masque ou pas masque ? Comment Donald Trump a changé d’avis sur la question en cinq dates

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masque ou pas masque ? Comment Donald Trump a changé d'avis sur la question en cinq dates

Après de multiples tergiversations et contradictions, le président américain a finalement demandé à « tout le monde de porter un masque », mardi.

Une volte-face. Après des semaines de dénégations et d’ambiguïtés sur la question du port du masque face à l’épidémie de coronavirus,Donald Trump a lancé, mardi 21juillet: « Nous demandons à tout le monde, quand la distanciationphysique n’est pas possible, de porter un masque, de se munir d’un masque. » Opposé à l’idée au point de refuser de porter lui-même un masque, notamment face aux journalistes, le président américain est devenu plus conciliant au fil de la propagation del’épidémie aux Etats-Unis.

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Il a même fini par enarborer unen public,mi-juillet,avant de réitérer qu’il n’était « pasd’accord avec l’affirmation selon laquelle si tout le monde met un masque tout va disparaître » quelques jours plus tard. Retour sur ces moments où Donald Trump a dit tout et son contraire à propos des masques.

3 avril 2020 : « Je choisis de ne pas porter de masque »

Alors que les autorités sanitaires conseillent aux Américains de porterun masque et que le nombre de nouveaux cas augmente, Donald Trump, lui, ne se montre pas aussi strict. Au contraire.« Avec les masques, cela va vraiment être sur la base du volontariat. Vous pouvez le faire, vous n’avez pas à le faire. Je choisis de ne pas le faire, mais certains pourraient vouloir en porter et c’est bon », affirme-t-il.« Porter un masque alors que je rencontre des présidents, des Premiers ministres, des dictateurs, des rois, des reines– je ne sais pas, d’une manière ou d’une autre, ce n’est pas fait pour moi », ajoute-t-il lors d’une conférence de presse.

Cette rhétorique est en fait une « stratégie politique« ,selon Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférence à l’université Paris 2. Au début de la pandémie, Donald Trump se présente en « protecteur de la nation »,en fermant les frontières américaines le 11 mars et en déclarant l’état d’urgence deux jours plus tard.

Tout bascule quand le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden reçoit le soutien de l’ancien président Barack Obama.« A ce moment-là, Trumpse sent dépassé, poursuit Jean-Eric Branaa. Il pense que la course à la présidentielle s’est déclenchée. Plutôt que de rester président, ilparten campagne. Ildécide donc de nier cette pandémieen accusant les démocrates de tous les maux. »En ce début de mois d’avril, l’épidémie a déjàcausé 7077mortset contaminéprès de 275000Américains. Près de 30000cas d’infection sont confirmés pourcette seule journée du 3avril.

21mai 2020: « Je ne voulais pas donner aux journalistes le plaisir de le voir »

Le mois de mai touche à sa fin et lesEtats-Unis sont le pays le plus endeuillé par la pandémie, avec94000 mortsdus au virus. En visitedans une usine Ford réaménagée pour produire des respirateurs artificiels,à Ypsilanti (Michigan), Donald Trump ne porte toujours pas de masque. Face à la presse et aux côtés des dirigeants du constructeur automobile qui l’entourent, tous masqués, iljustifie:« J’en ai porté un [un peu plus tôt lors de cette visite],mais je ne voulais pas donner aux journalistes le plaisir de le voir. »Quelques instants plus tard, il présente son masque, sans pour autant l’enfiler:« Je l’aime beaucoup. Honnêtement, je pense que je suis mieux avec le masque. »

Dans les rues américaines,une partie de la population opposée au port du masque se fait aussi entendre. A coup de manifestations parfois très violentes, ils dénoncent une atteinte à leur liberté.Un mouvement qui s’explique par « l’individualité très forte des Américains« ,qui pensent que le gouvernement n’a pas à s’ingérer dans leur vie et leur santé,selonJean-Eric Branaa. « Ces manifestants ne sont pas forcément des partisans de Trump, il a seulement essayé d’exploiter le mouvement pour gagner des électeurs », pointe-t-il.

19juin 2020 : « Le masque est une épée à double tranchant »

Lebilan continue de s’alourdir aux Etats-Unis au mitan du mois de juin. Au total, 119000personnes sont mortes du virus et plus dedeux millionsont été diagnostiquées positives. Dans une longue interview accordée au Wall Street Journal(lien en anglais) le 19juin, il avance un nouvel argument contre les masques, assurant qu’ils pourraient être finalement contre-productifs. En se couvrant le visage, les personnes deviendraient alors « trop sûrs d’elles » et risqueraient denégliger les autres recommandations sanitaires, comme se laver les mains. « Les gens touchent leurs masques. Ils les prennent entre leurs doigts. Ils les posent sur le bureau puis se touchent les yeux, le nez et la bouche, affirme-t-il, et après, ils se demandent comment ils ont attrapé le coronavirus ? »

Le masque est une épée à double tranchant.Donald Trumpau Wall Street Journal

Cette stratégie lui coûte cher. Alors que les contaminations augmentent, la cote depopularitéde Donald Trumpchute.A six mois de l’élection, au 15 juin,plus de 54% des Américains sondés désapprouvent le locataire de la Maison Blanche, selon Le Parisien. « Tous les cafouillages du présidentet les attaques contre les démocrates ont déplu à ses opposants, maisaussi à sa base républicaine », analyseJean-Eric Branaa.

11juillet 2020 : « Je n’ai jamais été contre les masques »

Une première depuis le début de la pandémie. Donald Trump se présente publiquement masqué le 11juillet 2020. Ce jour-là, les Etats-Unis ont dépassé le cap destrois millions de malades du Covid-19 identifiés. Pour le quatrième jour d’affilée, le nombre quotidien de nouvelles infectionsdépasse 50000.

Pasquestion pour Donald Trump de défendre le port du masque pour autant. S’il est masqué, il le justifie par un contexte particulier: une visite à dessoldats blessés au centre médical militaire Walter Reed, dans la banlieue de Washington.« Je pense que porter un masque est important notamment dans ce contexte particulier, où on parle à beaucoup de soldats qui pour certains sortent juste de la table d’opération », lance-t-il aux journalistes présents, dont ceux deCNN(lien en anglais). Il ajoute: « Je n’ai jamais été contre les masques, mais je suis convaincu que cela dépend du moment et de l’endroit ». Et laisseaux Américains la liberté de choisir d’en porter ou non.

21juillet 2020 : « Nous demandons à tout le monde de porter des masques »

L‘épidémie reprend de plus belle dans le pays: plus de 60000 nouveaux cas par jour depuis une semaine, pour un total de 3,88millions depuis le début de la pandémie. Le nombre de morts repart aussi à la hausse, avec plus de 700décès en moyenne par jour.« Nous demandons à tout le monde, quand la distanciation physique n’est pas possible, de porter un masque, de se munir d’un masque », déclare Donald Trumplors d’un point presse, le premier depuis plusieurs mois sur la crise sanitaire.

Que vous aimiez les masques ou pas, ils ont un impact, ils auront un effet et nous avons besoin du maximum possible.Donald Trumplors d’une conférence de presse

C’est un virage à 180 degrés pour celui qui défendait jusqu’ici la liberté individuelle en la matière. Il a été amorcé la veille, dans untweet:« Nous sommes unis dans nos efforts pour battre l’invisible virus chinois, et beaucoup de personnes disent qu’il est patriotique de porter un masque quand il est impossible d’exercer la distanciation sociale. Et personne n’est plus patriote que moi, votre président préféré! ».

Pourquoi cette volte-face? Donald Trump a changé de directeur de campagne, quelques jours plus tôt.Mais « le vrai déclencheur, ce sont les derniers sondages de popularité sur le cœur de cible de Donald Trump : les seniors« , explique Jean-Eric Branaa.Lacatégorie de population la plus touchée par le virus se sent lésée, incomprise etest tentée de soutenir Joe Biden. « Il a vraiment été déstabilisé par ces résultats« , estime le spécialiste.Reste à savoir si cette nouvelle rhétorique sera payante. Pour Jean-Eric Branaa, l’électorat de Donald Trump, très divisé, peut revenir le soutenir, mais« il est très loin dans les sondages » et il lui sera « difficile de remonter ».

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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