Locations meublées : les propriétaires très inquiets

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l’essentiel
Le coronavirus a un impact sur le logement. Côté privé, certains ont dû déménager. Côté tourisme, l’impact économique inquiète les professionnels. Réactions de bailleurs et de locataires en Ariège.

« On met les voiles […] pas le choix », se désolent Valérie et Laurent, les deux parents de Bastien Cheze, 21 ans. Ce dernier vient de commencer son stage de quatre mois à « La Dépêche du Midi » il y a une semaine, et il se voit déjà contraint de partir…

L’Isefac Bachelor Montpellier, où il étudie en 3e année, a notifié ce lundi à ses étudiants et leurs maîtres de stage l’annulation ou suspension de leurs conventions de stage, « si elles ne peuvent pas être maintenues par télétravail ». Son stage d’observation n’étant pas réalisable à distance, le voilà à refaire ses valises et quitter son logement qu’il venait de louer.

Mais que se passe-t-il pour son contrat de location ? « S’il doit le quitter, il peut le libérer la semaine prochaine, il fera cession de bail, explique sa propriétaire, Kim Nguyen, C’est un arrangement entre lui et moi. »

Si, habituellement, un mois de préavis est nécessaire pour rompre un bail locatif pour du meublé, elle a accepté de le rompre avant ce délai dans ces circonstances exceptionnelles. « Je ne pense pas que ça affecte la partie locative. Depuis ce matin [lundi 16 mars], j’ai eu trois demandes consécutives », témoigne-t-elle. Notamment des personnes hébergées chez des amis ou en AirBnb qui souhaitaient avoir leur propre logement avant le début du confinement.

Mais Kim fait partie des exceptions. Car du côté des hébergements touristiques, il n’y a pas de quoi se réjouir. Edwige Danjou-Martinez, chargée de l’observatoire touristique et du centre de ressources à l’agence de développement touristique (ADT) Ariège Pyrénées, constate une baisse drastique des réservations. « Elles s’annulent les unes après les autres pour les deux prochains mois », note-t-elle. Inquiétant quand on sait que la plupart des sites touristiques doivent ouvrir en avril.

Stéphanie Vilanou est la gérante de la Ferme d’Abdon, chambre d’hôtes à Mazères. Il y a plusieurs années un autre virus, la grippe H1N1, l’avait amenée à arrêter son activité de gavage de canards. Aujourd’hui, le Covid-19 menace son activité. « Je suis passé d’une trentaine de lits occupés par mois en période hivernale à zéro, constate-t-elle. Quelqu’un ne vient pas car sa formation professionnelle a été annulée. Le PDG de Keolis, qui est un client régulier, ne vient pas non plus. Je n’ai plus d’activité du tout. »

Gîtes de France en Ariège dresse un constat désolant : « L’activité est au plus bas ». L’inquiétude économique est palpable chez les professionnels du tourisme. « À titre individuel, je le vis très mal », témoigne Stéphanie Vilanou.

Les colocations en difficulté

Le véritable exode provoqué par l’annonce du confinement généralisé des Français met en difficulté les colocations, tributaires d’un certain nombre d’occupants pour garantir un contrat aussi équitable que possible, tant pour les propriétaires que pour les locataires. Malgré la superficie généralement confortable des logements en colocation, de nombreux étudiants ont fait le choix de rentrer à leur domicile familial pour passer cette période de confinement. Un confinement aux sorties contrôlées ne permettant ni aux uns d’emménager dans un logement réservé, ni aux autres de le quitter à la date convenue (bien avant l’entrée vigueur des premières mesures prises pour endiguer la propagation du Covid-19). C’est le cas de Lauren, étudiante originaire de l’Hérault supposée rendre sa chambre le 4 avril.

« Si j’ai eu la présence d’esprit de prendre mes pochettes de cours avant de partir pour ma semaine d’alternance, explique-t-elle dans un sourire soulagé, j’ai laissé tout le reste puisque je devais théoriquement revenir pour ma semaine de cours, du 16 au 20. » Confinée au domicile familial, la voilà désormais incapable de revenir à son logement pour récupérer ses affaires et faire le ménage nécessaire avant de rendre les clés de sa collocation.

L’une de ses colocataires se trouve dans le cas inverse : actuellement en confinement à l’intérieur du même logement, elle ignore quand elle sera en mesure de libérer sa place pour que l’appartement puisse accueillir son nouveau locataire, dont l’arrivée était, elle aussi, prévue pour le 4 avril. En finalité, toutes deux s’estiment chanceuses d’avoir « des baux individuels » (leur garantissant de ne pas avoir à payer en cas d’absence ou de non-règlement d’un autre locataire) et « une propriétaire très compréhensive » qui, au vu de la situation, a renoncé aux loyers qu’elle aurait dû percevoir en avril, même si des locataires occupent encore le logement après la date de départ convenue. Une chance dont de nombreux autres locataires aimeraient bénéficier au vu des circonstances actuelles.

Les plateformes de réservations remboursent les usagers

Il est possible de demander l’annulation de son séjour et en obtenir le remboursement en vertu de l’article L. 211-14 du code du tourisme. Les modalités varient selon la plateforme de réservation utilisée. Airbnb propose d’annuler sans frais les réservations avec une date d’arrivée entre le 14 mars 2020 et le 14 avril 2020. Les hôtes, eux, se voient rembourser uniquement les frais de service. Booking.com offre également des services gratuits d’annulation ou de modification de réservation. Enfin, sur Expedia, les remboursements semblent plus complexes. Sur son site Internet, l’entreprise invite les consommateurs à annuler dans un premier temps leurs réservations, puis à remplir ensuite un formulaire de demande de remboursement si des frais sont appliqués.

« Tout s’est effondré en 24 heures »

Philippe Huertas, Président de l’UMIH 09

Quelle est la situation pour le secteur hôtelier ?

Nous représentons 200 adhérents. Parmi eux, les cafés, restaurants et discothèques ont été obligés de fermer. Pour les hôtels, la difficulté est que l’on n’est pas obligé de fermer. Mais il y a des annulations en cascade. On ne travaille plus. L’année dernière, le taux d’occupation était de 55 % à la même période. Il est actuellement à 10 %, 0 pour certains.

Comment voyez-vous les mois qui arrivent ?

On annonce huit semaines de confinement. Cela risque de différer le début de notre haute saison, qui commence en avril mai. Tous les hôteliers restaurateurs vont souffrir de façon incroyable. Dans quelques jours, l’hôtel sera vide et je ne sais pas quand et si les clients reviendront.

Qu’attendez-vous de la part de l’État ?

On a bien entendu qu’il était disponible. Les reports de charges ne suffiront pas. Les pertes d’exploitation sont bien réelles, et ça, on ne le rattrapera pas. Il faut qu’on nous aide là-dessus. Le chômage partiel, c’est bien, mais pas assez. Un cri d’alarme est fait. Tout s’est effondré en 24 heures. On attend beaucoup de l’État pour la survie de nos entreprises.

Source

Pascal Guy
Pascal Guy
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