le témoignage du fils d’une victime du Covid-19

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À presque 90 ans, la mère de Bruno Lefèvre a été emportée par le coronavirus, comme des milliers d’autres personnes âgées depuis le début de l’épidémie de coronavirus en France. Mais le funérarium qu’avait choisi son fils affichait complet. Avant son inhumation, le corps de sa mère a donc été transféré à la morgue provisoire installée au marché de Rungis pour faire face au grand nombre de décès en Ile-de-France.

Bruno Lefèvre est allé se recueillir ce lundi une dernière fois sur son cercueil, conservé dans l’entrepôt réquisitionné pour accueillir les dépouilles des morts du Covid-19. Après avoir témoigné sur le plateau de BFMTV, il a accepté qu’une de nos équipes l’accompagne.

« Pour moi, ce n’est pas un endroit où j’aurais pensé, un jour, dire au revoir à ma maman, confie-t-il, très ému. Je voulais pas lui dire au revoir à Rungis. »

« C’est pas vraiment un endroit pour dire au revoir »

Dans l’entrepôt, 14 tentes blanches, toutes identiques, ont été dressées dans l’urgence pour accueillir les familles et proches des victimes, comme le montrent des images captéeq par Bruno Lefèvre. Une épreuve pour cet homme, qui n’aurait jamais pensé se recueillir dans de telles circonstances.

« C’est difficile d’être sous une tente en plastique pour dire au revoir à la personne que vous avez aimé le plus au monde. Vous ne pouvez pas, c’est pas possible. Vous avez pas envie d’y rester, c’est pas vraiment un endroit pour dire au revoir », déplore-t-il sur le chemin du retour, après être resté une trentaine de minutes auprès du cercueil de sa maman

Une situation d’autant plus difficile que de nombreuses familles de défunts dont les corps ont été stockés à Rungis ont dénoncé, depuis le début de l’épidémie, les prix opérés par l’entreprise privée en charge de la gestion de cette morgue provisoire.

Invité de BFMTV il y a quelques jours, Bruno Lefèvre s’était lui-même outré des coûts pratiqués – 159 euros pour six jours dans le funérarium, 105 euros pour une courte « cérémonie » – ainsi que du comportement des agents funéraires avec lesquels il s’était entretenu.

« On m’a appris que ça ne serait pas une heure (de recueillement, NDLR) mais vingt minutes facturées une heure », avait-il raconté. « Et pas plus, c’est comme ça » avant de raccrocher, « sans aucune humanité », avait déploré sur notre antenne le fils de la victime.

Les témoignages de Bruno Lefèvre et d’autres personnes dans sa situation a créé la polémique. Jeudi dernier, le ministère de l’Intérieur a ainsi fait savoir par un communiqué que « compte tenu de la situation sanitaire exceptionnelle actuelle, et afin que les familles des défunts d’Île-de-France accueillis au dépositoire de Rungis n’en supportent pas financièrement les conséquences, la puissance publique prendra en charge les frais supplémentaires occasionnés pour elles par des délais d’inhumation ou de crémation anormalement longs ».

Quant à Bruno Lefèvre, il a pu terminer son recueillement en suivant le cercueil de sa mère jusqu’au cimetière. En raison des circonstances sanitaires, aucun cérémonie n’a cependant pu se tenir. Le fils de la défunte a donc donné rendez-vous à toute sa famille en juillet prochain.

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Marino Stozza
Marino Stozza
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