Mort du photographe Gilbert Garcin

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin

Ses mises en scène existentialistes faisaient le bonheur des festivals photo, des galeries et des publications dans la presse. Gilbert Garcin, le «papi de la photographie» ou le «papi de Marseille», tel qu’on le surnommait, est mort samedi 17 avril à l’âge de 90 ans. Sa signature, reconnaissable au premier coup d’œil, est synonyme d’images en noir et blanc où un personnage –le plus souvent solitaire– traverse des saynètes philosophiques. Aussi appelée «Monsieur G.», cette figure anonyme est un avatar du photographe.

Cheveux blancs, parfois coiffé d’un bob et le plus souvent habillé d’un pardessus épais, cette sorte de Monsieur-tout-le-monde évolue dans un théâtre miniature où se trament les affres de la condition humaine et de la vie d’artiste. Avec plus de 300images à son actif, Gilbert Garcin laisse derrière lui une œuvre allégorique inspirée par le pince-sans-rire de Jacques Tati, l’humour de Charlie Chaplin et la noirceur d’Alfred Hitchcock. Dans l’Attraction du vide,par exemple, l’une de ses photographies célèbres, Monsieur G., de dos, se penche à une fenêtre représentée par le cadre d’un tableau: l’art, une mission suicide?

Pour Gilbert Garcin, l’art est plutôt une aventure pépère. Qu’il entame avec la sagesse et l’expérience de son âge avancé. Né à LaCiotat en1929, Gilbert Garcin se lance dans une seconde vie à 65ans après quarante années passées à tenir une boutique de luminaires à Marseille. Le déclic? Un concours de photographie amateur qu’il remporte à Aubagne et qui lui ouvre les portes d’un stage dans le cadre des Rencontres d’Arles.

Avant cela, Gilbert Garcin a très peu pratiqué la photographie, tout au plus a-t-il acheté un vieux Nikon, réalisé quelques clichés par-ci par-là et conservé quelques diapositives familiales qu’il ne regarde jamais. C’est sous la houlette du photographe Pascal Dolémieux qu’il entreprend de photographier des figurines découpées et installées dans les rues d’Arles. Pendant son stage, Gilbert Garcin est le plus vieux mais son travail est vite remarqué. Et le stratagème du mini studio lui plaît tant qu’il l’adopte pour ne plus le lâcher.

Dès lors, c’est dans son petit atelier de LaCiotat baigné par le chant des cigales que Gilbert Garcin invente un monde: celui, miniature, de Monsieur G., donc. Il lui en faut peu pour faire ses images: son propre personnage photographié et découpé, un projecteur, un écran de cinéma à l’arrière et un décor de petits riens: sable, cailloux, morceaux de ficelle ou bouts de bois.

Parfois, il invite sa femme Monique à figurer au tableau photo. Important, les titres qu’il donne à ses images ouvrent des perspectives multiples au spectateur: Gilbert Garcin cherche à ce que son Hollywood du pauvre soit une «auberge espagnole», avec des pistes suffisamment larges pour parler à tout le monde. Son cinéma fait-maison tient surtout sur un coin de table, dans une petite pièce. «Il faut trouver un juste milieu entre la réalité et la fiction», explique-t-il à Patrick LeBescont des éditions Filigranes dans une courte vidéo sur son site.

Il faut que ce soit crédible mais pas qu’on croit que ce soit la réalité non plus.»Ses saynètes sur le fil du rasoir l’ont mis sur la voie du succès. A raison de 15 photos par an, l’ancien marchand de lampes a pu exposer internationalement. Ses tirages figurent aujourd’hui dans des collections prestigieuses, comme la Maison européenne de la photographie, parmi d’autres. Jamais, il n’avait prévu de manier aussi bien l’appareil photo. Quand on lui demandait comment il imaginait sa retraite, il répondait toujours qu’il se voyait plutôt avec une canne à pêche.

Source du post: liberation.fr

Marino Stozza
Marino Stozza
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password