Les magasins de vélos font face à la pénurie après le boom post-Covid

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Les magasins de vélos font face à la pénurie après le boom post-Covid

En deux mois, on a vendu autant qu’en huit mois classiques. C’est de la folie”, assure Antoine Jacquot, marchandde vélo à Versailles. Et en entrant dans son atelier, on a aucun mal à le croire : le téléphone n’arrête pas de sonner, et toutes les cinq minutes, un client apparaît dans la boutique. Et le commerçant versaillais est loin d’être le seul : un rapide tour dans les grandes enseignes suffit à s’en rendre compte. Des rayons vides, des carnets de commandes pleins à craquer et des ateliers obligés de refuser des réparations car débordés : depuis le déconfinement, l’industrie du vélo roule à plein régime. Seul sport autorisé pendant un moment, et surtout moyen de transport privilégié pour éviter les transports en commun, le vélo est en plein boom en France. A tel point que les professionnels ont du mal à suivre.

Le coup de la panne des usines

On n’était absolument pas préparés, on est en pleine pénurie. Aujourd’hui le client qui vient au magasin ne peut avoir que ce qu’il y a en rayon, les stocks sont épuisés. Il ne reste que des vélos tailles XS ou XL, que peu de monde peut utiliser”, confie Antoine, entre deux coups de téléphone. A Paris, du côté de Bastille où les marchands de vélos ont pignon sur rue, Daniel Ferraz confirme : “Dix jours après le déconfinement, je n’avais plus rien en stock. Pire, nos fournisseurs ont appelé pour dire qu’ils ne savaient pas comment faire, qu’ils étaient eux aussi à sec”. A tel point que même les pièces les plus basiques comme les pneus ou chambres à airs sont devenus rares : “On est ravitaillé au compte-goutte. Et les prix augmentent, puisque la demande exploseet aussi parce que ce sont les produits européens que l’on trouve encore, c’est-à-dire des choses plus haut de gamme et donc plus chères”, éclaire Daniel.

Daniel Ferraz dans son atelier de vélos à Bastille, dans le 11e arrondissement de Paris

© AH

Que ce soit chez Antoine à Versailles ou Daniel à Bastille, la pénurie n’est pas visible en magasin. Pourtant, les deux commerçants la sentent bien. “Le redémarrage n’a pas été progressif du tout : on a pris une énorme vague d’un coup. On faisait 15 à 20 réparations par jours contre 5 à 10 en temps normal”, témoigne Daniel. Problème : en parallèle de ce rythme infernal, le réapprovisionnement en pièces détachées était impossible. Et pour cause : la plupart viennent d’Asie et notamment de Chine, où les usines tournent au ralenti après des semaines d’arrêt. Conséquence : les délais de livraison explosent. “Pour les pièces venues d’Europe, ça va à peu près. On a des fournisseurs qui avaient de gros stocks, notamment un grossiste à Nantes”, se rassure Antoine. Mais pour Daniel, la situation est plus compliquée : “Même nos fournisseurs européens d’Espagne, d’Italie et du Portugal sont à l’arrêt. On a dû faire des échanges avec les collègues, on se serre les coudes, mais cela ne suffit pas”, dit-il en pointant du doigt un vélo un attente d’un modèle de pneu depuis plusieurs jours.

La petite Reine veut reprendre son trône

Outre ce qu’ils appellent “l’effet Covid”, les deux marchands ont aussi surfé sur l’aide de 50 euros de l’Etat pour réviser les vélos : “Les gens ont tous ressortileur vieux vélo pour bénéficier de l’aide. Certains confrères ont fini par arrêter de faire profiter de l’offre parce qu’ils étaient débordés et n’avaient plus de temps pour s’occuper de leurs clients habituels. Je comprends tout à fait : comment vous expliquezà un habitué qu’il va devoir attendre 3 semaines pour une bricole ? Vous risquez de le voir aller chez un concurrent”, regrette Daniel.

A Versailles, une autre aide a considérablement boosté les affaires d’Antoine : celle de l’Île-de-France qui finançait les vélos électriques jusqu’à 500 euros : “Sur 10 ventes, on vend5 vélos électriques. Les gens profitent de l’aide et surtout ils ont compris que c’était un super moyen de transport pour éviter ceux en communet aller au travail sereinement”, apprécie le marchand versaillais. Ainsi, à une clientèle familiale pour qui le vélo est un loisir, a succédé une clientèle professionnelle pour qui le vélo est un moyen de transport : “Pendant les grèves, les gens ont peu pris le vélo mais aujourd’hui, cela n’a rien à voir. C’est du jamais vu, même pour mon père qui fait ce métier depuis 40 ans. Le monde du vélo est en plein re-développement”, assure Antoine. A Bastille, Daniel illustre: “Quand j’ai ouvert ici en 2000, on était 13 marchands. Au lancement du vélib en 2007, on était plus que 3. Et là, on est 6. Au delà de l’effet Covid, le vélo est en plein essor, notamment les vélos électriques et pliants”.

Antoine Jacquot dans son magasin à Versailles avec son modèle le plus vendu : un vélo à assistance électrique
Antoine Jacquot dans son magasin à Versailles avec son modèle le plus vendu : un vélo à assistance électrique

© AH

Plus qu’une simple mode, les deux hommes – comme de nombreux professionnels du milieu – croient au début d’une nouvelle ère pour le cyclisme. Antoine développe : “Ce n’est que le début de cette dynamique. La France a toujours été un pays de vélo loisirs, elle est en train de se mettre au vélo utile. Les pouvoirs publics l’ont compris aussi et investissent enfin”. S’ils n’ont pas eu le temps d’anticiper cette accélération subite du phénomène, les marchands de vélo entendent bien en profiter. Mais avant cela, il va falloir rétablir l’approvisionnement de leurs enseignes.

“Il faut au moins 6 semaines pour que les pièces arrivent d’Asie, 3 semaines minimum pour l’Inde. Mais là, on ne sait pas si leurs usines tournent à 100% ou pas, donc on a aucune visibilité », peste Daniel.“Avant la fin de l’année, je ne vois rien de positif. Quand on appelle les fournisseurs, ils ne peuvent pas se projeter et donc nous non plus. En temps normal, je peux anticiper letravail sur plusieurs mois, là on a une visibilité sur une semaine voire deux, pas plus.” Selon Antoine, “les choses reviendront à la normale en novembre, pas avant. On aura les nouveaux modèles d’ici là. Pour l’instant, les gens les commandent sans savoir le prix, le modèle, les couleurs…”Et Daniel de conclure : “Aujourd’hui, on a retrouvé une charge de travail normale mais pas les conditions qui vont avec puisqu’on n’a toujours pas les pièces, et on nesait pas quand on les aura…

Source : France Info

Maria Rodriguez
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