l’édition 2020 annulée, découvrez 25 ans de films prestigieux passés à côté du palmarès (2)

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l'édition 2020 annulée, découvrez 25 ans de films prestigieux passés à côté du palmarès (2)

Personne sur le tapis rouge cette année. Pour suppléer à ce rendez-vous annuel, voici une deuxième sélection d’œuvres majeures reparties sans lauriers.

Le Festival de Cannes 2020 connaîtra cette année une forme « allégée », sans projections, ni tapis rouge ou paillettes. Une sélection officielle sera toutefois annoncée en juin. Aujourd’hui nous devrions être à Cannes, à l’annonce du palmarès prévu le 23 mai. Pour combler ce manque, plutôt que revenir sur les Palmes d’or passés, nous vous proposons de revisiter des grands films plébiscités par la critique et le public, et qui n’ont pas été retenus dans les palmarès des 25 dernières années.

Cette sélection revisite les précédents palmarès pour atteindre la vingtaine de films qui composent une compétition officielle habituelle. On trouve dans cette deuxième salve toute subjective (voir la première) Hirokazu Kore-eda comme Cédric Khan, James Gray ou Patrice Leconte, Michael Haneke et Tim Burton…

2004 : « Nobody Knows ». Avant « Une affaire de famille », Kore-eda racontait la bouleversante histoire d’une fratrie

Avant sa Palme d’or en 2018 et sa reconnaissance mondiale pour Une affaire de famille, Hirokazu Kore-edaétait en compétition à Cannes en 2004 avec Nobody Knows (Personne ne sait). Le film avait bouleversé les festivaliers et remporté le Prix d’interprétation masculine, remis au jeune acteur principal, alors âgé de 14 ans et non professionnel, Yūya Yagira. Il est effectivement formidable dans cette histoire de famille, sujet phare du réalisateur, mais le prix reste anecdotique au regard du film. A Tokyo, une jeune mère volage a l’habitude de laisser ses quatre enfants se débrouiller seuls dans son appartement, sous la responsabilité de l’aîné, Akira (Yūya Yagira). Ne la voyant pas revenir au bout de plusieurs jours, ils décident de quitter le foyer, menacés par le propriétaire auquel la mère a caché l’existence de trois de ses enfants.Kore-eda s’inspire d’un fait divers où une jeune mère japonaise avait abandonné pendant neuf mois ses jeunes enfants, entraînant la mort de l’un d’eux. Le réalisateur laisse de côté la tragédie au profit de la leçon de solidarité et d’amour qui unit cette fratrie d’exception. Comme il le démontrera dans ses films suivants (Still Walking, Tel père, tel fils, Notre petite sœur, Une affaire de famille), Kore-eda a un talent unique pour partager une empathie profonde. Une sensibilité à fleur de peau, un humanisme bienveillant des personnages, souvent mis à mal par l’autorité, participent à un optimisme communicatif, sans être béat. Si c’est une constance de tous ses films, elle est des plus sensibles dans Nobody Knows, le coup de cœur de ce Cannes 2004.

2004 : « 2046 », Wong Kar-Wai sublime « In the Mood for Love » dans un inattendu film de science-fiction

Au tournant des années 1990-2000, l’Asie est très présente à Cannes. La Chine, le Japon, la Corée du Sud, mais aussi la Thaïlande et les Philippines révèlent des cinéastes de premier plan. Avec le Japonais Kore-eda, le Chinois Wong Kar-Wai est l’un d’eux, en remportant en 1997 le Prix de la mise en scène pour Happy Together. Le réalisateur atteint la consécration internationale grâce à son émouvant In the Mood for Love (2000). C’est avec l’émotion nostalgique de ce film qu’il renoue en réalisant 2046, un film de science-fiction sentimental, qualificatif pour la première fois accolé au genre. Il y retrouve ses acteurs Tony Leung et Gong Li. Ecrivain de S-F, Chow se projette en 2046 en se remémorant ses nombreuses maîtresses, dont Su, la seule qu’il a vraiment aimée.Le retour de Wong Kar-Wai, après le succès de In the Mood for Love, crée l’événement du 57e Festival de Cannes. Très attendu, 2046 engendre une véritable course contre la montre pour être à l’heure de la première projection officielle. Le film est présenté à peine monté, et les effets spéciaux sont incomplets pour visualiser un réseau ferroviaire au cœur de villes futuristes. Toutefois, le charme opérae déjà, renouvelant celui de In the Mood for Love, avec ce quelque chose de plus, issu d’une conception visuelle futuriste et d’aller-retours temporels que souligne la magnifique musique, composée de standards et de partitions de son musicien Shigeru Umebayashi. 2046 est aux films d’amour ce qu’est 2001 : l’Odyssée de l’espace à la science-fiction.

2001 : « Roberto Succo », Cédric Khan aux mains du plus énigmatique des tueurs en série

Figure majeure du cinéma d’auteur français, Cédric Khan (Fête de famille, Une vie meilleure, Bar des rails) est également très éclectique dans le choix de ses sujets. Aussi, ne l’attendait-on dans l’adaptation d’Histoire d’un assassin sans raison, de Pascale Froment, sur le tueur en série Roberto Succo qui défraya la chronique de 1981 à 88. Cédric Khan suit son parcours après qu’il a tué père et mère, et qu’il s’est évadé de l’hôpital psychiatrique italien où il a été interné. Succo sous le pseudonyme de Kurt (Stefano Cassetti) rencontre Léa (Isild Le Besco), lycéenne avec laquelle il entretient une relation timide, mais assidue, puis oppressante. Parallèlement, la gendarmerie enquête sur le meurtre d’un policier, une série de cambriolages et de vols de voitures qui le mettent sur la piste de Succo.

Avant Cédric Khan, Succo avait inspiré Bernard-Marie Koltès pour sa pièce Roberto Zucco en 1988, puis celle de Joseph Danan en 2002, R. S/Z. Impromptu Spectre. Succo fascine par le mélange de juvénilité et de violence qu’il incarne, un cocktail détonnant et pour lequel les experts italiens l’on interné comme schizophrène. Le film de Khan est passionnant dans le portrait du personnage très ambigu incarné par un très inspiré Stefano Cassetti dans son premier rôle. Isild Le Besco est tout autant talentueuse, en lycéenne sous le charme de cette personnalité envoûtante, dont elle pressent la dangerosité. Cassetti méritait largement le Prix d’interprétation en 2001, remis à Benoît Magimel pour La Pianiste de Michael Haneke. Khan pouvait aussi revendiquer celui de la mise en scène, revenu à David Lynch pour Muholand Drive. Reconnaissons qu’ils avaient fort à faire.

2000 : « The Yards », James Gray dans un thriller magistral au casting six étoiles

James Gray a attendu six ans, après son splendide premier film Little Odessa (1994), pour revenir à la réalisation. Son deuxième long métrage est à la hauteur des attentes : The Yards est un très grand film noir, avec une distribution idéale, tant les rôles collent aux comédiens : Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix, Charlize Theron, James Caan, Faye Dunaway et Ellen Burstyn. Ils forment une famille qui se repose sur le patriarche, à la tête d’une entreprise de maintenance du réseau ferroviaire new-yorkais, qui corrompt à tout va. Son neveu Léo, sorti de prison, retrouve son cousin qui le prend en main dans une dangereuse réinsertion. Elle se solde par une bavure mortelle, et Léo, accusé à tort, devient l’ennemi de la famille dont il doit se protéger.

Le scénario original de James Gray est un modèle du genre, aussi précis dans sa progression dramatique que dans la psychologie des personnages. James Gray poursuit après Little Odessa son exploration des rapports familiaux qui parcourt toute sa filmographie (La Nuit nous appartient, Two Lovers, The Immigrant, Lost City of Z). The Yards participe au retour des films de genre dans la compétition cannoise, ignorés depuis longtemps. Il faut dire que l’on a affaire avec The Yard à la grande classe, un film d’une élégance raffinée qui aurait mérité le Prix de la mise en scène. Il était remis en 2000 à Yi-Yi du Japonais Edward Yang, une autre histoire de famille.

1998 : « Velvet Goldmine », Todd Haynes tourne un faux biopic sur la relation David Bowie-Iggy Pop

Prix de la meilleure contribution artistique en 1998, Velvet Goldmine de Todd Haynes repose sur un scénario ingénieux et une mise en scène ambitieuse. L’un comme l’autre auraient mérité plus de reconnaissance. Le film explore la période du Glam Rock du début des années 1970, dont la forte esthétique visuelle est au cœur de Velvet Goldmine. Christian Bale, au début de sa carrière, interprète un fan de Brian Slade (Jonathan Rhys-Meyer) qui, en pleine gloire, a quitté la scène dans un mystérieux attentat. Dix ans plus tard, le fan, devenu critique rock, doit s’assurer de la mort véritable de Slade en recueillant les témoignages de ses proches, dont son ex-épouse (Toni Colette). Il reconstitue ainsi toute un pan de l’histoire du rock.

Jonathan Rhys-Meyer interprète Brian Slade, un mix de David Bowie et Marc Bolan (T. Rex). Sa rupture avec la scène renvoie à l’abandon par Bowie du personnage de Ziggy Stardust. Sa rencontre avec Kurt Wild (Ewan McGregor) évoque celle de Bowie avec Iggy Pop et Lou Reed. Du lourd dans l’histoire du rock, où l’on croise aussi des avatars de Brian Eno, Bryan Ferry (Roxy Music) et des New York Dolls. Le sujet original, dont Haynes est le cosignataire, lui colle à la peau. Il reviendra à Cannes avec Carol (2016) et Le Musée des merveilles (2017). Il déploie dans Velvet Goldmine son goût pour la démesure visuelle et la fantaisie qui occupe une partie de son oeuvre. Son film est de ce point de vue le reflet fidèle de cette période du rock, où l’extravagance le disputait à l’ambiguïté sexuelle.

1999 : « Ghost Dog : la voie du samouraï », Jim Jarmusch filme un polar moral

Régulièrement à Cannes depuis ses débuts (Stranger Than Paradise, 1984), Jim Jarmusch aime revisiter les genres pour mieux les détourner. C’était le cas en 1999 quand il présente en compétition Ghost Dog : la voie du samouraï, avec Forrest Whitaker. Sous le jour d’un film mafieux, Jarmusch filme un traité moral de spiritualité. Ghost Dog est le surnom d’un tueur à gages discret et implacable, dont la vie repose sur l’Hagakure, le code des samouraïs du Japon médiéval. Lors d’un contrat, il épargne la fille du parrain local, témoin de son crime. Le tueur devient gênant pour le gang qui décide de s’en débarrasser. Redevable envers un de ses membres, il ne peut le tuer, selon son code de l’honneur, au risque de perdre la vie.

Le code de l’honneur est un leitmotiv des films de gangsters. Jarmusch le détourne dans la parodie de gang mafieux qu’il dépeint, tout en références aux Affranchis (1990) de Martin Scorsese, avec des acteurs habitués du genre (John Tormey, Cliff Gorman, Victor Argo, Henry Silva…) filmés comme des caricatures. Ghost Dog est leur antithèse, solitaire, taiseux, discipliné, droit, un véritable affranchi. Jim Jarmusch déduit de cette antinomie un conte moral, aux antipodes de la complaisance parfois décelable dans le polar et le film noir. Avec une superbe bande originale, servi par la magnifique photo de son fidèle Robby Müller (les films de Wim Wenders, William Friedkin, Lars Von Trier), Ghost Dog est un film vertueux.

1997 : « Funny Games », le film le plus dérangeant de Michael Haneke

Double Palme d’or en 2009 avec Le Ruban blanc et en 2012 avec Amour, Michael Haneke a son rond de serviette à Cannes. Parmi ses films repartis bredouille, Funny Games est sans doute le plus perturbant, au milieu d’autres (La Pianiste, Grand prix du jury 2001 et double Prix d’interprétation pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel). Funny Games est un cas. D’une extrême violence explicite, il est interdit aux moins de 16 ans, on comprend pourquoi. Deux adolescents s’introduisent dans la maison de campagne d’un couple de bourgeois pour les torturer à mort, ainsi que leur fils et leur chien.

On connaît la froideur des mises en scène de Haneke. Mais elle atteint un tel degré dans Funny Games que le cinéaste a reçu des critiques virulentes à l’époque, pour son manque d’empathie envers les victimes et le côté explicite de leurs sévices. C’est par cette froideur, reproductrice de celle des tortionnaires, que son message passe. Michael Haneke dénonce une violence observée au jour le jour, qui va du refus d’une cigarette sur un trottoir, aux pires exactions guerrières qui jalonnent l’Histoire. C’est de la nature humaine dont il parle et de ses penchants refoulés qui peuvent la faire verser dans l’horreur. Étonnamment, des producteurs français et américains proposeront à Haneke de tourner un remake plan par plan de son film en anglais, réalisé à l’origine en allemand. Un remake prestigieux, avec Naomi Watts et Tim Roth.

1997 : « L. A. Confidential », la meilleure adaptation de James Ellroy

En compétition à Cannes en 1997, L. A. Confidential est reparti bredouille du palmarès, sans doute en raison d’une facture classique qui participe à son statut de grand film noir. Il a d’ailleurs intégré la bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour son « importance culturelle, historique ou esthétique« . Si l’immense auteur de polars James Ellroy a été plusieurs fois adapté au cinéma, il ne reconnaît que L. A. Confidential de Curtis Hanson (La Main sur le berceau, 8 Mile). En effet le réalisateur, « bon faiseur », est ici en état de grâce, avec Kim Bassinger, Russell Crowe, Kevin Spacey et James Comwell devant la caméra. Il met en scène un magnifique film noir situé dans le Los Angeles des années 1940-50, fidèle à Ellroy.

L’écrivain mettait dans son roman toute sa connaissance de la police corrompue de l’époque, en évoquant la prostitution de sosies de stars à la mode. Kim Bassinger, en double de Veronica Lake, est protégée par un inattendu Russell Crowe, en défenseur obsessionnel de la gent féminine, ce qui devait le propulser en haut de l’affiche en lançant sa véritable carrière.

1996 : « Ridicule », l’esprit français, selon Patrice Leconte

Habitué aux comédies à succès (Les Bronzés, Viens chez moi, j’habite chez une copine, Ma femme s’appelle revient), Patrice Leconte s’est montré des plus délicats dans Le Mari de la coiffeuse, Tendem ou Monsieur Hire. Réalisateur et scénariste de talent, il se lance en 1996 dans une reconstitution ambitieuse du XVIIIe siècle dans Ridicule, que Rémy Watherhouse adapte de son propre roman. Grégoire Ponceludon de Malavoy (Charles Berling) monte à Versailles pour soumettre à Louis XVI un plan qui permettrait d’assécher les marais de la Dombes, source du paludisme qui décime ses paysans. Il rencontre le marquis de Bellegarde (Jean Rochefort), un fidèle de la cour, qui l’initie à « l’esprit français » très en vogue dans une société dont le raffinement le dispute à la décadence. Montant les échelons parmi les favoris, Grégoire en fera les frais.

Subtile, merveilleusement interprété par le tandem Berling-Rochefort, avec une reconstitution historique de premier ordre, Ridicule est une pépite. Régulièrement rediffusé à la télévision, c’est à chaque vision un bonheur, tant les acteurs, l’intrigue, la mise en scène et le texte font mouche. Patrice Leconte rejoint avec ce film la « qualité française », au cœur de son sujet, tout en dénonçant les fractures sociales, en prenant comme cadre la monarchie. Face à Secret and lies (Mike Leigh, Palme d’or), Breaking the Waves (Lars Von Trier, Grand prix), Fargo (Joel et Ethan Coen, Prix de la mise en scène) et Crash (David Cronenberg, Prix spécial), Ridicule n’a pas remporté de prix, mais sans démériter.

1995 : « Ed Wood », l’histoire du « pire réalisateur de l’histoire du cinéma » par Tim Burton

Formé par le cinéma fantastique (Roger Corman et Vincent Price, la Hammer), Tim Burton a eu le coup de génie de réaliser le biopic de Edward D. Wood Jr, qualifié par un obscur critique de « plus mauvais réalisateur de l’histoire du cinéma« . Iconoclaste à Hollywood, Burton trouve là le sujet idéal en lien avec ses aspirations artistiques, d’autant qu’il est produit par le géant Disney. Il se focalise sur la relation intime qu’eût Ed. Wood avec la star du cinéma d’épouvante des années 30 Bela Lugosi (Dracula, 1931, Tod Browning), au crépuscule de sa carrière et de sa vie, oublié de tous, dans les années 1950-60.

Martin Landau (Mission : impossible, Cléopâtre) a été oscarisé pour son interprétation émouvante de Bela Lugosi dans Ed Wood. Une magnifique incarnation pour laquelle Bela Lugosi doit être sorti de sa tombe ! Burton réussit à imposer le noir et blanc à Disney pour son film (une gageure) dans lequel s’implique aussi Johnny Depp dans le rôle-titre, Bill Murray, Jessica Parker, Patricia Arquette et son épouse à l’époque Lisa Marie, qui incarne une Vampira/ Maila Nurmi, présentatrice de films d’horreur mythique, plus vraie que nature. Ed. Wood est sans doute le film le plus abouti et le plus personnel de Tim Burton, dans son rapport à sa cinéphilie et sa réalisation. Film sur le cinéma et l’amour du cinéma, il n’a rien reçu à Cannes et n’a pas rencontré son public. Pour se rattraper, le Festival offrira la présidence du jury à Tim Burton en 2010.

Source : France Info

Maria Rodriguez
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