l’Institut Giacometti est un des premiers musées à accueillir de nouveau le public, on y était

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l'Institut Giacometti est un des premiers musées à accueillir de nouveau le public, on y était

Le public a de nouveau accès à l’Institut Giacometti à Paris, à dix à la fois, pour des visites de vingt minutes.

Dépêchez-vous de réserver pour la semaine prochaine : pour ce premier week-end de réouverture, l’Institut Giacometti, à Paris, est déjà complet. Ce « petit musée » du 14e arrondissement de Paris, a pu accueillir de nouveau le public dès le vendredi 15 mai, quatre jours seulement après la date fixée pour le déconfinement. L’exposition sur les œuvres disparues d’Alberto Giacometti, qui avait été brutalement interrompue, peut s’y poursuivre et a été prolongée jusqu’au 21 juin 2020. « On est très heureux », résume Catherine Grenier, la présidente de l’Institut et directrice de la Fondation Giacometti.

Heureux, comme les visiteurs qui ont pu reprendre le chemin de l’Institut Giacometti, un des seuls musées accessibles au public à Paris. Les premiers à se présenter à la porte du bel hôtel particulier, à 11 heures le premier jour de réouverture, sont un jeune homme et ses deux petits enfants, le visage couvert d’un masque.

Les conditions sont un peu particulières, comme l’exigent les mesures sanitaires. Masque obligatoire donc. A l’entrée, on se passe les mains au gel hydro-alcoolique et la personne à l’accueil, protégée par une paroi transparente, vous donne quelques consignes de distanciation physique. Pas de vestiaire, de billetterie, de toilettes ni de visite guidée. Un audioguide peut être téléchargé sur smartphone, tout comme l’e-ticket obligatoire.

« Mannequin » (1932-1933) dans l’Exposition surréaliste à la galerie Pierre Colle. Photo Man Ray, 1933, Archives de la Fondation Giacometti, Paris (oeuvre © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2020)

« C’était tellement important pour nous de rouvrir », nous confie Catherine Grenier. « Les gens nous disaient : il ne va pas y avoir de public. Et puis dès qu’on a ouvert le site de réservation, en une après-midi c’était plein pour le premier week-end. » On est admis uniquement sur réservation en ligne (même pour les entrées gratuites), et dix visiteurs peuvent entrer à la fois, pour une période de vingt minutes. Les jours d’ouverture sont réduits, en ce moment : du jeudi au dimanche. Un sens de circulation a été instauré à l’intérieur des espaces, qui ne risquent pas d’être embouteillés avec si peu de visiteurs à la fois. Seul point de passage délicat, les petits escaliers où des médiateurs veillent à ce qu’on ne se croise pas.

« Ça n’a pas été très compliqué à mettre en place », dit Catherine Grenier, même si ça a demandé pas mal de travail et d’organisation. « On a commencé à travailler sur la réouverture dès le début du confinement » : il a fallu penser à commander du matériel assez tôt et réfléchir à la bonne formule. « C’est plus facile pour nous que pour les autres parce qu’on avait déjà un système de réservation en ligne, pas exclusif mais déjà en place, et on avait déjà des médiateurs ».

Et puis la Fondation Giacometti, en ouvrant l’Institut du même nom en juin 2018, voulait « créer un autre rapport de visite que celui qu’on a dans la plupart des musées, avec une relation beaucoup plus intime avec les œuvres, beaucoup plus directe aussi, avec donc un nombre de visiteurs limité », explique laprésidente de l’Institut. En temps normal, la jauge est à 40 visiteurs à la fois, ce qui permet déjà une circulation très fluide, assure-t-elle. La jauge a donc été divisée par quatre, ce qui paraît plus que raisonnable. « On verra si on remonte un peu, et à quel moment, en fonction de ce que seront les recommandations du gouvernement et du Haut conseil de la santé. » Et si le public est au rendez-vous, l’Institut pourrait progressivement retrouver des horaires plus habituels.

Vue de salle de l'exposition "A la recherche des oeuvres disparues". Au premier plan, reconstitution de "Mannequin" ( 1932-1933). A second plan, "Femme qui marche I" (1932-1936). 
Vue de salle de l’exposition « A la recherche des oeuvres disparues ». Au premier plan, reconstitution de « Mannequin » ( 1932-1933).A second plan, « Femme qui marche I » (1932-1936). (Photo Institut Giacometti Paris)

On peut y voir de nouveau une exposition qui avait démarré fin février et devait fermer ses portes à la mi-avril : elle est le résultat d’une enquête sur les œuvres disparues d’Alberto Giacometti, perdues ou détruites, nombreuses pendant les années 1920 et 1930, notamment sa période surréaliste. Les œuvres surréalistes, souvent, ne sont pas identifiées comme des Giacometti, d’autres sont abîmées, d’autres encore ont été détruites par l’artiste. Des photos, des dessins, des œuvres proches ou des fragments ont permis de s’en faire une idée. Certaines ont été reconstituées de toutes pièces.

« Beaucoup de ces œuvres sont documentées, on en a répertorié plus de cinquante, ce qui est énorme vu la production de Giacometti, pas si importante surtout dans cette période », explique Catherine Grenier. « Certaines d’entre elles sont très importantes et le fait qu’elles ne soient pas prises en compte altère l’histoire de l’art et la connaissance de l’œuvre de Giacometti. »

Des œuvres ont pu être reconstituées, à partir des documents disponibles, et d’un petit modèle, comme cet Oiseau silence surréaliste du début des années 1930. « Tout de suite on se dit que c’est une œuvre très importante. Ça la réintègre dans l’imaginaire de cette période de Giacometti. On ne pourra plus maintenant parler du surréalisme sans parler de cette œuvre. »

Alberto Giacometti / Martial Raysse "Objet surréaliste", 1932-2015, Fondation Giacometti, Paris Œuvre complétée par l’artiste Martial Raysse en 2015 avec la collaboration de Francis Garcia
Alberto Giacometti / Martial Raysse « Objet surréaliste », 1932-2015, Fondation Giacometti, Paris Œuvre complétée par l’artiste Martial Raysse en 2015 avec la collaboration de Francis Garcia (© Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2020)

A côté de la Femme qui marche, figure féminine sans bras originale, on peut voir une reconstitution d’une œuvre proche : Giacometti lui avait ajouté des bras et une tête en forme de tête de violon pour une exposition surréaliste. Ce Mannequindisparu a pu être réalisé à partir des moules originaux qui sont conservés.

De nombreuses œuvres perdues sont documentées par de belles photographies en noir et blanc. Des œuvres originales qui s’en rapprochent nous laissent imaginer leur taille, leur matière. Et l’artiste contemporain Martial Raysse a ré-imaginé un Objet surréaliste de 1932 dont il ne restait qu’un fragment.

« Le sujet est un peu délicat : les gens auraient pu se demander ce qu’il y avait à voir, puisqu’il s’agissait d’œuvres disparues », se dit Catherine Grenier. Mais pendant les trois semaines où l’exposition a été accessible, avant le confinement, elle a eu « un succès incroyable, grâce au bouche à oreille », se souvient-elle. « Elle va retrouver son public normal », se réjouit laprésidente de l’Institut Giacometti. Et peut-être même un peu plus que son public normal, puisque la plupart des autres musées restent fermés.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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