Liquidé par le Covid-19, «Paris-Normandie» cherche un repreneur solide

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Le coronavirus contamine la presse, et certains journaux sont déjà en manque d’oxygène. C’est le cas de Paris-Normandie, qui a confirmé jeudi avoir demandé au tribunal de commerce sa «mise en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité». Après sa régie publicitaire cette semaine, le quotidien, basé à Rouen, le fera mardi pour sa société éditrice. Le site Arrêt sur images avait révélé l’information le week-end dernier. Concrètement, cette liquidation-continuation signifie que le journal pourrait survivre, mais au prix de décisions radicales : abandon de dettes, cessions d’actifs, réductions d’effectifs…

Dans un communiqué, la direction du journal explique que «cette situation est la conséquence directe de l’impact du Covid-19 sur le chiffre d’affaires de notre entreprise. En résumé, la perte de 90% de nos recettes publicitaires, de 60% de nos annonces légales, de 20% de nos annonces carnets, le tout associé à une baisse de la diffusion de plus de 20% c’est donc 490 000 euros de manque à gagner immédiat sur le seul mois de mars, et en se projetant à fin mai, cette somme atteindra les 2 millions d’euros.»

Le secteur de la presse subit de plein fouet la fermeture de nombreux points de vente et l’effondrement du marché de la publicité, à cause de la crise économique et sanitaire. La mauvaise santé du distributeur Presstalis, au bord du dépôt de bilan, n’arrange rien.

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«Un genou à terre»

Contactée par Libération, la direction n’a pas souhaité en dire plus. Elle estime dans son communiqué que le déficit cumulé de l’entreprise pourrait atteindre 3 millions d’euros à la fin de l’été et affirme avoir déjà eu recours aux dispositifs exceptionnels prévus par le gouvernement pour les entreprises en difficulté, comme le chômage partiel ou le report des charges. «Toutes les aides pouvant être demandées l’ont été», insiste la direction. Mais «Paris-Normandie souffre d’un mal chronique. […] Déjà fragilisé, [le journal], avec un genou à terre en train de se redresser, se trouve soudainement plaqué au sol par les conséquences de la crise sanitaire».

Le quotidien, qui couvre surtout les départements de l’Eure et de la Seine-Maritime, est en difficulté depuis plusieurs années. Sa diffusion, 41 000 exemplaires en moyenne en 2019, était en baisse de 6% sur un an. Surtout, le journal est très endetté. Fin 2018, la société éditrice du titre avait des fonds propres négatifs de 7 millions d’euros. La procédure qui s’enclenche vise à apurer ce passif pour repartir sur des bases financières plus saines. La direction de Paris-Normandie évoque un «acte de gestion». Il pourrait conduire à un changement de propriétaire selon les décisions à venir du tribunal de commerce.

Ephémère actionnaire macroniste

Le journal est détenu depuis 2017 par Jean-Louis Louvel. Un entrepreneur local, dont l’activité principale, la fabrication de palettes, est mise sous pression par la crise actuelle. L’homme d’affaires s’est présenté aux élections municipales de Rouen, soutenu par La République en marche. Il est arrivé en troisième position, avec 16,78% des suffrages, largement distancé par deux listes de gauche qui veulent s’allier pour le second tour. Ses chances de victoire politique réduites, a-t-il décidé de passer la main à Paris-Normandie ? Ou cherche-t-il à garder le contrôle, peut-être par le biais de proches ? Les intentions de l’intéressé, qui explique ne pas vouloir s’exprimer avant la prochaine audience au tribunal, ne sont pas claires. Dans la région d’élection du Premier ministre Edouard Philippe et du ministre Sébastien Lecornu, l’affaire revêt aussi un aspect politique. Avant la campagne électorale, Louvel avait déclaré son intention de chercher un autre actionnaire pour préserver l’indépendance éditoriale du journal mais n’est pas allé au bout de l’idée.

Pierre-Antoine Capton, le producteur de l’émission C à Vous, a manifesté son intérêt pour le projet. Ces derniers mois, des discussions entre lui et Louvel, en vue d’une cession, se sont tenues. Elles ont échoué sur la question de la reprise de la dette. Selon la direction de Paris-Normandie, l’homme de télévision «a formulé une proposition inacceptable en l’état, traduisant d’elle-même la réalité d’un passé indigérable en termes de dette et de structure». Sollicité par Libé, Pierre-Antoine Capton, qui n’a pas renoncé à Paris-Normandie, ne souhaite pas s’exprimer.

Une autre piste conduit aux deux patrons du titre, Romuald Uzan et Valery Jimonet, auteurs du communiqué publié jeudi. Le groupe belge Rossel, propriétaire de la Voix du Nord, ou l’éditeur de l’hebdomadaire normand la Manche libre sont également cités comme des candidats possibles.


Jérôme Lefilliâtre

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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