L’historien et écrivain Maurice Rajsfus, rescapé de la Shoah et vigie des violences policières, est mort à l’âge de 92 ans

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L'historien et écrivain Maurice Rajsfus, rescapé de la Shoah et vigie des violences policières, est mort à l'âge de 92 ans

Cet inlassable militant antifasciste, fils de parents assassinés à Auschwitz, a consacré sa vie à dénoncer la répression sous toutes ses formes.

Ecrivain, journaliste, militant et historien spécialisé dans les violences policières qu’il recensait depuis mai 1968 et auteur d’une soixantaine d’ouvrages, Maurice Rajsfus est mort samedi 13 juin à l’âge de 92 ans, a annoncé son fils Marc Plocki à l’AFP.« Maurice Rajsfus vient de nous quitter après un combat inégal de six semaines contre la maladie. Nous poursuivrons ses combats pour la justice et l’émancipation. Ami, ta rage n’est pas perdue! »ont réagi Les Editions Libertalia, qui l’avaient édité.

Dans son Journal discordant, publié il y a une vingtaine d’années, l’éternel rebelle expliquait avoir le sentiment d’être « en sursis depuis la rafle du Vel’d’Hiv, d’être l’aléatoire titulaire d’un long bail extorqué à ceux qui ont cherché à me détruire, comme ils l’ont fait avec mes parents, avec toute ma famille ».

Né le 9 avril 1928 en banlieue parisienne, de parents juifs polonais, sa vie bascule avec la défaite de 1940 et les premières lois antisémites du gouvernement de Vichy. Il doit abandonner l’école, mais le pire est encore à venir.

Le matin du 16 juillet 1942, le jeune Maurice – âgé de 14 ans – et sa famille sont arrêtés chez eux par deux policiers. L’un d’eux est leur voisin de palier.Ils sont victimes de la rafle du Vel d’Hiv. Plus de 13.000 Juifs, dont plus de 4.000 enfants, furent arrêtés ce jour-là par les forces de l’ordre françaises au service du régime nazi.

Si Maurice Rajsfus et sa soeur Jenny alors âgée de 16 ans en réchappent (un policier avait dit à sa mère que les enfants de nationalité française de 14 à 16 ans pouvaient sortir du camp où ils avaient été rassemblés avant d’être conduits à Drancy), leurs parents seront assassinés à Auschwitz.

Des années plus tard, Maurice Rajsfus expliquera : « J’en veux profondément à la police de ce pays, plus qu’aux Allemands ; sans cette police, les nazis n’auraient pas pu faire autant de dégâts. Depuis 1942, je me sens en retrait vis-à-vis de mes compatriotes : ils ont été plutôt veules, et ça n’a pas beaucoup changé ensuite ».Après la déportation de leurs parents, Jenny et Maurice vécurent deux années difficiles, craignant constamment une nouvelle vague de rafles.

Rescapé de la Rafle du Veld’Hiv, Maurice Rajsfuss’intéressa par la suite comme historien à cet événement et se fera connaître par un premier ouvrage sur l’U.G.I.F. (Union générale des israélites de France) intitulé Des juifs dans la collaboration.

A la Libération, il reprend son apprentissage en joaillerie et adhère aux Jeunesses Communistes et au PCF avant d’en être exclu au prétexte d’être un « provocateur policier ».Il se rapproche alors des milieux trotskystes puis anarchistes découvrant au passage les surréalistes.« Je m’enchantais de tout ce qui pouvait mettre à mal cette société à qui je n’avais rien pardonné et avec laquelle mes comptes ne seraient jamais réglés », se rappelait-il en 1992.

Il travaille dans plusieurs journaux. Il est notamment secrétaire de rédaction au Monde, mais son engagement militant ne faiblit pas.Témoin de la violence des forces de l’ordre le 17 octobre 1961 contre les Algériens manifestant à Paris, le 8 février 1962 au métro Charonne, et pendant mai 68, il commence à traquer les dérapages de la police.

Voici ce qu’a indiqué son fils à propos de Maurice Rajsfus à l’annonce de son décès : « Infatigable militant antiraciste et antifasciste, Maurice Rajsfus fut un des créateurs de Ras l’Front au début des années 1990 et animateur du bulletin Que fait la police ? qui dénonça pendant près de 25 ans les violences et l’arbitraire policier« .

Maurice Rajsfus devient effectivement « historien de la répression », dressant des fiches jusqu’à en rassembler des milliers. Il avait arrêté ces dernières années de recenser sur ses fiches de bristol les dérapages policiers mais continuait de suivre l’actualité et dénonçait régulièrement les violences policières. Il avait récemment confié à Libération son souhait de vouloir transmettre ses archives d’articles autour de violences policières, méticuleusement constituées de 1968 à 2014.

En 1994, il fonde l’Observatoire des libertés publiques en compagnie de quelques auteurs engagés comme l’écrivain Didier Daeninckx. Enfin, il compte parmi les initiateurs du réseau « ras l’Front » (contre le Front national) dont il sera président pendant quelques années.

Cité comme témoin de la défense au procès de Maurice Papon, il refuse de se soumettre à la convocation et avait finalement été dispensé.« Envoyez-moi les gendarmes. Ça sera bien de voir un rescapé de la rafle du Vél d’Hiv, fils de victimes, être obligé de témoigner en faveur d’un complice des bourreaux », avait-il écrit au président du tribunal.

Juif,Maurice Rajsfuscritiquait également sans réserve la politique du gouvernement israélien et défendait la cause palestinienne : il a fait plusieurs séjours au Proche-Orient et produit plusieurs ouvrages sur le sujet au milieu des années 90.

De nombreux hommages lui étaient rendus sur Twitter, notamment celui de Ian Brossat, adjoint à la Ville de Paris et porte-parole du PCF : « Quelle peine d’apprendre le décès de Maurice Rajsfus, auteur de plusieurs livres sur les violences policières. Il était un ami de mes parents et j’avais eu la chance de le rencontrer dans son appartement de Fontenay-aux-Roses. Admiration et gratitude ».

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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