Les chocolatiers ne sont pas à la fête

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privés d'un des temps forts de leur année, les chocolatiers ne sont pas à la fête

Pour les chocolatiers, Pâques est l’une des périodes les plus importantes de l’année. En pleine de crise du coronavirus, plusieurs d’entre eux racontent à franceinfo comment ils tentent de limiter les dégâts sur le plan économique.

« Ça va être une fête de Pâques ratée », soupire Frédéric Chambeau, président de la  Confédération des chocolatiers de France. Face à la pandémie de coronavirus, lapins, œufs et poules en chocolat seront moins nombreux dans les jardins, dimanche 12 avril. Une situation dont les chocolatiers vont particulièrement souffrir. Après Noël, Pâques, dont les festivités sont largement bouleversées cette année, est le deuxième temps fort de l’année pour les 1 800 artisans chocolatiers de France. « La fête peut représenter jusqu’à 20% du chiffre d’affaires annuel », estime Frédéric Chambeau.

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Un véritable coup dur pour la profession. D’autant que la préparation de Pâques est un travail de longue haleine. Entre le moulage, le garnissage, l’emballage, les chocolats nécessitent plusieurs semaines de confection. « Un mois avant le début du confinement, au moins 70% des stocks étaient constitués », explique Frédéric Chambeau, qui tient une boutique à Paris, ouverte durant le confinement. Une ouverture qui n’allait pas forcément de soi pour l’artisan.

Au début, on pensait fermer, par principe de précaution. Et puis, à partir du 1er avril, les clients ont commencé à appeler pour passer commande.Frédéric Chambeauà franceinfo

Considérés comme des commerces alimentaires, les chocolatiers sont autorisés à rester ouverts. Mais, dans cette chocolaterie du 9e arrondissement, il n’y a pas foule. « Le quartier est désert. J’ai peut-être quatre clients dans la journée », commente le chocolatier. Composée de douze salariés en temps ordinaire, l’équipe est aujourd’hui réduite à trois personnes.

Ces dernières semaines, l’essentiel des ventes de Frédéric Chambeau a été réalisé par livraison. Chocolats dans sa voiture, masque sur le visage et gel hydroalcoolique à portée de main, il assure une vingtaine de commandes par jour. « Les clients sont compréhensifs. Ils acceptent de réceptionner les commandes en bas de l’immeuble et sont ravis », remarque le chocolatier. Livraisons à domicile ou retraits des commandes en magasin : beaucoup de chocolatiers ont imaginé des solutions pour limiter la casse.

A Lille, Quentin Bailly a fermé boutique temporairement. Il a lancé une offre en ligne et livre ses douceurs sucrées dans un rayon de 20 kilomètres. « Du jour au lendemain, on avait trente à quarante commandes par jour. Sur la semaine de Pâques, nous sommes montés à 70 livraisons quotidiennes, se réjouit le chocolatier auprès de franceinfo. On s’en sort vraiment bien. » Malgré l’engouement des clients, Quentin Bailly estime qu’il ne réalisera qu’un tiers de son chiffre d’affaires habituel durant cette période.

D’autres chocolatiers se sont inspirés de la crise actuel pour innover. A Troyes, les lapins en chocolat de l’enseigne de boulangerie-pâtisserie du Fournil de Chomedey arborent un masque en pâte d’amande. « C’est notre manière de rendre hommage aux soignants, aux pompiers, aux policiers… » raconte le pâtissier Benoît Herbaut à franceinfo.

Les lapins en chocolat masqués du « Fournil de Chomedey », à Troyes (Aube) (Benoît Herbaut)

Une idée qui rencontre un franc succès auprès des clients. « On a commencé par produire une vingtaine de lapins et maintenant on en est à 90 ou 100 par jour », se félicite-t-il. L’établissement a même reçu des commandes venues d’Ile-de-France, de Bretagne ou de Corse. « Je ne pensais pas que ça prendrait une telle ampleur », s’étonne Nasser Lakhdar, le gérant de l’enseigne, qui compte deux boutiques. Mais la renommée de ces lapins ne pourra pas rattraper les pertes de l’entreprise.

Depuis le confinement, on a réalisé 65% de chiffre d’affaires en moins sur la partie pâtisserie.Nasser Lakhdarà franceinfo

L’effectif des deux boutiques, qui emploient habituellement une trentaine de salariés, a été divisé par deux et les horaires d’ouverture ont été réduits. « Il ne va pas falloir que ça dure encore trois mois comme ça », s’inquiète Nasser Lakhdar. Les prochains mois s’annoncent compliqués les chocolatiers. « Ce sera difficile de se relever de cette période », prédit Frédéric Chambeau.

Après Pâques, c’est le désert de Gobi pour les ventes.Frédéric Chambeauà franceinfo

Car la fête pascale permet d’ordinaire de constituer une trésorerie pour les mois suivants, où l’activité est plus creuse. Trois ans après l’ouverture de son établissement, Quentin Bailly commençait à voir la situation financière de son entreprise se stabiliser. « Ça m’inquiète, la reprise s’annonce lente », craint-il. Pas sûr non plus que Noël permettent aux chocolatiers de remonter la pente. Ce sera à double tranchant, anticipe Frédéric Chambeau : « Soit les clients vont se lâcher après des mois de frustration, soit ils freineront leurs dépenses parce qu’ils auront vécu une année financièrement difficile. »

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Maria Rodriguez
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