les familles des victimes du 3 juin 2019 réclament justice

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les familles des victimes du 3 juin 2019 réclament justice

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Dans la matinée du 3 juin 2019, des paramilitaires de l’armée soudanaise répriment brutalement le sit-in de manifestants pacifiques à Khartoum. L’opération fait plus d’une centaine de morts, des dizaines de disparus et suscite un tollé international.Un an après, les familles des victimes demandent toujours justice et doutent que les autorités soient en mesure de faire toute la lumière sur les auteurs et les responsables des violences. 

Avec notre correspondant, Kamal Abdourahim

Le père d’Abdel Salam Kesha vit non loin du quartier général (QG) de l’armée. Son fils de 25 ans a été tué lors de ce que l’on appelle désormais « le massacre » de Khartoum. Il se rappelle des circonstances de cette matinée: « On a été réveillés le matin très tôt par des bruits de coups de feu en provenance de la place qui accueillait la contestation. Vers 6h30 il y avait déjà beaucoup de blessés. Il était déjà évident que les pertes humaines étaient importantes ».

Le bilan de ce massacre reste incertain, encore aujourd’hui. Toutes les sources évoquent plus d’une centaine de morts et des dizaines de disparus, sans compter les nombreuses exactions des forces de l’ordre.

Aucun responsable n’a encore été désigné. L’enquête est officiellement toujours en cours. « Les responsables doivent être jugés. Ce qui s’est passé est une atteinte aux droits de l’homme, selon l’article 130 ou 136, je ne sais plus. La Cour pénale internationale doit s’en saisir. C’est un crime contre l’humanité », dénonce le père d’Abdel Salam Kesha.

Au Soudan, plusieurs proches de victimes partagent un même scepticisme vis-à-vis de l’enquête. Abbas Farah, 27 ans, a lui aussi été mortellement blessé par des tirs des forces de l’ordre. Son agonie a été filmée et partagée sur les réseaux sociaux par d’autres manifestants. Malgré ces vidéos, son père ne croit absolument pas en la justice. « Les autorités ne nous ont rien dit. L’enquête ne parvient ni à lever les immunités, ni à protéger les témoins. Les autorités font traîner en longueur cette enquête jusqu’à la fin de la période de transition », dit-il. « Malheureusement, la loi ici ne sert pas la justice », ajoute-t-il.

Les témoignages des survivants du 3 juin pointent tous le rôle des forces de sécurité dans ces exactions. Les familles des victimes craignent que leurs responsables ne soient jamais jugés par une Cour soudanaise.

Polémique autour de l’indépendance de la commission d’enquête

En décembre dernier, le Premier ministre de transition, Abdallah Hamdok, a chargé une commission d’enquêter sur cette attaque du 3 juin mais elle tarde à communiquer ses conclusions et fait l’objet de plus en plus de critiques. Elle devait en effet rendre ses conclusions fin mars. Néanmoins, son président, Nabil Adib a demandé et obtenu un délai de trois mois supplémentaires : « Nous avons besoin de laboratoires médico-légaux et de techniciens pour vérifier les preuves », a-t-il déclaré.

Ces dernières semaines, les critiques de révolutionnaires et d’ONG augmentent contre le manque d’indépendance de cette commission. « Il y a un membre de la police, un représentant des Renseignements ainsi que des forces armées soudanaises dans cette commission. Or, d’après notre enquête, toutes ces forces sont impliquées. C’est une de nos principales préoccupations », a souligné Ahmed Elzobier, chercheur spécialiste du Soudan, pour Amnesty International. Il doute donc de la capacité de la commission à mener une enquête impartiale. « Le scénario le plus probable, c’est qu’ils seront sans doute capables de nommer certains officiers de rang moyen. Je ne crois pas qu’ils seront capables d’accuser des militaires de haut rang ou des Forces de soutien rapides car cela aurait des implications politiques », a-t-il ajouté.

Depuis la création du conseil souverain, civils et militaires se partagent le pouvoir. Le chef des Forces de soutien rapides, le général Hemedti, en est même devenu le numéro deux. Pourtant, Nabil Adib assure ne recevoir aucune pression : « Nous enquêtons sur tout, sans que personne n’interfère. Nous avons le pouvoir d’inculper n’importe qui », assure-t-il. Nabil Adib laisse entendre qu’un nouveau report n’est pas à exclure et ce, malgré les attentes des familles des victimes et des révolutionnaires qui continuent de demander justice.

► À lire aussi: Soudan: de nombreuses questions, trois semaines après la répression du sit-in

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Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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