L’épidémie de coronavirus «s’accélère» en Afrique

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L'épidémie de coronavirus «s'accélère» en Afrique mais reste encore sous contrôle

Certains pays africains font preuve de davantage de«détermination» que d’autres face à la pandémie de coronavirus, explique à RFI un responsable de l’OMS en Afrique. Il a fait le point sur les stratégies de test et les essais cliniques en cours sur le continent.

Le docteur Michel Yao estresponsable des opérations d’urgence de l’OMSen Afrique. Lundi 20 avril, il était invitédans l’émission Priorité santé, sur RFI.

Quelle est la tendance générale de l’épidémie en Afrique? Où en est-on aujourd’hui?

La situation s’accélère. La semaine dernière, nous avons observé une progression d’environ 24%. Nous sommes passés d’un peu plus de 3000 à plus de 4000 casdans la région subsaharienne. L’Afrique, dans sa totalité, dénombre plus de 21000 cas et plus de 1000 décès. Cela fait 5% de létalité, la proportion de ceux qui décèdent à la suite de cette maladie. Nous savons aussi qu’il y a plus d’une vingtaine de pays qui sont dans une transmission locale: ils sont passés de cas sporadiques importés vers une transmission locale. En Afrique subsaharienne, quatrepays ont une contamination communautaire soutenue et 21 pays restent dans une transmission sporadique. Cela donne encore l’espoir de contrôler l’épidémie dans ces pays, si tous les efforts sont fournis et si l’on a une approche beaucoup plus rapide et complète impliquant tous les secteurs et toutes les couches socio-culturelles, au niveau des pays.

Est-ce que l’on observe, dans certains pays, des stratégies qui fonctionnent plutôt bien?

On observe que dans certains pays, il y a beaucoup plus de détermination. La plupart des pays ont mis en place le confinement, mais à lui seul ce confinement n’est pas une stratégie de réponse. Il faut absolument que l’on mette en place un mécanisme de détection. En Côte d’Ivoire, ils sont passés de 10 échantillons de test à près de 500. C’est déjà une très bonne chose. Cette semaine, nous avons observé un rebond dans plusieurs pays qui ont adopté cette stratégie de recherche. Il est également important d’augmenter toutes les capacités et de les décentraliser. Cela a été dit en France, mais c’est valable partout: on risque de vivre avec ce virus pendant un certain temps. Il est donc important que les pays mettent en place des mécanismes très décentralisés, jusqu’au niveau des districts, pour la détection, l’isolement et la prise en charge des cas. Il faut aussi que les communautés soient éduquées: la distanciation physique doit être respectée et les équipements nécessaires doivent être disponibles. Le confinement doit permettre de mettre en place ces mesures. Sans elles, on risque d’avoir des rebonds, qui vont rapidement dépasser les capacités de réponse.

Nous recevons beaucoup de messages d’auditeurs qui sont inquiets, mais aussi de personnes incrédules, qui ne se sentent pas concernées par la pandémie. Que voulez-vous leur répondre?

C’est un déni que l’on observe dans la plupart des maladies hautement mortelles, jusqu’à ce qu’elles touchent des proches. Il ne faut pas attendre que cela arrive et pour y faire face, il faut absolument qu’il y ait des mécanismes de communication, d’engagement communautaire. Il ne s’agit pas uniquement d’utiliser les médias, mais aussi tous les relais communautaires: les chefs religieux, les chefs de quartier… Cela permet une communication de proximité. On pourrait aussi utiliser ceux qui sont sortis guéris de cette maladie pour avoir des témoignages. Les gens ont besoin de voir avant de croire. Sans l’adhésion de la communauté. Dans toute réponse d’épidémie, on se retrouve face à une difficulté d’application des mesures de santé publique. Cette composante est absolument essentielle, au-delà de l’utilisation des médias, il faut aller dans les communautés et transmettre les messages de proches en proches.

Quels sont les protocoles, les essais lancés au niveau du continent?

Les choses avancent beaucoup plus lentement au niveau du continent. Certains pays ont lancé des essais, notamment au niveau de la chloroquine. En revanche, ces essais ne sont pas encore inscrits dans le cadre de protocoles de solidarité, qui portent essentiellement sur 4 protocoles: le remdesivir (un antiviral), l’association de rétroviraux dans deux autres protocoles et la chloroquine. Si les recherches se font sur tous les continents et dans tous les pays, on aura rapidement des preuves pour recommander le médicament qui serait efficace. Sur le continent, 28 pays ont exprimé la volonté de joindre cet essai, 7 ont fourni des dossiers et 4 sont sur le point de commencer et attendent l’accord des comités d’éthique.

Quels sont ces 4 pays auxquels vous faites référence?

Il s’agit de l’Afrique du Sud, du Rwanda, du Kenya et du Togo. Ils sont à l’étape finale et attendent un accord pour pouvoir commencer. Au niveau mondial, il y a un vaccin dont l’essai clinique a commencé aux États-Unis. Il y a aussi des centaines d’autres molécules et des vaccins qui sont en cours d’expérimentation. C’est une course contre la montre. L’OMS suit de près et met en place une plateforme de chercheurs, qui permet d’échanger très rapidement. S’il y a des avancées au niveau de certains médicaments: un comité d’éthique pourrait les recommander à usage compassionnel, c’est-à-dire que l’on n’aurait pas toutes les données concernant les effets secondaires, mais l’avantage de l’utiliser dépasserait largement ces inconvénients. Nous n’en sommes pas encore à ce niveau de recommandation. Il y a pour le moment ces 4 protocoles qui sont en essais cliniques sur recommandation de l’OMS.

Est-ce que l’OMS a intégré les ressources de la médecine traditionnelle à ses recherches?

Au niveau de ces ressources, c’est très compliqué. Dans ce cas de figure, il faut une approche très scientifique. Ceux qui ont ces médicaments traditionnels ne maîtrisent pas cette approche scientifique. Ce qui est recommandé, c’est que cela se fasse avec des équipes de recherche basées dans le pays. Il faut qu’il y ait des comités scientifiques, des universitaires pouvant expérimenter les choses. L’élément essentiel est que cela se fasse selon un protocole. Si on a juste 1 ou 2 cas, il est difficile de tirer des conclusions sur la base de ces essais limités, n’obéissant à aucun protocole scientifique. C’est là toute la difficulté. Il faudrait que les chercheurs africains, en collaboration avec probablement des tradipraticiens, puissent mettre au point des protocoles et faire des publications scientifiques. Cela permettrait d’avoir des évidences pour porter un jugement critique sur ces médicaments potentiels.

Source de cette publication : RFI

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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