les enjeux d’un secteur en pleine croissance

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les enjeux d’un secteur en pleine croissance

UniversCiné, FilmoTV, LaCinétek, Netflix, Disney+, Prime Vidéo…: les plateformes de streaming ont le vent en poupe.Nous avons rencontré Romain Dubois, responsable marketing et éditorial de UniversCiné, il nous parle de l’évolution de ce marché en pleine expansion.

Les salles de cinéma fermées, les spectateurs se sont tournés vers la VOD pour combler leur appétence de films. Les plateformes de streaming connaissent un taux de croissance allant de 50 à 70% avec le confinement. Netflix est leader, Amazon l’a rejoint avec son offre Prime Vidéo, alors que Disney+ s’est positionné au mois de mars.

La France est à la pointe, avec des offres plus ciblées telles que UniversCiné, consacrée au cinéma d’auteur, LaCinetek, qui vise les films de patrimoine, et FilmoTV qui joue la carte de la diversification.

Selon les propos de Philippe Schwerer, directeur TVOD au sein du groupe Canal+, rapportés par Le Film Français, le confinement a entraîné « une augmentation des consommations un peu partout sur le marché. Cela s’est concrétisé dans des audiences télé record (les Français ont passé en moyenne 4h40 par jour devant le petit écran en avril 2020 selon Médiamétrie), et cela a bénéficié aussi en termes de consommation à la VOD. On a sans doute touché des gens qui en avaient entendu parler et qui ont franchi le pas. Mais aussi des personnes que nous avions perdu depuis un bout de temps et qui sont revenus ».

De son côté LaCinétk a vu la consultation de sa plateforme quadrupler. Plusieurs raisons à cela : plus de temps disponible, la redécouverte de l’offre pour ceux qui étaient déjà abonnés et aussi les retombées de la presse, d’après Jean-Baptiste Viaud, délégué général de LaCinétek cité par Le Film Français. « Ce qui est sûr, c’est que la plateforme s’est emballée depuis le début du confinement, nous permettant de voir l’avenir de manière sereine ». « Nous constatons qu’il y a une appétence pour le cinéma de patrimoine. Avec un jeune public qui veut découvrir les grands chefs-d’œuvre dont on leur a toujours parlés, et ceux qui veulent les revoir. Parmi les succès : L’Homme de Rio, Les Parapluies de Cherbourg, Peau d’Âne, aussi disponibles sur d’autres plateforme. Cela prouve que l’éditorialisation fait la différence ».

En 1964, le drame musical « Les Parapluies de Cherbourg », avec Catherine Deneuve, reçoit la palme d’or à Cannes. (HULTON ARCHIVE / MOVIEPIX)

Mais cela pourrait changer avec la réouverture des salles. Le public va vouloir ressortir, retourner au cinéma. Il risque d’y avoir un manque de films nouveaux pour les plateformes à partir de la mi-mai.

« Les nouveautés aident à générer du trafic », selon Philippe Schwerer. Au final, je pense qu’il y aura une contraction globale du marché de la VOD en 2020, avec un premier semestre en croissance suivi d’un deuxième semestre en forte baisse faute d’alimentation en nouveautés« . « Mais nous sommes toujours dans un système qui valorise, et c’est tant mieux, la salle de cinéma« , souligne Philippe Schwerer. La distribution en salles a toujours contribué au prestige d’un film. Le cinéma reste une sortie majeure en France, un spectacle collectif, telle que l’ont inventé les frères Lumière.

Nous avons rencontré Romain Dubois, responsable marketing et éditorial de UniversCiné, il nous parle de l’évolution de ce marché en pleine expansion, de ses enjeux, et de sa pérennité une fois les salles de cinéma rouvertes.

France Info Culture : Avez-vous relevé une augmentation du trafic sur votre plateforme ?

Romain Dubois : Le confinement a été un coup de projecteur énorme. Nous avons quintuplé le nombre de films visionnés chaque jour, on a explosé nos serveurs. Personne ne pouvait prévoir cela, avec un énorme gain de notoriété, et une exposition médiatique que nous n’envisagions pas. Mais c’est le cas pour toutes les plateformes.

Page d'accueil de la plateforme de streaming d'UniversCiné.
Page d’accueil de la plateforme de streaming d’UniversCiné. (UniversCiné)

Quelles sont les perspectives d’avenir, à vos yeux, de ce marché ?

Pour nous, il semble qu’il y a un trafic acquis, parce que les gens ont découvert un nouveau mode de consommation des films, avec une programmation exigeante. L’avenir est en faveur des plateformes d’abonnement, une offre que l’on est en train de mettre en place, alors que l’on était jusqu’à présent sur une formule au coup par coup. Cela va arriver en septembre prochain, avec la mise à disposition d’un catalogue de films d’auteurs, de distributeurs indépendants et de communautés de cinéphiles, une approche très française du cinéma.

Mais par ailleurs, c’est certain qu’avec le déconfinement et la réouverture des salles, la demande va décroître. Je pense toutefois que l’effet de découverte va instaurer une fidélité, en raison de notre identité.

Comment situez-vous l’offre VOD par rapport à celle des salles de cinéma, y voyez-vous une concurrence ?

Non pas du tout. Parce que dans nos équipes, il y a beaucoup de cinéphiles, donc des gens qui vont au cinéma, qui ont l’amour de la salle. Nous pensons qu’il y a de la place pour tout le monde, et la chronologie des médias, formule d’exception en France, est une bonne chose. Après, il y a des zones en France qui manquent de salles de cinéma, et la VOD peut combler ce vide, en donnant accès à des films moins exposés dans certains territoires. On travaille avec de petits et moyens distributeurs, que le confinement a fragilisé, et on espère aussi recourir à cette précarité. On a mis aussi en ligne des films directement sortis en VOD, vu les circonstances.

On travaille avec la SDI (Syndicat des distributeurs indépendants), Le Pacte, Haut et Court, d’autres distributeurs qui voulaient sortir leurs films avant l’heure, en raison des investissements engagés, pour les sauver d’une situation dangereuse. On était aussi ravi d’avoir le film de Clint Eastwood de chez Warner Le Cas Richard Jewell. Pour nous, c’est du jamais vu. Même chose pour Radioactive de Marjane Satrapi. D’une manière ou d’une autre, il y a plein de manière de voir un film. On sert au moins un peu de relais dans ce moment critique. Et pour le public, se plonger dans la fiction est un bon moyen de sortir de la déprime que peut engendrer le confinement.

L’offre d’UniversCiné est qualifiée de « films d’auteur ». Qu’est-ce que cette hausse de fréquentation de la plateforme reflète du goût des spectateurs français ?

On est nés au tout début des années 2000, contactés par des distributeurs indépendants, alors que la VOD était encore balbutiante. On s’est créé pour promouvoir ce cinéma-là, loin des majors. Très vite, du territoire français on s’est élargi à l’Europe, puis au reste du monde, avec des auteurs que nous voulions défendre. Et puis ça a pris de l’ampleur, on a signé avec Sony, Warner, et on discute avec d’autres majors. Votre question est aussi celle de la définition du cinéma d’auteur. Dans ce cadre, comment se passer du dernier film de Clint Eastwood, par exemple, ou de Parasite de Bong Joon-ho ?

Maintenant, on peut mettre en ligne Bruno Dumont ou Vincent Dieutre, à côté de Clint Eastwood. Parce que ce sont des pensées, des idées de cinéma qu’on a envie de défendre tout autant. Ce qui fait qu’aujourd’hui on a un catalogue de 7000 films. On aspire à être un carrefour de tous les auteurs et de tous les cinémas. Mais on défend notre identité. Les gens qui viennent chez nous savent que ça ne sera pas Marvel, ou Amazon.

Quelles sont vos perspectives d’évolution ?

La VOD va vers le patrimoine, le relais des nouveautés qui sont mal exposées, mais elle va aussi vers des identités éditoriales, comme le fait LaCinétek, ou Shadows qui ne fait que du cinéma d’horreur, il y a Arte ou FranceTélévisions… J’ai l’impression qu’il y a une recherche identitaire, et UniversCiné veut garder sa place dans ce paysage-là. On est tous plus complémentaires que concurrents.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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