L’«union nationale» rouvre les blessures de la droite

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Elle a payé pour voir. Encore mortifiée qu’une partie des siens ait embrassé le macronisme en 2017, la droite est sur le qui-vive face aux appels à «l’union nationale» émanant du camp présidentiel. Le chef de l’Etat est resté vague à ce sujet dans son intervention télévisée, lundi soir, se disant seulement prêt à «dessiner un chemin» avec «toutes les composantes de notre Nation». Mais selon certaines informations de presse, le pouvoir étudierait l’idée d’un gouvernement de rassemblement, intégrant des personnalités de droite et de gauche. Une hypothèse à laquelle le maire socialiste du Mans, Stéphane Le Foll, s’est déjà senti tenu de réagir, affirmant dans Ouest France n’avoir «aucune intention» de rejoindre le gouvernement.

Chez Les Républicains, l’heure est à la vigilance face aux tentations que pourrait susciter cette ouverture. Un député dresse ce tableau des troupes : «Il y a les anciens qui ont déjà connu le pouvoir et ne sont pas prêts à basculer pour l’avoir à nouveau. Il y a les trentenaires qui ont tenu bon, ont été élus dans des territoires électoralement rudes et ont du temps devant eux. Et puis, il y a les quadras qui ont une haute idée de leurs qualités, sont passés à côté jusque-là et n’ont plus beaucoup de temps pour « réussir »…». Secrétaire général adjoint du parti, Fabien Di Filippo avertit : «Ceux qui voudraient se vendre pour un poste, au prétexte bien commode de l’union nationale, doivent savoir qu’ils ne franchiront pas le Rubicon sur un tapis de pétales de roses.»

Le président du groupe LR à l’Assemblée, Damien Abad, a fait les frais de ces angoisses. Dans un message publié lundi sur Twitter, l’élu donnait acte à Emmanuel Macron de «l’esprit de concorde» et de «l’humilité» de son discours. Jugeant suspecte cette indulgence, certains l’ont fait savoir mardi lors d’une réunion (vidéo) des députés LR. «La ligne de Damien c’est de reconnaître quand c’est bon et d’attaquer quand ça ne l’est pas, le défend l’un de ses amis. C’est comme ça qu’on incarne une autre opposition que Marine Le Pen. Surtout quand un sondage indique qu’environ les trois quarts de nos sympathisants ont été convaincus par l’allocution du président…»

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Union «piège à con»

Le contexte serait propice aux échauffements, estime-t-on au sein du groupe : «Tout cela n’arriverait pas si nous étions physiquement réunis. Un député confiné chez lui quatre semaines, c’est une bombe atomique dans une petite maison.» Mardi toujours, le président de LR Christian Jacob a tracé la ligne, se déclarant «farouchement opposé à l’idée d’union nationale», rapporte son entourage. «Pour lui, cela ne peut valoir qu’après des législatives, sinon cela passera à nouveau par des débauchages individuels. Donc, cela n’arrivera jamais.» Union nationale, «piège à con», a aussi commenté mercredi le président des sénateurs LR, Bruno Retailleau : «Le risque, c’est que si on se solidarise avec ces progressistes-là [du gouvernement, ndlr], Marine Le Pen dise : on est revenu à l’UMPS, c’est le Rassemblement national contre tous les autres.»

Le sujet s’ajoute à un autre motif d’inconfort pour la droite, moins pressant mais particulièrement visible ces jours-ci : l’incommode cohabitation entre une sensibilité libérale et une tendance plus étatiste, se réclamant du gaullisme. Deux récents entretiens à Libération ont illustré l’écart entre ces courants : celui du secrétaire général de LR Aurélien Pradié d’une part, celui du président du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau d’autre part. Le premier invitait son parti à «interroger le libéralisme» et à renforcer les moyens de l’Etat dans plusieurs domaines stratégiques, quitte à s’affranchir des contraintes budgétaires. «Dire que la France souffre du libéralisme est une mauvaise plaisanterie», a protesté le second, dénonçant l’impéritie d’un «Etat bureaucratique qui s’est émancipé de la nation».

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«Congrès des idées»

Le débat n’est pas neuf, et on le commente en interne avec moins d’affolement que de fatalisme : «Au début de l’UMP, les gaullistes se plaignaient déjà de la trop grande place des libéraux et vice versa», sourit un témoin de l’époque. C’est traditionnellement le candidat de la droite à la présidentielle qui tranche la question en faisant valoir sa propre ligne – mais c’est là, chez LR, un autre sujet d’incertitude… Un «Congrès des idées», prévu en juillet, devait accoucher de premiers éléments de programme. Mais le parti a annoncé son annulation, en raison du contexte sanitaire. C’est donc au cours d’un «séminaire», organisé début juin autour des principaux responsables de LR, que la droite tentera de définir les termes d’un compromis idéologique.


Dominique Albertini

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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