Marseille : partis pour un tour du monde avant le coronavirus, la croisière vire au cauchemar pour ses 2712 passagers

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Gilberte, dans sa chambre, pendant le confinement / © Photo JP Escarras

Il n’en finit plus d’errer… Parti le 6 janvier pour un tour du monde avec ses 2712 passagers, dont 426 Français, le Costa Deliziosa, de la Compagnie maritime Costa Croisières, a dû interrompre son programme le 15 mars dernier, en raison de la pandémie de Covid-19.

Depuis, il cherche désespéremment un port pour débarquer ses passagers.

Situé actuellement en Méditerranée, le navire avait émis une demande d’autorisation pour accoster à Marseille le 20 avril prochain. Mais le commandant du navire a essuyé un refus de la part du préfet des Bouches-du-Rhône, Pierre Dartout.

Ce dernier agit en application du décret du 23 mars dernier « interdisant à tout navire de croisière, avec ou sans passagers, de faire escale, de s’arrêter ou de mouiller dans les eaux intérieures et la mer territoriale françaises ».

Seule une dérogation de l’Etat permettrait au navire d’accoster.

Mais les autorités refusent au Costa Deliziosa ce qu’elles ont déjà accordé depuis le 15 mars, à six autres navires de croisières, permettant le rapatriement de 2200 passagers français et européens. 

A bord, des Marseillais inquiets

Gilberte et Jean-Pierre Escarras font partie des 426 passagers du Costa Deliziosa. Ils arrivent à communiquer avec leur fille Magali… Elle raconte :

Ils m’ont raconté avoir été confinés pendant trois jours.

« Une personne présentant de grosses difficultés respiratoires a été débarquée au port de Marsala en Sicile. Elle a été testée à deux reprises. Les résultats sont négatifs ».

Gilberte, dans sa chambre, pendant le confinement / © Photo JP Escarras
Gilberte, dans sa chambre, pendant le confinement / © Photo JP Escarras

Magali Escarras se bat pour ses parents, et leurs amis qui « ont monté un collectif à bord ».

Ils ont du mal à obtenir des informations de Costa. Moi-même, j’ai appelé tout le monde… La cellule de crise, les ambassades, le ministère des affaires étrangères… Aucune décision n’a été prise à ce jour.

Gilberte et Jean-Pierre sont « des gens positifs » aux yeux de leur fille. Ils en sont à leur deuxième tour du monde.

« Et cette fois-ci, ils comptaient découvrir l’Asie, la Chine« .

L’apparition de l’épidémie de Covid-19 dans la province de Wuhan ne les a pas inquiétés outre mesure, lorsqu’ils ont embarqué en Italie pour leur tour du monde de trois mois et demi.

L’arrivée était prévue le 26 avril à Venise. C’était sans compter la fulgurance de l’épidémie de Covid-19.

« Costa ne cesse de jouer avec nos nerfs »

Par les réseaux sociaux, le couple de Marseillais a réussi à nous envoyer un petit texte :

« La première partie de la croisière jusqu’à Sydney s’est à peu près bien passée, mais ensuite nous avons commencé a subir les effets du covid.
Depuis ce moment la communication de Costa a été catastrophique. La seule chose que Costa a bien géré, c’est la préservation de la santé dans le bateau.

Depuis Sydney les animations sont restreintes et parfois annulées. Nous ne sommes plus descendus à terre depuis le 14 mars, soit 34 jours. 

Les ports de la Réunion, des Seychelles, d’Oman, du Canal de Suez… ont refusé l’accostage du bateau.

D’autres passagers de la région Paca témoignent aussi. Comme Didier et Françoise Leroy, un couple de Cannois :

Avant que l’on soit confinés, l’ambiance était déjà particulière.

Il y avait encore quelques spectacles de théâtre avec effectif réduit dans la salle, Il y avait beaucoup de mesures d’hygiène. Ce n’est pas l’ambiance d’une croisière normale ».

Après avoir débarqué le malade en insuffisance respiratoire au port de Marsala en Sicile, le navire refait route aujourd’hui vers Barcelone où devraient descendre environ 200 passagers espagnols.

Dans un communiqué, la Compagnie Costa Croisières précise que « les trois tests Covid-19 effectués sur le passager débarqué en Sicile pour raison médicale sont négatifs et que la situation sanitaire à bord est saine ».

Pour les autres, dont les 426 Français, la question se pose encore…

« Mes parents ont été déçus de la réponse du préfet des Bouches-du-Rhône. Ils sont inquiets et mécontents aussi de Costa ».

Dans leur message, les parents de Magali parlent de bonnes conditions de vie à bord, mais « trouvent le temps long« :

Costa ne cesse de jouer avec nos nerfs au travers de leur communication désastreuse et très peu locace…

Nous avons constitué un collectif de Français pour demander des compensations à la compagnie et surtout la possibilité de débarquer les Français à marseille.

Depuis les relations se sont tendues car les autres nationalités se sont jointes à nous pour les mêmes revendications.

Soleil et mer à bord du Costa Deliziosa / © Photo JP Escarra
Soleil et mer à bord du Costa Deliziosa / © Photo JP Escarra

Trop de passagers débarqués à Marseille

Pour quelle raison le Costa Deliziosa n’a-t-il pu accoster à Marseille ?

Dans un communiqué le préfet Pierre Dartout explique que trois navires de croisière sont arrivés avant le 15 mars, et sont toujours accueillis au port de Marseille. Deux d’entre eux appartiennent à l’armateur Costa : l’Aida Sol (500 membres d’équipages à bord) et le Costa Smeralda (1 600 membres d’équipages à bord).

« Ces opérations mobilisent déjà très fortement les forces de sécurité (police aux frontières, gendarmerie maritime) et les autorités sanitaires. »

Par ailleurs, le MSC Magnifica est attendu à Marseille pour sa destination finale, comme le prévoyait son programme.

« Il avait été préalablement accordé une dérogation pour organiser le débarquement de plus de 1 700 passagers de toutes nationalités, dont 700 Français mais aussi de nombreux Allemands, Italiens et Espagnols », précise le préfet des Bouches-du-Rhône.

Un accostage qui mobilisera là aussi « les forces de sécurité et les autorités sanitaires ».

De son côté la compagnie Costa Croisières dit travailler dorénavant avec les autorités italiennes pour trouver un port « qui puisse garantir une sécurité maximale et la possibilité d’organiser rapidement le retour des invités et de l’équipage chez eux, tout en respectant la situation à laquelle sont confrontées les régions italiennes les plus touchées par l’urgence actuelle ».

En attendant, le Costa Deliziosa file vers l’Espagne, inspirant encore et malgré tout le couple de Marseillais passionné de voyages et de croisières.
Il nous glisse, parmi les trois rares photos envoyées, celle-ci dessus témoin de leur regard amoureux porté au monde. 

 

Source : Franceinfo

Roberta Flores
Roberta Flores
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