les femmes « perdent leur vie » à cause de la crise sanitaire du coronavirus

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les femmes "perdent leur vie" à cause de la crise sanitaire du coronavirus

Elle ne s’exprime que rarement. Melinda Gates, qui co-dirige avec son mari la Fondation Bill et Melinda Gates, prend la parole sur franceinfo pour alerter sur les risques que fait peser la crise sanitaire sur les femmes et les jeunes filles.

Elle prend la plume pour pointer l’impact de la crise du Covid-19 sur les femmes et les jeunes filles du monde entier. Melinda Gates qui dirige avec son mari la fondation Bill et Melinda Gates publie dans la revueForeign Affairs (publication en anglais) une longue lettre pour appeler à lutter sur les conséquences de la crise sur les femmes.

Invitée à participer à l’édition 2020 des « Napoléons », un groupe de réflexion sur l’innovation vertueuse, dont franceinfo est partenaire, Melinda Gates nous a accordé une interview exclusive pour mettre en garde sur les conséquences qu’entraîne la crise sanitaire sur la condition des femmes dans le monde : « Ce sont celles qui maintiennent la société. Elles vont travailler dans les supermarchés. Elles représentent 70% des personnels de santé. Ce sont elles qui s’occupent de tout le monde« .Elle suggèreauxÉtats de débloquer rapidement des fonds pour faire avancer la cause des femmes, notamment sur la question de l’accès aux soins.

Melinda Gates répond aux questions de Nicolas Teillard

franceinfo : Vous dites aux dirigeants du monde entier de regarder la crise et d’observer qu’elle frappe surtout les plus faibles et notamment les femmes.

Melinda Gates : Tout à fait. Elles perdent leur vie, elles perdent leur moyen de vivre. Elles absorbent le choc économique. Ce sont elles qui s’occupent des plus vieux, des plus jeunes. Ce sont elles qui sont la majorité desprofessionnelsde santé.

C’est vrai partout dans le monde entier, dans les pays riches comme dans les plus pauvres?

Oui, c’est tout à fait la même chose. Cela implique principalement les femmes. Elles perdent leur emploi de façon disproportionnée. Elles ne peuvent pas avoir les services dont elles ont besoin, les services de santé, en raison de la mortalité. Elles n’ont pas les moyens de pouvoir mettre au monde leurs enfants correctement.

Vous rappelez une situation que tout le monde a pu observer dans cette crise, au plus fort de la crise : les femmes sont présentes dans les métiers en première ligne, dans les hôpitaux et dans les supermarchés notamment.

Tout à fait. Ce sont celles qui maintiennent la société. Elles vont à leur travail, souvent par autobus. Elles vont travailler dans les supermarchés. Elles représentent 70% des personnels de santé. Ce sont elles qui s’occupent de tout le monde.

Avez-vous peur aujourd’hui, clairement, que les femmes soient oubliées dans la manière dont on va réapprendre à vivre et reconstruire après cette crise ?

C’est pour cela qu’il faut prendre en compte les problèmes de ces femmes. Ce ne sont pas des problèmes secondaires. Ce ne sont pas des choses qui seraient bien de faire. Non. Ce sont des choses fondamentales qu’il faut faire. Il faut responsabiliser les femmes sur le plan économique.

Il faut s’assurer que leurs problèmes sont réglés, qu’elles puissent avoir des ambulances pour enfanter, pour aller à l’hôpital, qu’elles puissent faire vacciner leur enfants. [C’est à ce prix qu’]on reconstruira une meilleure société.Melinda Gatesà franceinfo

Aujourd’hui, prendre en compte les besoins des femmes, leur réalité, leur vie quotidienne, ce n’est pas l’objectif des grands dirigeants de la planète ?

Je crois que c’est fait par certains dirigeants mondiaux, mais ce n’est pas fait par tous les dirigeants du monde. Je pense qu’il faut regarder ce qui fait que les questions qui occupent les femmes ne sont pas prises en compte. Pour l’instant, certains dirigeants font attention à la montée des violences conjugales et s’assurent que les femmes puissent sortir de ce genre de situation. Il faut regarder certaines des solutions innovantes qui ont été mises en place dans divers pays, comme le vôtre.

Aujourd’hui vous appeler ces grands dirigeants à passer à l’action dans tous les pays du monde, à faire des efforts pour les femmes sur les questions de santé, d’accès au soin, d’éducation. C’est la base de votre Fondation. Qu’est-ce qui vous fait imaginer que cet appel sera suivi ? Comment convaincre ?

Je crois que l’attention a été portée sur le fait que l’Allemagne a eu une réaction très forte au Covid-19. Ce n’est pas par hasard si ce pays est dirigé par la chancelière, Angela Merkel. Ce n’est pas par hasard si les décisions les plus fortes ont été prises en Nouvelle-Zélande par une dirigeante. Et les gens exigent aujourd’hui que leurs dirigeants prennent des actions très fortes comme ces dirigeantes l’ont fait.

Est-ce que faire avancer la cause des femmes, cela passe par mettre à contribution les grandes richesses de la planète ? On a besoin aujourd’hui de ces moyens ?

Je crois que tout un chacun, nous devons contribuer de notre temps, de notre énergie, de nos ressources. Tout d’abord ce sont des budgets étatiques qu’il faut. Mais il faut aussi que les citoyens partagent leurs ressources, et que les citoyens votent pour des dirigeants qui ont des politiques actives qui promeuvent d’abord les femmes et les plus pauvres.

En France, les métiers et les femmes qui ont été mis à contribution, infirmières notamment, passent parfois par de l’emploi dans les services publics, financés par les impôts. Or la France combat certaines grandes entreprises américaines, internationales, qui ne paient pas leurs impôts en France. C’est aussi ça la clé ?

Je crois qu’il appartient à chaque gouvernement de voir quelles sont ses règles pour l’imposition. Et il faut savoir aussi comment redistribuer l’argent de façon équitable à tous les citoyens.

Il faut s’assurer qu’on a une bonne politique de sécurité sociale pendant cette période, qu’on a une bonne politique de santé, que l’on rémunère correctement les professionnels de santé. C’est essentiel.Melinda Gatesà franceinfo

S’assurer que les femmes puissent avoir par exemple une ambulance à temps pour pouvoir donner le jour à leur enfant, quel que soit l’endroit où vous êtes dans le monde.

AuxÉtats-Unis, l’élection présidentielle aura lieu début novembre. Est-ce que vous souhaitez que ce débat sur la place des femmes, des plus pauvres, soit présent dans la campagne ?

Tout à fait. Et on voit les fêlures dans la société américaine qui sont exposées. On entend les citoyens qui réclament des changements pour diminuer les files d’attente des plus pauvres devant les centres sociaux.

Êtes-vous inquiète de la situation auxÉtats-Unis ? Donald Trump peut-il gérer cette crise, peut-il répondre à votre appel ?

On attend des dirigeants qu’ils prennent des bonnes décisions, sur l’isolement, sur le confinement, comme les pays européens l’ont fait. Mais il n’y a pas ces décisions qui sont prises par les dirigeants américains.

Je suis profondément inquiète du fait que les États-Unis comptent beaucoup plus de morts par le Covid-19 qu’il devrait y en avoir.Melinda Gatesà franceinfo

Est-ce que vous espérer des actions rapides dans les prochaines semaines ? Emmanuel Macron par exemple promet un nouveau chemin. Qu’est-ce que vous lui demandez par exemple ?

Je crois qu’un nouveau chemin, ce serait de s’assurer que lorsque le vaccin sera disponible, qu’il soit distribué de façon équitable, qu’il aille d’abord aux professionnels de santé à travers le monde, quel que soit leur pays. Parce que ce sont eux, ces professionnels de santé, qui nous aideront à sortir de la crise. Et puis qu’il soit aussi distribué aux populations les plus vulnérables. Comment s’assurer que ces vaccins pourront être achetés ? Je sais qu’il y a tout un groupe de dirigeants en Europe et à travers le monde qui s’occupent de mettre en place un fond pour pouvoir acheter ces vaccins. Et j’espère que cet effort continuera.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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