le professeur Raoult dit-il vrai en affirmant que la mortalité à Paris est « plus de cinq fois supérieure à celle de Marseille » ?

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le professeur Raoult dit-il vrai en affirmant que la mortalité à Paris est "plus de cinq fois supérieure à celle de Marseille" ?

Dans son bulletin d’information du 19 mai, le professeur Didier Raoultpointe des problèmes de gestion de l’épidémie dans la capitale, où la mortalité a été bien plus importante qu’à Marseille, où il exerce.Si les chiffres avancés sont corrects, deux épidémiologistes interrogés par franceinfo estiment que les interpétations qu’en fait l’infectiologue sont pour le moins hâtive.

Non, il ne partira pas exercer en Chine et entend bien continuer à peser dans le débat en France. Aprèsavoir fait l’objet d’une « fake news »à propos d’un prétendu exil professionnel en Asieet après avoir vu Donald Trump adopter le fameux traitement à l’hydroxychloroquinedont il vante les mérites, le professeur Didier Raoult continued’occuper l’espace médiatique. Dansun bulletin vidéo d’information diffusé mardi 19 mai, le directeur de l‘Institut hospitalo-universitaire (IHU) en maladies infectieuses de Marseille compare les courbesde l’évolution de l’épidémiede coronavirus à Paris et à Marseille.

Dans cet extrait, l’infectiologue déclare :« La mortalité de Paris est plus de cinq fois supérieure à celle de Marseille, c’est-à-dire que quand une personne mourait à Marseille, il en mourait un peu plus de cinq à Paris. »Didier Raoult poursuit : « Et on voit que ce n’est pas parce que les gens étaient plus âgés, parce qu’il y a des jeunes qui sont morts en Ile-de-France. Donc il y a une grande différence dans la prise en charge, ce qui doit amener à se poser des questions très sérieuses sur la gestion de l’épidémie dans cette partie de la France. »Des affirmations que franceinfo avoulu vérifier.

Premier point important pour juger de la véracité des propos du professeur Raoult : les données utilisées. Celles relatives à la mortalité, accessibles sur Santé publique France,nesontpas lisibles par commune mais uniquement par département.Si on a donc connaissancedu nombre de morts par million d’habitants pour Paris (759) – qui est également un département – ce n’est pas le cas pour Marseille (Didier Raoult évalue ce chiffre « aux alentours de 140 »,expliquantavoir croisé les chiffres des hôpitaux avec ceux de l’ARS). Il n’est donc pas possible de comparer des données précises entre les deux villes, mais uniquement entre la capitale et les Bouches-du-Rhône, dont Marseille est la préfecture.

Les données départementales accessibles sont cependant claires: il y a bien eu trois à neuf fois plus de décès associés au Covid-19 dans les hôpitaux parisiens que dans ceux dudépartement du Sud-Est sur l’essentiel de la période allant de mi-marsà mi-mai. Et au total, il y a eu 3,3 fois plus de morts du Covid-19dans la capitale que dans les Bouches-du-Rhône, comme le montre ce graphique ci-dessous qui compare le nombre de décès dans ces départementsqui comptent à peu près le même nombre d’habitants.

Autre indicateur à avoir en tête : les données d’âge, uniquement disponibles par région sur Santé publique France.Là encore, impossible de comparer précisément entre les deux grandes villes.Le nombre depatients décédés à un « jeune âge », c’est-à-dire en dessous de 60 ans, est cependantbien plus élevé en Ile-de-France qu’en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les constats chiffrés avancés par le professeur Didier Raoult sont donc justes mais concernent la région, difficile de conclure pour la seule ville de Marseille.

Concernant« la prise en charge » des patients, que Didier Raoult estime moins efficace à Paris,c’est une conclusion que l’épidémiologiste Catherine Hill juge hâtive. Cette médecin qui exerce au centre Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) estime que« la dynamique de l’épidémien’a pas été la même dans toutes les régions deFrance. Elle est arrivée plus tardivement à Marseille », poursuit la chercheuse.Ce que confirment ces cartes animéesde l’évolution de l’épidémie sur le territoire français.

« Cette comparaison n’a pas de sens, assène Catherine Hill. On ne peut pas comparer des régions de France où le virus a beaucoup circulé et d’autres où le virus a peu circulé. »Selon la chercheuse, la mise en place du confinement a ainsi permis de juguler à temps l’épidémie en Paca.

Autreparamètrenon négligeable:les lieux d’hospitalisation et de résidence des patients. Les hôpitaux parisiens n’ont, par exemple, pas uniquement accueilli des habitants de la capitale. « Beaucoup de Franciliens se rendent dans les hôpitaux parisiens. La mortalité à Paris n’est pas forcément celle des gens qui habitent Paris »,expliquel’épidémiologiste. En reportant les décès au niveau régional, on obtient toutefois un taux de décèsqui reste plus important en Ile-de-France : 56 décès pour 100 000 habitants, contre 17 pour 100 000 en Paca.

Pour Emmanuel Rusch, président de la Société française de santé publique (SFSP),la chronologie de l’épidémie a également entraîné « une saturation » différenciée desservices de réanimation, particulièrement importante « en Ile-de-France et dans le Grand-Est, des régions qu’on peut comparer, ou en tout cas mettre en parallèle ».Une situation que résume la carte tricolore du ministère de la Santé présentée le 7 mai (la dernière en date).

Carte tricolore du ministère des Solidarités et de la Santé présentant la tension hospitalière sur les capacités de réanimation par département. (MINISTÈRE DES SOLIDARITÉS ET DE LA SANTÉ)

« J’aurais tendance à dire que la situation de l’Ile-de-France est très particulière. »L’épidémiologiste pointe notamment du doigt la forte« densité de population » de la capitale:20781 habitants au km2, soit près de six fois plus qu’à Marseille (3583 hab/km2), selon les données de l’Insee. De quoi accroître, en théorie, la circulation du virus.« C’est aussi un lieu de transit », renchérit l’épidémiologiste.

Quantaux jeunespatients décédés en plus grand nombre dans les hôpitaux parisiens des suites du Covid-19 – signe d’unemoins bonne qualité de prise en charge selon Didier Raoult –, Emmanuel Rusch semontreplus nuancé : « On est sur des petits effectifs, je ne suis pas sûr qu’on puisse en tirer des analyses statistiques très robustes. Ilfaudrait voir aussi les comorbidités qui touchent ces jeunes, ajoute l’épidémiologiste, il n’y a pas que l’âge qui intervient dans le critère de fragilité. »

Il est trop tôt pour avoir l’ensemble des éléments d’explication qui permettent de discuter les raisons de ces différences de mortalité.Emmanuel Rusch, président de la président de la Société française de santé publiqueà franceinfo

L’épidémiologiste alerte sur le fait qu’il est impossible de pouvoir réussir à distinguer une seule raison la prise en charge des patients,selon le Dr Didier Raoult– qui expliquerait les écarts de mortalité : « C’est se tromper. C’est une conjonction d’éléments que nous n’avons pas à ce jour. »

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Source : France Info

Maria Rodriguez
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