jinpingà l’occasion du Forum de Beijing (FCSA 2018). Il décline, avec une remarquable clarté et précision qui sont la marque des dirigeants chinois, les 4 (quatre) lignes directrices de cette coopération: 1°) Dans la coopération, la Chine est attachée aux principes de sincérité, d’amitié et d’égalité. Les plus de 1,3 milliard de Chinois se sont toujours montrés solidaires et fraternels avec les plus de 1,2 milliard d’Africains. Nous poursuivons toujours la pratique des “cinq non” dans nos relations avec l’Afrique, à savoir : (i) ne pas s’ingérer dans la recherche par les pays africains d’une voie de développement adaptée à leurs conditions nationales, (ii) ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures africaines, (iii) ne pas imposer notre volonté à l’Afrique, (iv) ne pas assortir nos aides à l’Afrique de condition politique quelconque, et (v) ne pas poursuivre des intérêts politiques égoïstes dans notre coopération en matière d’investissement et de financement avec l’Afrique.

2°) Dans la coopération, la Chine est attachée aux principes d’intérêts communs et de primauté de l’amitié. Elle est convaincue que la coopération sino- africaine passe par la valorisation des atouts respectifs des deux parties et l’association étroite du développement de la Chine à sa contribution au développement de l’Afrique pour réaliser le gagnant-gagnant et le développement partagé.

3°) Dans la coopération, la Chine est attachée aux principes de pragmatisme, d’efficacité et de développement pour le peuple. Elle place au-dessus de tout les intérêts des peuples chinois et africains et veille à faire progresser et fructifier la coopération dans l’intérêt du bien-être et au bénéfice des peuples chinois et africains.

4°) Dans la coopération, la Chine est attachée aux principes d’ouverture et d’inclusivité. Elle est toujours d’avis que l’instauration d’une paix et d’une stabilité durables en Afrique et la réalisation du développement et du renouveau africains constituent non seulement une aspiration des peuples africains, mais aussi une responsabilité de la communauté internationale.

Le président Xi Jinping considère que «la nation chinoise a connu d’innombrables vicissitudes dans son histoire, mais elle ne s’est jamais laissée abattre. Bien au contraire, elle s’est toujours relevée, plus forte et plus vaillante. C’est dans les épreuves qu’elle a grandi et qu’elle s’est construite». Les premières paroles de l’hymne national, confortent bel et bien, ces propos du Président : «Debout ! Nous qui refusons d’être esclaves». Cette coopération Chine-Afrique mobilise, aujourd’hui, beaucoup de médias mainstream occidentaux dans de vastes opérations de stigmatisation et d’intoxication où les contrevérités et les mensonges sont légion. Dans ce sens, on peut citer au moins (3) manipulations de cette littérature anesthésiante et totalement loufoques: la première est une stigmatisation ridicule de la Chine. Quand la Chine achète des matières premières, on dit qu’elle pille l’Afrique. Quand c’est une multinationale occidentale qui exploite les mêmes produits de base on dit qu’elle aide l’Afrique à se développer ; La seconde est relative au prétendu «piège de la dette chinoise». Cette dette selon l’Université John Hopkins était de 114,4 milliards de dollars entre 2000 et 2016 et représentait 18% de la dette totale. On continue de dire que la Chine étouffe les pays. La Chine est largement en tête des donateurs, la première source de financement extérieur des énormes besoins africains en infrastructures physiques et numériques. Les prêts sont alloués pour développer les infrastructures, la construction de gazoducs, d’oléoducs, des lignes ferroviaires et maritimes, des ports, des aéroports etc. Par exemple, elle est partie prenante de 40 ports. Le Rapport 2018 de la BAD observait que l’Afrique doit investir entre 130 et 170 milliards pour accroitre son PIB de 4,1%.

Au concret, la Chine est prête, révèlera le président Xi Jinping; «à fournir un soutien de 60 milliards de dollars américains à l’Afrique sous diverses formes comme des aides gouvernementales, investissements et financements par des entreprises et institutions financières. Cela comprend 15 milliards de dollars au total d’aides sans contrepartie, de prêts sans intérêt et de crédits préférentiels, une ligne de crédit de 20 milliards de dollars, le soutien à la création d’un fonds spécial de 10 milliards de dollars pour le financement du développement et d’un fonds spécial de 5 milliards de dollars pour le financement des importations en provenance de l’Afrique, et l’encouragement des entreprises chinoises à investir au moins 10 milliards de dollars en Afrique dans les trois ans à venir.

Dans le même temps, la Chine annulera, en faveur des PMA, des pays pauvres très endettés (PPTE), des pays en développement sans littoral (PDSL) et des petits États insulaires en développement (PIED) de l’Afrique qui ont des relations diplomatiques avec la Chine, leurs dettes non remboursées liées aux prêts intergouvernementaux sans intérêt arrivant à échéance fin 2018 ». Récemment le Président Emmanuel Macron s’est épanché dans les médias pour déclarer que la France et l’Europe vont annuler massivement les dettes qu’elles ont sur l’Afrique. Mais cela ne concerne qu’une petite partie du fardeau. Car aujourd’hui, la dette privée représente une part importante du total. Les pays africains ayant levé ces dernières années beaucoup de fonds sous forme d’eurobonds, par exemple. Or cette dette privée, souvent morcelée, est assez difficile à annuler. C’est pourquoi, Guy Kastler estime que Monsieur le Président faisait preuve de générosité avec l’argent des autres.

La troisième concerne l’unique base militaire de Djibouti, présentée comme une volonté chinoise de contrôler cet espace maritime. On tente de camoufler d’abord, les quatre (4) autres bases étrangères installées par les occidentaux dans la même aire et ensuite, on reste totalement silencieux sur l’endiguement militaire de la Chine par une chaine de bases étrangères dans son espace régional. En définitive, dans le cadre d’une coopération élargie avec la Chine et d’autres partenaires, l’Afrique dispose de sérieux atouts et un espace pertinent qui devrait permettre aux Etats de mener des politiques économiques, sociales et industrielles efficaces. Dans le cadre de son intégration, l’Afrique devrait exploiter les programmes intégrateurs d’infrastructures créatrices d’externalités positives pour les économies nationales. Elle ne peut arriver sans des structures institutionnelles solides de commandement et de leadership avéré. Toutes ces questions de développement inclusif, dont les difficultés sont nombreuses et complexes ne peuvent être résolues que par un Etat stratège fort et soucieux du développement à long terme et qui s’adosse sur un patriotisme économique réfléchi soutenu par un secteur privé dynamique, innovant et engagé.

2020 marque le 20e anniversaire du prochain forum. Qu’est-ce que ce forum apporte concrètement à la coopération sino-Afrique et quel est son poids sur la scène internationale? Macky Sall, le président sénégalais, co-préside, le forum, qui pourrait être organisé à Dakar l’année prochaine. Qu’est-ce que ce forum apporte concrètement à la coopération sino-Afrique et quel est son poids sur la scène internationale?

La pandémie de coronavirus pourrait plonger l’Afrique subsaharienne dans la récession en 2020/21 et peut être au-delà. C’est une première en un un quart de siècle, avertit la Banque mondiale, qui a aussi mis en garde contre un risque de “crise alimentaire si la pandémie se prolonge”. Invariablement, le Président Xi Jinping dans tous ses discours au niveau des instances internationales précise les deux visions qui portent la politique de la Chine: d’abord, la volonté de création d’une véritable communauté de destin partagé pour l’humanité et ensuite, l’engagement en faveur d’une réforme de la gouvernance mondiale.

La première vision est basée sur une analyse sérieuse et une interrogation relativement à ce que veulent réellement les dirigeants de la Chine, ce qu’ils en disent et non les supputations, rodomontades et autres insinuations que certains médias occidentaux leur prêtent. Historiquement, la Chine a connu une colonisation longue, dure et humiliante sur plusieurs siècles. Le pays a reçu beaucoup de gifles dans le passé, lointain et récent comme le note Pierre Gentelle (Café Rey de nov. 2005) : les dirigeants veulent aujourd’hui se donner les moyens de n’en plus recevoir et ont décidé de «se battre» pour gagner le respect de ceux qui, autrefois, les ont giflés. Pour ce faire, il faut construire un pays qui ne puisse plus jamais être dominé. Ils estiment qu’il leur faudra cent ans (Horizon 2050 qui correspond au centenaire du Parti et au- delà) pour y parvenir, car le différentiel de puissance entre les Etats-Unis et les pays pauvres est, pour l’instant, inébranlable».

Par ailleurs, en ayant une parfaite lecture de la mondialisation, les dirigeants chinois sont persuadés que les rapports mondiaux ne sont que des rapports de force, en conséquence, ils élaborent une stratégie rigoureuse et planifiée d’un développement pacifique par les réformes et l’ouverture mais dans la stabilité d’où l’oxymore qu’on leur prête : «la paix pour vaincre sans combattre». Pour bâtir cette communauté de destin, huit nouvelles initiatives, détaillées, adossées à des mécanismes d’investissement, d’infrastructures, de nouvelles institutions, de promotion des PME, d’économie verte de développement de l’export vers la Chine, de renforcement des capacités, de bourses d’études et de recherche et d’échanges culturels ont été lancées. Elles s’articulent comme suit :

1-Initiative pour la promotion industrielle,

2-Initiative pour l’interconnexion des infrastructures,

3-Initiative pour la facilitation du commerce,

4-Initiative pour le développement vert,

5-Initiative pour le renforcement des capacités,

6-Initiative pour la santé,

7- Initiative pour les échanges humains et culturels,

8-Initiative pour la paix et la sécurité.

Pour sa part, le président Macky Sall note que «le parcours du peuple chinois est un message d’espoir pour dire que le sous-développement n’est pas une fatalité et que la bataille pour le progrès se gagne par un état d’esprit combatif». Il considère positivement que la coopération avec la Chine représente à ce jour une quarantaine de projets et programmes et depuis 2005, les financements accordés par la Chine au Sénégal s’élèvent à plus de 1206 milliards et sur ce montant, 963 milliards ont été mobilisés entre 2012 et 2018 ». De son côté, XI Jinping a émis un message d’optimisme à l’égard de l’Afrique : «J’ai le vif sentiment que ce continent recèle un énorme potentiel de développement et qu’il est promis à un avenir radieux. » a-t-il assuré »

La deuxième vision du Président XI Jinping, assez reliée à la première, concerne l’exigence à la fois fondée et pertinente d’appeler la réforme de la gouvernance mondiale (notre ouvrage avec Ben Hammouda : La réforme des institutions internationales : les réponses africaines, Karthala).

Paradoxalement, le système mondial actuel fonctionne comme si un directoire occidental doit à lui seul en assurer la pleine gérance en écartant les acteurs sociaux et les forces vives des sociétés et en tuant à petit feu le multilatéralisme. Cette gestion unilatérale du monde doit s’arrêter. Selon B.BADIE (Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales) pareille gouvernance exclut tous les acteurs sociaux qui font l’histoire. Cet auteur relève un extrême paradoxe dans son dernier ouvrage: «quand le Sud réinvente le monde», à savoir que dans le système mondial les événements majeurs se passent hors du G7, des autres G et instances de la gouvernance mondiale. Les 173 Etats de notre humanité qui concentrent environ 100% des souffrances, 95% de la conflictualité, 90% des pathologies mondiales sont exclus des instances de décisions internationales. Au demeurant, la Chine veut changer de catégorie et faire partie de ceux qui mènent le monde, à leur côté plutôt que contre eux : c’est la logique du gagnant-gagnant et cela lui paraît plus efficace. Les dirigeants chinois ont parfaitement compris que «l’Hégémonie coûte chère et ne rapporte rien». Les preuves ne manquent pas notamment les échecs lamentables des multiples interventions militaires américaines et européennes partout dans le monde (Vietnam, Cuba, Corée, Irak, Afghanistan, Lybie, etc.) ; elles ont entrainé des coûts financiers et humains exorbitants même si, certains géo politologues arguent que ces guerres n’ont pas été financées par l’argent de leurs contribuables. La Chine a une claire conscience de son rôle comme créateur et acteur de la mondialisation, toutefois, elle n’est ni hégémonique, ni universaliste, de plus, ni prisonnière d’aucune vision messianique pour imposer son modèle, en atteste la logique du gagnant-gagnant (win-win) dans laquelle personne ne perd. Un membre du gouvernement chinois déclarait «Nous avons décidé, dans tous les domaines, d’arriver à l’excellence. Nous mettrons le temps qu’il faudra. Mais, si nous voulons être excellents partout, nous ne voulons nullement humilier les autres». On sait maintenant que la volonté hégémonique sur le monde est consubstantielle aux civilisations occidentales. Mah Bubani (Has China won) établit que la Chine, première puissance du 21ème siècle, aspire un statut dans la gouvernance mondiale en projetant les mobiles économiques devant toutes autres considérations politiques ou idéologiques. Dans cette direction, un membre du gouvernement chinois a déclaré.

Propos conclusif de deux remarques, d’un grand universitaire chinois qui débusque les ratiocinations et autres arguties (géopolitiques) infondées mille fois relevées dans les intoxications de la presse occidentale surtout française: la première présente la Chine comme une dictature : «vous, Occidentaux, ne comprenez rien à la Chine», déclare Pan WEI professeur de sciences politiques à l’université de Pékin, formé à Berkeley, aux Etats-Unis, est héraut d’une Chine fière de sa puissance retrouvée, qui entend inventer un nouveau système politique. «Mettre en opposition la démocratie et l’autocratie relève d’un obscurantisme politique qui s’est développé après la guerre froide, et surtout après l’éclatement de l’Empire soviétique. Beaucoup de Chinois rejettent cette dichotomie et estiment qu’elle sert surtout à alimenter une croisade contre notre pays. La Chine actuelle ne correspond pas à l’image simpliste d’une autocratie : c’est une méritocratie. Chacun doit grimper l’échelle sociale et politique et faire la preuve de sa valeur. Le droit de vote n’est pas un droit universel, nous avons d’autres méthodes pour sélectionner nos dirigeants. Ce n’est pas une démocratie, mais pas non plus une autocratie au sens occidental.»

La seconde beugle sur les fameux droits de l’homme : «C’est un concept développé en Occident, mais vous ne comprenez rien à la Chine. Les droits de l’homme sont toujours interprétés dans un sens politique. Mais où les vies humaines sont-elles le plus respectées? Les Etats-Unis tuent tous les jours en Irak, le discours des droits de l’homme est une hypocrisie intolérable pour les Chinois. Ici, on réduit la pauvreté, on garantit le progrès à un cinquième de l’Humanité. Le droit à la vie, le droit à l’éducation, c’est cela le plus important. La liberté d’expression n’est plus un problème, tous les ans je parle de Tiananmen. Mais un journaliste étranger n’a-t-il jamais assisté à mes cours? Les deux seules choses qui vous importent sont Tiananmen et le Tibet. C’est toujours la même litanie dans les journaux occidentaux ». du mardi 8 juillet 2008).


Source: CGTN. Dakar le 29 Mai 2020 à 12 h30 en visioconférence Dans la salle informatique de l’ISF.

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Source officielle de cet article : Financialafrik.com

Marino Stozza
Marino Stozza
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