Les corona-obligations sont une fausse bonne idée

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Le malade numérique

Il faudra un jour expliquer aux économistes qu’une crise de la dette souveraine ne se résoudra pas en empruntant plus, peu importe d’où viennent les fonds.

Chronique signée Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New York

Au cours des derniers jours, l’Eurocratie s’est intéressée à l’idée de l’émission de corona bonds.

Les pays de la zone euro devraient émettre 1 000 milliards d’euros d’obligations communautaires
» déclarent sept économistes allemands, afin de garantir la solidarité des Etats européens face aux marchés pour affronter les inévitables dépenses budgétaires. Cela prouve une seule chose : la plupart des économistes ne connaissent rien ni à la finance ni aux marchés des capitaux.

Ça sonne bien, ça sonne solidaire, et cela permet une fois de plus au secteur public de montrer son leadership. Mais c’est une fausse bonne idée.

Fort heureusement l’Allemagne et les Pays-Bas s’y sont opposés lors du conseil européen de la semaine dernière. Du coup, les Italiens qui voulaient une aide européenne ont refusé de signer le communiqué, Leur incapacité à se gérer ne leur donne aucun droit à un traitement spécial.

Les pays surendettés doivent réduire leur dette et pas l’augmenter : la BCE en déroute.

Ce n’est en effet pas en prêtant quelques centaines de milliards d’euros à l’Italie que l’on va résoudre le moindre problème. Cela permettra sûrement d’engager des dépenses supplémentaires et d’augmenter l’endettement du pays.

Ce dont l’Italie (de même que les autres pays surendettés) a besoin c’est de diminuer ses dépenses et d’augmenter la fiscalité des entreprises. La manière enragée dont les médias italiens se sont attaqués à l’Europe tient plus de la commedia dell’ Arte que d’une analyse de leur situation et de ses solutions.

Coup de tonnerre : La BCE s’autorise à racheter davantage que 33% de la dette d’un pays pour son programme de rachats d’actifs de 750 milliards d’euros. Une mesure extraordinaire pour soutenir certains pays en difficulté, mais qui pourrait la conduire à être accusée de financer les déficits des Etats.

Plus d’un tiers de la dette italienne ? plus de 800 milliards d’euros ? On nage dans le délire des nouvelles décisions de Christine Lagarde qui suit le droit fil de Mario Draghi en montant au créneau pour aider l’Italie sous l’excuse, cette fois-ci du coronavirus. Au moins elle ne prétend pas stimuler l’économie et l’emploi.

Un nouveau trillion de dollars va bientôt rejoindre le bilan essoufflé de la BCE. Décidément, la grenouille veut se faire plus grosse que le bœuf (américain) dont elle dépasse le total de bilan de la Federal Reserve. Et on voudrait y ajouter un deuxième trillion de dette ! Pour rappel le bilan de la BCE se rapproche lentement mais surement de 5.000 milliards d’euros, soit 50% du PIB.

Les corona-obligations seraient garanties par les pays de l’Eurozone

Elles sont donc « garanties » de manière indirecte par le budget de l’Eurozone selon une clé de répartition basée sur la part du Produit Intérieur Brut. Lorsque la France a perdu sa notation AAA, la majorité de cette garantie n’a pas une note AAA et les obligations du système de stabilité de l’Eurozone ont donc vu leur notation reduite a AA.

Qui plus est, l’engagement des pays de l’Eurozone (ou de l’Union Européenne) n’est pas solidaire. En clair, il n’est pas possible de demander à l’Allemagne de rembourser ou payer les intérêts d’une obligation. Elle assure 29% … et la France 21%. Bonne chance à ceux qui iront demander à la Grèce le remboursement de sa part… ou à l’Italie, à l’Espagne ou au Portugal.

Pourquoi les citoyens des pays dont la politique budgétaire est plus disciplinée prendraient-ils de tels engagement. Cela s’est fait pour la crise grecque parce que l’équilibre de l’Eurozone était en danger. Ce n’est pas le cas ici.

Il est temps d’assumer les risques des finances publiques : la crise souveraine s’annonce

Toutes les vannes sont ouvertes partout. Les pays n’auront plus à maintenir leur deficit budgétaire dans les limites prévues. Chacun y va de son programme « coronavirus ». En clair, chacun choisit le montant qui lui convient. La Commission acceptera donc des dépenses exceptionnelles, telles que des dépenses de soins de santé et des mesures de soutien ciblé aux entreprises et aux travailleurs. Les critères de Maastricht, bafoués depuis longtemps, (3% de déficit, 60% PIB) attendront une autre décennie.

Mais cela fait dix ans que l’Europe est en quasi-récession malgré les achats massifs de dette souveraine par la banque centrale. On voudrait qu’elle fasse plus ? Elle n’en a que trop fait. Ce n’est certes pas le moment de transférer les risques budgétaires et les endettements des Etats Membres vers l’Europe ou les dettes des entreprises vers le secteur public.

Un défaut de la dette italienne pourra-t-il être évité ?

Ce serait un bain de sang de 2.300 milliards d’euros. L’Europe n’y résisterait pas. Il est urgent de restructurer cette dette pour éviter un plongeon. D’autant plus que les taux allemands ont « augmenté » de -0,85 à -0,50 %.

Si vous en doutez, le tableau de la hausse brutale de 1 à 2,5 % du taux de la dette italienne n’a dû son salut qu’à une intervention massive de la BCE. Combien de temps tiendra-t-elle ?

Ne vous y trompez pas, c’est le contribuable qui porte le poids de la dette.

Source de cet article : Lalibre.be

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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